Parents de la DPJ: quand ça va mal

L'animatrice Nathalie Sylvestre récompense les enfants par un autocollant... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE)

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L'animatrice Nathalie Sylvestre récompense les enfants par un autocollant à la fin d'un atelier de compétences parentales.

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Katia Gagnon
La Presse

Derrière ces enfants de la DPJ, dont on parle beaucoup, il y a des parents, dont on ne parle jamais. Ils sont vus comme des parias, des parents indignes. Mais qui sont-ils vraiment? La Presse a suivi six d'entre eux pendant les 10 semaines d'un atelier de compétences parentales. Aujourd'hui, le cinquième épisode de notre série.

MARIE-CLAUDE ET SAMUEL

«Je ne veux plus y aller»

Samuel ne veut plus aller aux ateliers. Il l'a dit à son éducatrice, au centre d'hébergement. L'éducatrice a laissé un message à Marie-Claude, pour l'informer. Mais Marie-Claude n'a pas eu le message. Son cellulaire a été lancé contre un mur à la fin d'une nuit de party. Le vendredi suivant, elle se présente donc aux ateliers.

Elle est accompagnée d'un jeune homme, qui conduit un imposant camion. Il est tatoué des pieds à la tête. C'est le père de Samuel, annonce-t-elle à la ronde. Elle l'a convaincu de venir pour qu'il participe, lui aussi, aux ateliers. «Il pourrait reprendre le petit», explique-t-elle.

Sauf que Samuel n'a pas vu ce père biologique depuis des années. Pour lui, c'est un inconnu. Les animateurs sont soulagés que Samuel soit absent ce matin. La rencontre avec ce père qu'il ne connaît pas aurait été une nouvelle source de perturbation pour lui.

Stéphane prend Marie-Claude à part et lui explique que son fils ne veut plus participer aux ateliers. Marie-Claude comprend bien ce qu'elle veut des explications de l'animateur. «Samuel était tanné des ateliers, explique-t-elle à sa sortie. C'était toujours la même chose.»

Curieux, quand même, lui fait-on remarquer. Son fils semblait bien s'amuser. Serait-il possible qu'il y ait une autre raison à cette décision? Marie-Claude refuse d'envisager cette possibilité.

Elle concède cependant que le lien d'attachement entre elle et son fils «s'est effacé» au fil des deux premières années de sa vie. «C'est de ma faute. Je prenais beaucoup de drogue. Souvent, il venait me voir et je le repoussais.»

En fait, Marie-Claude n'a jamais voulu de cet enfant. Elle voulait se faire avorter. Son conjoint l'a convaincue, à l'époque, de ne pas le faire, dit-elle. «Si c'était à refaire, je ne l'aurais pas.»

Marie-Claude n'a pas eu de chance avec ses conjoints. Élevée dans une famille relativement normale, elle se rebelle à l'adolescence. Elle est brièvement hébergée en centre d'accueil parce qu'elle fugue. À peine majeure, elle finit dans les bras d'un chum qui la bat. Quatre séjours à l'hôpital. Des tentatives de suicide.

Elle quitte son conjoint et se met à danser dans les bars. Elle retrouve un amour d'enfance et tombe enceinte. Elle accouche d'un petit garçon dont elle ne veut pas.

Et quatre ans plus tard, ce petit garçon décide qu'il en a assez de ces ateliers passés en compagnie de sa mère.

Il y a une autre absente cette semaine: Catherine. Sa fille, Julie, est dans les bras de son père d'accueil. Elle attend sa mère. Mais Catherine ne vient pas. Quand les ateliers commencent, l'homme repart avec la petite dans les bras. La mère vient d'appeler pour dire qu'elle venait de se réveiller.

Julie repart sans mot dire dans l'auto.

«J'ai perdu la carte pendant plusieurs jours, raconte Catherine, la semaine suivante. J'ai manqué cinq rendez-vous. Des rendez-vous médicaux avec ma fille, des rendez-vous avec l'aide sociale.» Elle se sent coupable de ce trip de dope. Mais il est impossible de l'effacer.

