Classe de rire

Une petite école du nord de l'Ontario a trouvé un moyen unique et franchement... (PHOTO THINKSTOCK/PHOTOMONTAGE LA PRESSE)

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Une petite école du nord de l'Ontario a trouvé un moyen unique et franchement sympathique de déstresser ses élèves. Ici, on rit. En choeur, en plus. Ça ne coûte rien et ça ne fait que du bien. En prime, certains voient là un moyen inusité de lutter contre rien de moins que l'intimidation.

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Quand l'école, c'est aussi pour rire

Imaginez la scène. Une salle de classe. Une vingtaine d'enfants. Mais au lieu d'être assis sagement, ils sont tous debout, hilares. Littéralement. Ils rient. Quinze minutes, chrono.

Non, la prof n'est pas une incapable qui a visiblement perdu le contrôle de son monde. Elle est bel et bien là, présente, devant ses élèves. Mais surprise: au lieu de les gronder, elle ne fait que les encourager!

C'est un peu ça, la routine, dans la salle de classe de 4e année de Mélanyse Labonté, de l'école catholique Saint-Michel. Dans cette toute petite école du nord de l'Ontario, à New Liskeard, elle pratique quelque chose qui n'a pour ainsi dire jamais été fait ailleurs. Comme quoi les innovations ne viennent pas toujours d'où l'on croit...

Son truc? Le rire. Une fois par jour. Pour calmer ses troupes. Les déstresser. Qu'il soit d'abord forcé, puis spontané, peu importe. L'important, c'est d'essayer. « Dans le fond, c'est un exercice de respiration », glisse-t-elle.

Elle en a du coup inventé toute une série: le rire Carey Price (« Je fais semblant de lancer une rondelle, et mes élèves doivent l'arrêter en riant »), le rire de la tondeuse, le rire du dentiste, la chaîne de rire, etc. « Au début, ce n'est pas naturel, mais après cinq ou six exercices, tout le monde rit de bon coeur. »

Se défouler pour se calmer

Question évidente: pourquoi? Pourquoi ainsi encourager les enfants à ce défoulement collectif, quand, on s'entend, on a plutôt tendance à espérer le calme et l'ordre dans une école?

« Je vois mes élèves tendus, après la récré ou avant une évaluation. Alors on fait des exercices de rire. Et ça les aide! »

Bien sûr, les résultats ne sont qu'anecdotiques. N'empêche. L'enseignante a constaté qu'il y avait moins d'absentéisme, que ses élèves plus angoissés étaient plus calmes et que, globalement, l'ambiance en classe était franchement meilleure.

Annick Boucher, dont le fils de 10 ans est dans la classe de Mélanyse Labonté, le confirme. « Au début, je me demandais où ils s'en allaient avec ça. Je n'avais pas d'attentes. Mais finalement, je n'y ai vu que des bienfaits! »

Son garçon, de type plutôt anxieux, a appris à se détendre, notamment avant un examen. « Oui, je dirais qu'il a de meilleures notes. Et concernant son désir d'aller à l'école? Là, il aime ça, l'école! Avant, c'était une source de tension, et maintenant, il aime l'école! », se félicite sa mère.

L'enseignante a été convertie au « rire », pour ainsi dire, par Suzanne Martin, une intervenante auprès des enfants en difficulté, formée en yoga du rire. L'an dernier, cette dernière a réalisé un petit sondage, histoire d'évaluer l'enthousiasme suscité par le projet. Au début de l'année, la moitié des élèves appréciaient. En février? Ils étaient 80 %. Aussi, 80 % des élèves ont également affirmé que le rire les aidait « à se sentir mieux ».

Rire avec les autres, et non des autres...

C'est la troisième année que Mélanyse Labonté invite ainsi ses élèves à des séances de rire quotidiennes. L'an dernier, toute l'école a carrément embarqué, ce qui a culminé, tenez-vous bien, avec un championnat du rire. Même le fondateur du Championnat de rire de Montréal et rirologue de son état, Albert Nerenberg, n'avait jamais vu ça. Une école qui encourage ses élèves à rigoler, et qui les félicite en prime? Jamais. 

