Système métrique: à quand le virage final?

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Vous habitez une maison de 1500 pieds carrés, derrière laquelle se trouve une piscine chauffée à 82 degrés Fahrenheit, sublime pour vous rafraîchir quand l'air atteint... 30 degrés Celsius. Dire qu'en 1970, le Livre blanc sur la conversion au système métrique au Canada était publié. Quarante-cinq ans plus tard, à quand la fin du double système?

Raisins sans pépins à 1,49 $ la livre. Poulet entier frais à 1,59 $ la livre. Filets de porc à 3,49 $ la livre. En feuilletant le dépliant des supermarchés Metro du 30 juillet au 5 août 2015, il est dur de croire qu'un livre blanc sur la conversion du Canada au système métrique a été publié il y a... 45 ans.

«Le Canada prendra environ 20 ans avant de se convertir entièrement au système métrique», estimait alors le ministre de l'Industrie et du Commerce, Jean-Luc Pépin, selon le Bilan du siècle de l'Université de Sherbrooke. Oups!

En ouvrant bien l'oeil, on peut voir les prix au kilogramme dans le prospectus Metro. Ces chiffres font deux minuscules millimètres de haut contre 38 millimètres pour les prix à la livre. Idem dans les dépliants des compétiteurs. «Le Canada a adopté le système métrique, mais les unités impériales sont encore fréquemment utilisées», avertit le Consulat général de France à Montréal sur son site internet.

Il serait temps que ça change, selon Alice Kieran, une lectrice qui a communiqué avec La Presse à ce sujet. «J'étais petite fille ou adolescente quand on a adopté le système métrique, se rappelle-t-elle. À l'école, mes enfants n'ont jamais fait de problèmes de maths avec des pouces, des pieds ou des verges. Ne serait-il pas temps de couper le cordon ombilical avec l'ancien système impérial?»

Ottawa pas pressé 

Le gouvernement fédéral compte-t-il interdire l'affichage des prix à la livre en alimentation? «Aucune date n'est fixée en ce moment pour rendre obligatoire l'utilisation exclusive du système métrique», répond Stéfanie Power, des relations avec les médias d'Industrie Canada. La politique en vigueur «est de laisser le marché déterminer le rythme de la conversion au système métrique plutôt que de lui en imposer l'usage par réglementation», précise-t-elle.

Or, aucune épicerie ne voudra perdre l'avantage de vendre à la livre, à moins d'y être forcée comme ses concurrentes. «Une livre, c'est beaucoup moins dispendieux qu'un kilogramme», fait valoir Florent Gravel, président-directeur général de l'Association des détaillants en alimentation du Québec. Évidemment, à quantité égale, le prix est le même.

«On a fait des expériences en magasin en plaçant les mêmes fruits à 1$ la livre ou à 2,20$ le kilo. T'en vends pas un à 2,20$ le kilo et tu les vends tous à 1$ la livre. C'est le même prix, mais ce qui frappe l'oeil des gens, c'est le chiffre.»

Florent Gravel
président-directeur général de l'Association des détaillants en alimentation du Québec

Industrie Canada pourrait-elle obliger les marchands à donner une place prépondérante aux prix au kilogramme plutôt qu'à la livre? « Il n'y a aucune exigence particulière relative à la taille des caractères imprimés sur les circulaires et les panneaux publicitaires placés à l'intérieur du magasin, répond Mme Power. Cependant, la taille des caractères des renseignements relatifs au prix en unités métriques doit être suffisante pour que le client puisse les lire facilement.»

Au rayon de la charcuterie, c'est le contraire. Le dépliant IGA annonçait récemment du jambon prosciutto à 4,29$ les 100 grammes. Le prix en livres (19,46$) était en plus petits caractères. «Dans la charcuterie, on utilise le système métrique, parce que 100 g, c'est moins cher qu'une livre», indique M. Gravel.

Météo en celsius depuis 1975 

Jusqu'à maintenant, les conversions réussies semblent avoir été imposées. En 1975, premier changement: les bulletins météo présentent la température en degrés Celsius plutôt qu'en Fahrenheit. En 1977, les panneaux de signalisation indiquent les distances en kilomètres et la vitesse en kilomètres/heure, rapporte l'Encyclopédie canadienne. En 1979, les stations-service commencent à vendre l'essence au litre.

À l'époque, en alimentation, «on a tous changé nos systèmes de balances et de caisses pour que ce soit en métrique, se souvient M. Gravel. Mais étant donné que les États-Unis n'ont pas suivi comme prévu et que des gens de ce côté-ci de la frontière ont porté plainte, le gouvernement a finalement permis l'affichage des prix à la livre. Ça fait que tout le monde est revenu au système impérial. Ç'a été une dépense vraiment importante pour les détaillants, puis le gouvernement n'a pas osé aller jusqu'au bout.»

Recul du gourvernement en 1985 

«En 1985, le gouvernement fédéral a annoncé que seules les unités du système métrique ou ces dernières accompagnées des unités impériales pouvaient être utilisées pour la publicité, l'affichage, le pesage et la mesure», confirme Mme Power. Les trois secteurs touchés étaient le commerce au détail de l'essence, des fournitures de maison et des aliments mesurés individuellement. Un recul qui date d'il y a... 30 ans.