Au cours des derniers ateliers, Catherine a souligné à plusieurs reprises que sa fille était heureuse dans sa famille d'accueil. «Ma fille change beaucoup. Dans sa nouvelle famille, il y a un papa et une maman. Et ça paraît.» Après une pause, elle a ajouté: «Même si ça fait un pincement au coeur.»

Cette semaine, Catherine enlace Julie très souvent. La petite lui rend ses caresses. Mais quand le père d'accueil revient, la petite court vers lui. «Regarde, lui dit-elle. Catherine est là!»

Catherine reçoit la phrase comme un coup de poing dans l'estomac. Sa fille ne l'appelle plus maman.

SIMON ET EMMA

«La mère a tout son temps»

Simon a la mine basse, cette semaine. Il est passé devant le tribunal de la jeunesse. Au cours des six prochains mois, ses deux filles entameront progressivement un retour à la maison. Mais pas chez lui. Chez son ex-conjointe.

Simon n'est pas content.

«C'est parce que je travaille, je suis moins disponible. La mère, elle est sur le BS, elle a tout son temps», dit-il.

Les visites non supervisées vont aussi commencer avec les enfants chez Simon. Mais ce qu'il retient surtout, c'est que le juge a accordé priorité à son ex-conjointe pour le retour à la maison. Or, il entretient à son endroit une féroce rancune.

Quels que soient ses torts, son ex-conjointe a reconnu ses erreurs avec ses enfants, a fait valoir la DPJ devant le tribunal. Elle s'est amendée. «Elle ment», dit-il.

Simon, lui, a beaucoup de difficulté à se structurer. «Dans les visites supervisées, ils me disent que parfois je suis participant et parfois, je reste spectateur. Mais je suis fatigué! J'ai ma journée dans le corps!»

La semaine dernière, l'éducatrice lui a demandé de planifier une activité avec ses enfants. Simon ne savait pas du tout par où commencer. L'éducatrice lui a donc remis un plan, avec les étapes.

1- Planifier. Je réfléchis à l'activité.

2- Organiser. Je réfléchis au matériel. Je me procure le matériel.

3- Structurer. J'explique l'activité aux enfants, la façon dont elle doit se dérouler, les conséquences si elle ne se déroule pas conformément aux consignes.

Simon a organisé son activité: il fallait aller acheter des pantalons pour Emma. «Avant de partir, je leur ai dit: bon, on entre dans le magasin, on reste tous ensemble, on essaie le pantalon et on n'achète rien d'autre.» Ça a marché. Et en passant, il a eu comme une illumination. «J'ai réalisé que cette façon de fonctionner marche avec toutes les activités de la vie», dit-il.

C'est visible à l'oeil nu: Simon adore sa fille, et c'est réciproque. Mais s'il veut reprendre la garde de ses enfants, le père devra démontrer qu'il est capable de s'organiser pour mener la vie de tous les jours. «Ça ne sera pas une partie de plaisir», avoue-t-il. D'autant plus qu'il consomme encore. «Mais je suis fonctionnel.»

Tout un défi.

Pour Sara non plus, ça ne s'est pas très bien passé cette semaine. Sa petite soeur était malade. Les parents ont évidemment été centrés sur elle. Or, Sara, qui a besoin d'attention, a réagi en reprenant ses mauvais comportements.

Martin est découragé.

«Elle ne nomme pas ses émotions, elle les agit, lui explique Stéphane. Il faut lui enseigner des façons positives d'attirer l'attention.»

De l'autre côté du corridor, Nathalie Sylvestre observe elle aussi une autre Sara. Exceptionnellement, sa grande soeur est venue aux ateliers: c'était journée pédagogique et les parents n'avaient pas de gardienne.

Dès que Nathalie s'adresse à sa grande soeur, Sara, dont le comportement est généralement exemplaire, fait des bruits de bouche et s'agite. Elle fait tout pour déranger. «Quand je m'adressais à un autre enfant, les bruits de bouche arrêtaient», raconte l'animatrice.

Le mode de vie de Martin et de sa conjointe, qui consommaient et se disputaient, a beaucoup affecté la petite pendant quatre longues années. Martin en est bien conscient. Pour elle aussi, la route sera longue.

«Je ne voulais surtout pas refaire la même chose que mes parents. Et c'était exactement ce que j'étais en train de faire.»

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