Le vrai règne de la beauté

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Vous en doutiez encore? On savait que les gens plus séduisants avaient tendance à décrocher de meilleurs boulots, de meilleurs salaires, même carrément à être plus heureux. Voilà qu'une nouvelle étude démontre que les gens qui se croient beaux s'estiment de surcroît supérieurs. La supériorité de la beauté serait en quelque sorte intériorisée. Explications. Comparaisons. Et critiques.

Personne n'aime se sentir moche. Mais saviez-vous que quand on se lève du bon pied et qu'on se sent plutôt avantagé, plutôt joli ou carrément canon, on a aussi l'impression (l'illusion?) de graviter dans les hautes sphères de la société? Fini, la classe moyenne, un coup de rouge à lèvres et on se sent sinon riche et célèbre, du moins parmi les mieux nantis du pays. Avec toutes les implications psychologiques que cela entraîne. Une étude un poil troublante fait le point.

Troublante, cette étude réalisée par une équipe de l'Université Stanford, en Californie, notamment parce que l'inverse est également vrai. Quand on se sent plutôt moche, on a aussi tendance à croire qu'on fait partie des moins choyés de la société. La supériorité de la beauté, vous dites? Ouille.

C'est une équipe de deux chercheurs, dont Peter Belmi, étudiant au doctorat à la Business School de Stanford, qui est arrivée à ce dérangeant constat, après cinq enquêtes sur le sujet. Toutes arrivent à la même conclusion. «Quand on se sent physiquement très attirant, on a tendance à se croire mieux placé sur le plan social. Et inversement, quand on se sent physiquement peu attirant, on a tendance à se rabaisser, à l'autre bout de l'échiquier», explique Peter Belmi en entrevue.

Le chercheur a commencé à s'intéresser à cette question pendant la récession. «Je me suis rendu compte que malgré la récession, l'industrie américaine de la beauté continuait de faire bien des affaires. C'est fascinant. Cela voudrait donc dire que malgré les difficultés, les gens continuent de prendre soin de leur look. Et c'est là que j'ai commencé à faire des recherches sur les raisons pour lesquelles les gens investissent autant dans leur apparence. Et je me suis posé la question: se pourrait-il que notre apparence influe sur la perception que nous avons de notre statut social?»

Un statut bien mérité

Mais la deuxième découverte est encore plus troublante. En effet, les chercheurs ont aussi cherché à savoir quelles étaient les perceptions des répondants quant aux inégalités sociales. Et c'est là que le bât blesse. Car non seulement les gens qui se trouvent les plus beaux se croient les mieux nantis, mais ils ont aussi tendance à penser que s'ils sont arrivés là où ils sont, c'est parce qu'ils l'ont bien mérité. Bref, que ceux qui n'ont pas eu leur chance sont moins travaillants, plus paresseux, moins méritants.

Les plus beaux se montrent à cet égard les moins généreux, ayant moins tendance à donner aux pauvres, entre autres. Et les moins beaux? Exactement le contraire...

«C'est comme si les gens se sentaient fiers d'eux. Ils ont le sentiment qu'ils méritent d'être là où ils sont parce qu'ils ont travaillé fort. À l'inverse, quand on est moins favorisé, on ne veut pas non plus s'autoflageller.»

En effet. Ceux qui se trouvent moins beaux, moins choyés par la société croient du coup que s'ils sont moins fortunés, cela tient à des facteurs non pas personnels, mais au contraire «contextuels», liés à l'éducation, l'économie, la discrimination.

Beaux et privilégiés

Soit. Mais pourquoi les gens qui se trouvent beaux se croient-ils en prime socialement «supérieurs»? «Parce que dans la vraie vie, les gens voient bien que la beauté est associée à certains privilèges, répond le chercheur. Il existe une foule d'études pour le confirmer: les gens beaux réussissent mieux dans la vie. Les gens le voient et associent du coup le statut social à une certaine beauté.»

