À New York, draguer en ligne est devenu normal

Emily Helfgot, 42 ans, qui travaille dans l'éducation,... (PHOTO JEWEL SAMAD, AFP)

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Emily Helfgot, 42 ans, qui travaille dans l'éducation, et Robert Weinstein, bibliothécaire de 44 ans, habitaient le même quartier de Brooklyn, fréquentaient les mêmes endroits.

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Jennie MATTHEW
Agence France-Presse
NEW YORK

Des quadras en quête d'aventure aux jeunes de la Génération Y qui jugent incongru de parler à une femme dans un bar, des millions d'Américains trouvent désormais l'amour sur internet, pratique de plus en plus banalisée pour rechercher l'âme soeur.

À New York, la ville qui ne dort jamais, les personnes non mariées représentent plus de la moitié de la population. Les groupes d'amis sont souvent très liés et peu ouverts, les relations au travail périlleuses et, dans une culture tournée vers les résultats, les flirts dans un café sont généralement mal vus ou rapidement oubliés.

Collés à leur téléphone portable, les New-Yorkais font leurs courses sur internet, y trouvent leur logement ou leur travail, trouvent leurs vacances sur la toile... Alors, pourquoi ne pas y chercher aussi l'amour ou une aventure éphémère?

Avant d'arriver à New York, Andrea Morales, une étudiante de 25 ans du Costa Rica, pensait que draguer sur internet était une rustine pour désespérés.

«Ici, beaucoup des gens que j'ai rencontrés m'ont dit que c'était super normal», dit-elle. «Au début, j'ai trouvé ça bizarre, mais c'est vraiment dur de rencontrer des gens nouveaux, à part vos amis».

Elle s'est donc inscrite sur Tinder et OkCupid. Résultat: jusqu'à trois rencontres par semaine, dont finalement sa petite amie. Le couple a duré sept mois puis s'est séparé.

«Je n'ai pas eu d'expériences vraiment horribles», confie Andrea. «Mais la plupart de mes amies hétéros en ont eues, parce qu'il y a des hommes effrayants dans cet univers».

À New York, presque tout le monde semble connaître quelqu'un qui cherche sur internet, qui y a trouvé un flirt ou qui a fini par se marier après une rencontre en ligne.

«Près de 31% des gens ont trouvé leur dernière histoire d'amour sur internet», confiait récemment l'anthropologue Helen Fisher, après que des pirates informatiques eurent attaqué le site en ligne Ashley Madison, spécialisé dans les relations extraconjugales.

«La technologie ne change pas l'amour, elle change comment nous faisons la cour», a-t-elle ajouté sur la chaîne CNN. «Mais cela ne peut pas changer l'amour. L'amour est une disposition ancienne du cerveau».

Compétition féroce

À New York, la compétition est féroce dans le monde des rencontres et les liens peuvent se défaire rapidement. Les célibataires expliquent qu'il y a toujours quelqu'un d'autre à proximité, dans la vraie vie ou en ligne.

Andrea vient de passer 20 minutes à étudier les photos de personnes cherchant de la compagnie sur Tinder. «À New York, il y a plein de gens jeunes, plutôt bien éduqués, drôles et il y a toujours cette idée que ''peu importe, je vais chercher quelqu'un d'autre''», explique-t-elle. «Je pense que les gens sont plus jetables» aujourd'hui.

L'application Tinder a été créée en 2012 et affirme permettre 26 millions de rencontres par jour dans le monde.

Elle met en contact les couples qui ont tous les deux fait «glisser à droite» leur écran, façon de dire que la photo de l'autre personne leur plaît.

«Tinder a révolutionné la façon dont les gens se rencontrent», affirme un porte-parole à l'AFP. «''Faire glisser à gauche'' (pour éliminer quelqu'un qui ne plaît pas) et ''faire glisser à droite'' est devenu partie de la culture vernaculaire», dit-il.

Pour les jeunes New-Yorkais, Tinder est devenu un style de vie ou au moins une béquille pendant les périodes de vide amoureux.

Une jeune styliste de 24 ans explique qu'elle a un petit cercle d'amis, tous plus âgés, et que c'était pour elle la seule possibilité de trouver des partenaires.

«Ça fait peur quand des hommes vous abordent dans un bar, dans la rue ou dans un train», dit-elle.

«La plupart des filles pensent que quelque chose de mal va se passer, qu'ils sont bizarres», assure-t-elle. En tout cas, elle, cela la met «mal à l'aise». «Je n'ai jamais rencontré quelqu'un avec lequel je n'avais pas parlé avant pendant quelques jours», explique la jeune femme.

Mariés heureux

Mais l'image en ligne ne résiste parfois pas à l'épreuve du réel.

«Une fois, un mec que je trouvais cool et normal m'a dit ''je suis bisexuel et je vais probablement finir en prison à cause de toutes les drogues que j'ai vendues''. Et j'ai fait, ''finalement je ne t'aime pas tant que ça...''», poursuit la styliste.

Certains pourtant ont trouvé sur internet le conjoint de leurs rêves.

Emily Helfgot, 42 ans, qui travaille dans l'éducation, et Robert Weinstein, bibliothécaire de 44 ans, habitaient le même quartier de Brooklyn, fréquentaient les mêmes endroits. Ils se sont rencontrés en ligne en 2012. Robert venait de rompre, Emily allait à l'époque «de temps en temps» sur des sites.

«Ce que j'ai appris: échangez quelques mails, vous devez en tirer quelque chose de substantiel, et rencontrez la personne aussi vite que possible», analyse-t-elle.

Le couple est aujourd'hui marié. Il se demande encore s'il se serait aimé si la rencontre avait eu lieu dans la vraie vie et non d'abord en ligne.

Robert Weinstein confie qu'il n'était au départ pas très à l'aise quand on lui demandait comment il avait rencontré Emily.

«En dépit des écueils et des frustrations des rencontres en ligne, je suis tellement contente de l'avoir fait», répond-elle.

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