«Si demain matin, une loi nous obligeait à afficher juste en kilos, tout le monde le ferait, assure M. Gravel. Personne ne veut défier la loi, mais tout le monde veut servir le consommateur de façon égale.»

En 1976, la Commission du système métrique du Canada explique ce que représentent les degrés Celsius, les nouveaux remplaçants des degrés Fahrenheit.

Répertoire à l'usage des étrangers

On vous demande si vous êtes «un grand six pieds», alors qu'il est évident que vous n'en avez que deux. On vous assure que l'eau de la piscine est délicieuse à 84 degrés, mais vous craignez d'y cuire comme un homard. Vous faites partie des 100 000 immigrants permanents ou temporaires qui arrivent chaque année au Québec et qui sont perplexes devant la coexistence des systèmes métrique et impérial? Petit répertoire pour vous aider.

Poids: impérial, sauf chez le médecin 

On donne son poids en livres. Pourquoi? «Perdre 10 livres est plus encourageant que perdre 4,5 kg, note Paul Boisvert, coach en perte de poids. Au centre sportif, le pèse-personne possède les deux échelles, en métrique et en livres. C'est donc un libre choix.»

Le Canadien moyen pèse 184 livres (83,8 kg) et la Canadienne moyenne, 153 livres (69,5 kg).

Cuisine: impérial et métrique 

Dans ses recettes, Christelle Tanielian donne les mesures en grammes et en livres, en millilitres et en tasses. «J'ai grandi en France avec les mesures métriques, dit l'auteure d'une chronique culinaire dans La Presse. Elles sont plus précises. Mais comme mes lecteurs québécois sont habitués au système impérial, je le mentionne, car je ne veux pas qu'ils s'empêchent de cuisiner une recette à cause des mesures... ce qui arrive!»

«Ça simplifierait beaucoup le travail des auteurs de recettes qu'il existe un même système de mesure - universel, pas seulement québécois. Surtout quand on sait qu'une tasse canadienne n'équivaut pas à une tasse américaine ou australienne. Et que la plupart des personnes qui les utilisent mesurent les ingrédients de façon très approximative... Pour autant, je ne suis pas farouchement opposée aux tasses à mesurer: elles sont pratiques quand vient le temps de cuisiner un plat simple de soirs de semaine, sans avoir à sortir la balance.»

Température de l'eau: impérial 

L'exception qui confirme la règle est... aquatique. «Au Québec, d'habitude, on parle en degrés Fahrenheit quand il est question de la température des piscines, indique Geneviève Guitard, coordonnatrice de Piscines Trévi. Je pense que c'est une coutume. Ça fait longtemps que les gens parlent en Fahrenheit, c'est toujours resté. En magasin, les thermomètres que l'on vend ont les deux unités de mesure. Mais le réglage par défaut des thermopompes et des systèmes au sel, c'est en Fahrenheit.»

Température de l'air: métrique 

Les Québécois de 40 ans et moins ne savent pas comment réagir quand leurs parents, en voyage en Floride, s'exclament qu'il fait «80 tous les jours». Quatre-vingts degrés Fahrenheit, c'est quoi? Presque 27 degrés Celsius.

Mis à part les États-Unis, rares sont les autres pays à toujours utiliser les degrés Fahrenheit: les Bahamas, le Belize, les îles Cayman et Palaos, en Micronésie.

Superficie de l'immobilier à vendre: impérial, sauf chez le notaire 

«La majorité des courtiers utilisent les pieds carrés, assure Jacques Perron, courtier immobilier chez Remax du Cartier, à Montréal. J'ai entre 35 et 50 inscriptions [note: propriétés à vendre], et elles sont toutes en pieds carrés. Il n'y a jamais personne, sauf des Européens, qui demande «En mètres, ça fait quoi?» Tout le monde comprend très bien c'est quoi, une façade de 25 pieds, plutôt que 7,62 m. La nouvelle génération a pourtant appris le système métrique à l'école. Pourtant, ils utilisent encore les pieds. Après 40 ans. C'est fou!»

Exception importante: les certificats de localisation sont en mètres. «Je reçois un condo à vendre de 100 mètres carrés, illustre M. Perron. Je le mets en vente en pieds carrés [1076 pieds carrés]. Puis, chez le notaire, le certificat de localisation est en mètres. Les deux systèmes existent parallèlement.»

Taille: impérial, sauf le permis de conduire

Eh oui, on donne encore sa taille en pieds et en pouces au Québec (en arrondissant généralement vers le haut!). Pour vous guider, sachez que cinq pieds, c'est ce que mesure une petite femme (1,52 m). Six pieds, vous avez là un grand gars (1,83 m). La taille moyenne des hommes canadiens de 18 à 79 ans est de 5 pieds 9 pouces (1,746 m), selon Statistique Canada. Celle des femmes du même âge? Elle est de 5 pieds 3 pouces (1,612 m). Information utile: il y a 12 pouces dans un pied. Pas 10.

Superficie de l'immobilier à louer: ni l'un ni l'autre

Les propriétaires indiquent le nombre de pièces des logements à louer, en ajoutant une demie pour la salle de bains. Un trois et demie aura, a priori, trois pièces (dont une cuisine) et des toilettes. Mais bien des appartements montréalais ont de longs «salons doubles»... souvent calculés comme deux pièces. Impossible de connaître leur taille sans visiter.

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