Hospitalité nocturne

Claudia Fancello, Jacob Wren et Caroline Dubois explorent... (Photo Robert Skinner, La Presse)

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Claudia Fancello, Jacob Wren et Caroline Dubois explorent avec Hospitalité 5 la notion d'hospitalité comme «lubrifiant social» pour ouvrir le dialogue sur tous les sujets.

Photo Robert Skinner, La Presse

En 2007, lorsqu'est née l'idée à l'origine du projet Hospitalité-Hospitality, Caroline Dubois, Claudia Fancello et Jacob Wren ont fait preuve d'une clairvoyance certaine. Leur performance-marathon Hospitalité 5, présentée ce soir dans le cadre de l'OFFTA, s'avère en effet être une proposition artistique tout à fait en phase avec le tintamarre social actuel.

«J'étais très intéressé par la façon dont chacun compose avec les gens avec qui ils sont en désaccord. Peut-être que parce que je ne suis jamais d'accord avec personne», s'amuse Jacob Wren, néo-Montréalais d'origine torontoise et conteur émérite.

Hospitalité 5, qui occupe à compter de 17 h ce soir une salle du Théâtre d'Aujourd'hui pour un marathon d'ouverture de l'OFFTA, est moins une pièce de théâtre conventionnelle qu'un lieu d'échanges convivial où les spectateurs seront libres d'entrer et de sortir à leur guise, avec un verre à la main, s'ils le souhaitent.

Caroline Dubois, Claudia Fancello et Jacob Wren se transformeront en «hôtes» qui feront tourner des vinyles aux styles musicaux variés - d'Al Greene à Julio Iglesias - et garderont leurs invités en haleine avec des histoires. Dans ce contexte informel inspiré des soirées entre amis, ils explorent la notion d'hospitalité comme «lubrifiant social» pour ouvrir le dialogue sur tous les sujets.

«On se questionne sur les façons d'exprimer des opinions politiques. Souvent, quand vous échangez avec une personne avec qui vous êtes en désaccord, vous avez votre opinion, l'autre a la sienne, et il n'y a aucun moyen d'ouvrir un dialogue. Une des solutions se trouve dans l'hospitalité: vous faites jouer de la musique, l'atmosphère se détend et les souvenirs associés à cette musique créent un lien et nourrissent la conversation...», résume Jacob Wren, qui précise que les histoires liées à chacune de ses trames musicales touchent à l'amour, la politique, le travail, la sexualité...

Selon Caroline Dubois, la plus francophone de ce trio bilingue, ce projet artistique en constante évolution doit être perçu comme «une forme de portrait de la façon dont on vit en société».

La mobilisation citoyenne des derniers temps est-elle un mouvement essentiellement francophone? Pas du tout, répondent les trois artistes, qui se disent très inspirés par l'actuel «printemps érable». «J'étais à la grande manifestation de mardi. Et tous les trois, nous discutons beaucoup de ce que signifie de nos jours le geste de manifester, de s'engager socialement et de chercher à changer les choses, sur une base quotidienne», soutient Claudia Fancello, artiste formée en danse contemporaine. Caroline Dubois renchérit, en rappelant le carré rouge d'Arcade Fire, groupe emblématique de la jeunesse montréalaise anglophone, à Saturday Night Live.

Au temps de l'indignation

Amalgame d'improvisation et de mise en scène théâtrale, Hospitalité 5 se construit sur une dramaturgie ouverte, qui permet aux artistes d'inclure des éléments de l'actualité de chaque endroit qu'ils visitent. «Dans chaque ville européenne où nous nous sommes produits en tournée, l'automne dernier, le mouvement était présent. Lors de notre passage à Vienne, l'université était occupée depuis trois mois. Nous parlons aussi, dans nos histoires, de la place Tahrir», évoque Jacob Wren.

Hospitalité 5, il ne faut pas s'y méprendre, n'est pas une soirée de débats politiques. Tout dépendant de l'humeur des artistes sur scène (et de leur public), les histoires peuvent prendre des tournures personnelles, anecdotiques ou humoristiques. Et l'aspect démocratique de cette joute entre conteurs et spectateurs est un baume, dans notre époque où il est devenu banal de mitrailler l'espace public virtuel avec des déclarations en 140 caractères.

«Le moment suivant une histoire, quand tout le monde se recueille et écoute de la musique, est toujours agréable. C'est un temps de réflexion pour penser à ce qui vient d'être dit», dit Caroline Dubois.

À l'image d'une soirée d'amis, les membres du public sont tout à fait libres d'intervenir pendant la narration. «Parfois, des gens nous ordonnent de changer la musique. À un moment donné, une sorte d'abandon se crée et une forme de conversation s'installe», relate Caroline Dubois qui, enceinte de quelques mois, apportera des provisions pour tenir le coup pendant les sept heures d'hospitalité projetées. «Notre objectif est de passer à travers chacun de nos vinyles.»

Pendant tout l'OFFTA, le sens de l'hospitalité de PME-ART sera déployé. Claudia Fancello, à titre de première «commissaire culinaire» du festival, offrira au public ses «tartines» maison. «Cet aspect du travail, en échange continue en dehors de la salle de spectacle, m'intéresse beaucoup.»

De la bouffe, de la musique et des échanges humains... Alors que le ton monte et les esprits s'échauffent, l'hospitalité n'aura jamais été si douce.

Hospitalité 5, ce soir de 19 h à 2 h, au Théâtre d'Aujourd'hui, dans le cadre du festival OFFTA. Info: offta.com




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