« Quand j'ai vu ça, j'étais tellement touché, raconte le réalisateur du documentaire Rirologie. Pour moi, l'école a été une expérience plutôt traumatisante. C'était donc très bizarre de voir des enfants aussi souriants, joyeux, qui travaillaient ensemble. »

Il croit que bien des écoles devraient s'inspirer de cette originale expérience, qui, fait intéressant à noter, ne nécessite pas vraiment d'investissement. Rire, ça ne coûte rien. Ça se fait en classe. « Depuis le début, on décourage le rire dans les écoles. Or, rire, cela entraîne la bonne humeur et ça aide les adultes et les enfants à partager un moment de bonheur. »

En prime, contre toute attente, cela favorise aussi la concentration des jeunes! Quoiqu'inattendue, cette conséquence « tombe sous le sens », croit le rirologue. Un peu comme si les jeunes, en lâchant leur fou, étaient ensuite prêts à passer aux choses plus sérieuses, le cerveau ainsi « rafraîchi ».

Bénéfice ultime, le rire pourrait aider à lutter contre l'intimidation, croit même Albert Nerenberg. « Le problème, aujourd'hui, c'est que les élèves sont assis toute la journée. Ils ont beaucoup d'énergie à canaliser. Mais pour ça, il n'est pas nécessaire de dépenser des fortunes en gymnases, croit-il. L'idée, c'est plutôt de créer une culture du rire ensemble. » Drôlement intéressant...

L'avis de l'experte

Que penser de cette approche? Certes sympathique, évidemment ludique, le rire pourrait-il avoir un intérêt bien réel dans les salles de classe? Sonia Lupien, l'experte du stress au Québec, croit que oui.

« C'est exactement comme le chant », explique l'auteure de Par amour du stress et fondatrice du Centre d'études sur le stress humain. En riant, exactement comme en chantant, le corps exécute une respiration dite diaphragmatique. « Il n'y a pas de solution universelle, mais la respiration profonde détend le diaphragme, et arrête ainsi la réponse de stress. »

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Sonia Lupien, l'experte du stress au Québec.

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On se souvient qu'il y a quelques années, certaines écoles avaient présenté le yoga comme la panacée en matière de réduction de stress chez les enfants. La directrice scientifique s'était publiquement prononcée contre cette approche.

Le rire, par contre, tout comme la respiration « grosse bedaine », ou encore le chant, donc, permet d'étendre le diaphragme et, à un certain niveau d'extension, il active un frein sur la réponse de stress. « Je dis souvent que pour réduire le stress des enfants, il ne faut pas leur faire faire du yoga, mais plutôt faire des chorales! »

En prime, bien évidemment, le rire « empêche la rumination », et pourrait bien, comme tout exercice de pensée positive, aider les jeunes à dédramatiser. « Vous ne pourriez pas tuer un mammouth en riant, illustre Sonia Lupien. Donc, vous êtes en train de dire à votre cerveau: "Calme-toi, ce n'est pas un mammouth, on rit!" »

Des chercheurs ont par ailleurs démontré que l'hypothalamus, la région du cerveau qui s'occupe du rire, gère également la réponse de stress. « L'un pourrait donc annuler l'autre. Mais cela reste à démontrer. »

Un bémol, tout de même. Quand on parle de séances de rire en classe, il s'agit évidemment de rire plutôt « forcé » (même si un réel fou rire doit bien finir par arriver). Les effets bénéfiques du rire forcé sont-ils aussi intéressants que ceux du rire franc? « Ça n'a pas été étudié... »

Pendant ce temps, à Montréal...

Le directeur de l'école primaire Roslyn, à Montréal, songe sérieusement à y implanter un programme du rire. Si l'idée aboutit, le petit établissement de l'avenue Westmount serait, sauf erreur, le tout premier au Québec à encourager ainsi ses élèves à s'esclaffer, en choeur et dans le bonheur.

« Nous allons prendre la décision dans les semaines qui viennent », confirme le directeur Nicholas Katalifos. Il faut dire que l'homme est déjà plutôt vendu au concept, qui, selon lui, s'inscrit parfaitement dans la philosophie de son école, et pourrait s'intégrer à tout ce qui se fait déjà pour encourager le respect, voire carrément aider à lutter contre l'intimidation.

Et comment? « Je ne suis pas un expert, répond-il, je suis encore en mode recherche. » N'empêche que plusieurs études démontrent que le rire est bon pour les enfants, tant physiquement qu'émotionnellement, souligne-t-il.

« Si les enfants apprennent des techniques de rire, ils vont développer de meilleures relations entre eux. » Et du coup, comme le dit l'adage, « rire avec, et non rire de... »

Va pour le respect, mais en quoi le rire peut-il servir la lutte du moment, à savoir l'épineuse question de l'intimidation? « Si l'ambiance de l'école s'améliore, si les enfants sont encouragés à travailler ensemble, je crois qu'on est en droit d'espérer qu'il en découlerait moins d'intimidation », croit-il.

« Au moment où on se parle, je suis en mode recherche, mais il y a vraiment beaucoup d'intérêt pour cette question. »

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