Est-ce à dire que les gens qui se trouvent beaux sont aussi très sûrs d'eux, à la limite méprisants? «C'est sûr que ma recherche démontre un peu ça, conclut-il. Mais cela démontre surtout que tout est une question de perception. C'est sûr que les gens aimeraient m'entendre conclure que ceux qui se trouvent beaux sont de méchants douchebags. Mais ça, je ne peux pas le confirmer. Ce que je peux dire, en revanche, c'est que l'on a clairement une psychologie différente, qu'on se croie en haut ou en bas de la hiérarchie sociale, et que tout cela dépend finalement de la perception que l'on a de sa propre beauté. Et ça, c'est fascinant.»

Tout ce que vous ignoriez sur la beauté... et préfériez ne pas savoir

MÊME LES NOUVEAU-NÉS PRÉFÈRENT LES BEAUX

À peine nés, les poupons sont déjà davantage attirés par les visages symétriques, les traits harmonieux, bref, les belles personnes, et non les moches. Une psychologue française a soumis des bébés de trois jours au test: devant des photos de femmes préalablement évaluées par un public adulte, les bébés passent systématiquement plus de temps à observer les visages séduisants. «C'est l'insondable pouvoir de la beauté, écrit L'Express, dans la foulée de ces résultats. Si même de tout petits bébés sont sensibles à l'esthétique, qu'en est-il de nous?»

LES BEAUX ONT LES PLUS BELLES CARRIÈRES

Est-ce parce que les patrons préfèrent embaucher des employés séduisants? Ou plutôt parce que les belles personnes ont davantage confiance en elles et décrochent du coup de meilleurs jobs? Toujours est-il qu'une enquête longitudinale réalisée par une équipe de chercheurs britanniques et italiens sur une cohorte de 8000 jeunes diplômés américains est limpide: ce sont les beaux candidats qui décrochent le plus rapidement des postes, et qui connaissent de surcroît les plus prestigieuses carrières. La beauté serait un facteur plus déterminant encore que les différences socio-économiques, l'éducation des parents et même le QI des candidats, conclut l'étude, publiée dans la revue Research in Stratification and Mobility.

LES HOMMES MARIÉS À DE BELLES FEMMES SONT PLUS HEUREUX

«Avoir une femme belle, c'est un marqueur social, une façon d'affirmer sa puissance», écrit le sociologue Jean-François Amadieu dans Le poids de l'apparence, une véritable bible sur la question de la beauté. Aucun doute ici: la beauté de madame est aussi clairement liée au bonheur conjugal de monsieur, conclut une étude récente, réalisée par une équipe de psychologues auprès de 450 couples de jeunes mariés, publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology.

Et surprise: si la beauté est ici un facteur clé, c'est vrai seulement pour les hommes. En d'autres termes, chez les femmes, la beauté du conjoint n'est pas du tout liée au bonheur. Tiens, tiens.

PLUS LES FEMMES SONT MINCES, PLUS ELLES GAGNENT D'ARGENT

Un homme qui pèse 30 kilos de plus que la moyenne gagnera environ 67 000$ par année, nous apprend une enquête de l'American Psychological Association (dont les chiffres sont publiés par Statistic Brain). S'il pèse 30 kilos de moins que la moyenne? 35 000$. En revanche, mieux vaut être mince pour une femme: celles qui pèsent 30 kg de trop gagnent à peine 21 500$, contre 62 000$ pour les plus minces (30 kg de moins). À noter qu'il vaut non seulement mieux être mince, mais aussi maquillée. Plus une femme a un beau maquillage, plus elle dégage de compétence, de fiabilité et de confiance, apprend-on.

LES BEAUX SONT PLUS HEUREUX

Celui qu'on surnomme l'économiste de la beauté, Daniel Hamermesh, a publié un article plutôt provocant: La beauté, la clé du bonheur, en 2011. Selon lui, le bonheur lié à la beauté serait en fait le fruit de différents facteurs purement économiques. Ainsi, écrit-il, comme les hommes beaux ont tendance à décrocher les meilleurs jobs, toucher les meilleurs salaires et épouser les plus belles femmes (et vice versa), les belles personnes seraient finalement les plus heureuses. Pour appuyer ce constat, le chercheur a analysé des données récoltées auprès de 25 000 foyers, tant aux États-Unis, au Canada et en Allemagne qu'en Grande-Bretagne. Les personnes les plus séduisantes se sont classées parmi les 10% plus heureuses, alors que les plus moches se sont retrouvées dans la catégorie des plus malheureuses.

Trois regards sur ce pouvoir discriminatoire

On aime bien se faire croire que c'est faux. Que le beau ne règne pas. Mais quelque part, n'est-ce pas l'hypocrisie qui règne? Réactions.

DISCRIMINATOIRE

Léa Clermont-Dion, féministe et auteure de La revanche des moches

«Plein d'études prouvent qu'on est attirés par les beaux, c'est fou. Cela part peut-être d'un instinct naturel chez les gens. On est attirés par la beauté en architecture, en art. Mais il faut se rendre compte que cela peut être extrêmement discriminatoire. Ce n'est pas juste une question de race, on voit maintenant que quelqu'un de beau est aussi privilégié dans le milieu du travail. Est-ce qu'on est en train de créer, par les moyens technologiques, une "société de classes"? [...] Parce que ça n'est pas donné à tout le monde. [...] Mais pourquoi se priver quand on en a les moyens? C'est tellement facile. [...] Cependant, une nuance s'impose. Être beau, des fois, cela a des inconvénients. On accorde parfois moins de crédibilité à quelqu'un de beau, notamment une femme, tout particulièrement en politique. Je dirais donc que c'est une arme à double tranchant, la beauté, et qu'elle est doublement discriminatoire pour les femmes.»

PAS UN CRITÈRE D'INTELLIGENCE

Jean-Jacques Stréliski, professeur associé à HEC Montréal, expert en stratégie de l'image

«Est-ce que la beauté fait vendre en pub? C'est très vrai que globalement, en publicité, on demeure toujours dans le domaine de la projection, de l'image. Chez L'Oréal, par exemple, on a opté pour encore plus que la beauté, une beauté sublime, une beauté vers laquelle on voudrait tendre. [...] Bien sûr, Dove a essayé de ramener des critères plus naturels et plus normés, pour que les gens puissent se reconnaître. Sur le plan du discours, cela passe très bien. Sur le plan des achats, par contre, cela passe moins bien. On est habitués, je dirais presque drogués, à ce que la publicité nous amène dans un autre univers. [...] Mais de là à dire que le beau fait vendre? Je garderais une certaine pudeur. Vous savez, j'ai rencontré tellement de gens beaux et cons. La beauté n'est certainement pas un critère d'intelligence. Parce qu'on peut être beau et con à la fois, comme le chantait Brel...»

UNE QUESTION DE PERSONNALITÉ

Denis Desro, rédacteur en chef mode, Elle Québec

«Ce n'est pas une surprise, et c'est sans doute une espèce de vérité: les gens beaux ont accès à plus de choses que les gens moins beaux, ils ont certainement plus de facilité dans la vie. Les gens moins beaux ont autre chose, d'autres talents. Mais en même temps, beaucoup de gens beaux ne le savent pas, ou encore il y a des gens qui sont beaux, mais qui n'ont pas la personnalité qui va avec. Moi, je pense que c'est finalement une question de personnalité. Une belle personne aura plus de chances de réussir si en plus elle a une belle personnalité. Si on prend les mannequins, c'est sûr qu'il y a de très belles filles, par exemple, qui réussissent, mais il y a aussi de très belles filles qui ne réussissent pas, parce qu'elles n'ont pas une personnalité forte ou qu'elles ne dégagent pas. Et pour avoir une belle personnalité, ça prend beaucoup d'entregent, une facilité pour établir le contact, dégager quelque chose, du charisme...»




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