Le carreau sous tous ses angles

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Emmanuelle Mozayan-Verschaeve

Collaboration spéciale

La Presse

Discret ou audacieux, élégant ou décontracté, le « carreauté », comme on dit en bon québécois, habille aussi bien les femmes que les hommes. Ce motif intemporel constamment revisité revient en force et peut convenir à tous les styles et à toutes les silhouettes si on le porte adéquatement. Conseils de trois « relookeuses ».

UN CLASSIQUE INDÉMODABLE

Trois mille cinq cents ans avant notre ère. C'est de cette époque que dateraient les premiers tartans, ces fameux carreaux de différentes tailles que l'on associe généralement au kilt... Autant dire que ce motif qui ne date pas d'hier a su se forger une place de choix dans notre univers. 

« Le carreau est un indémodable. Il revient souvent, mais sous différentes formes et il a l'avantage de rejoindre tout le monde, la femme classique aussi bien que la funky », remarque Marie-Josée D'Amours, styliste pour femmes chez Les Effrontés. Même son de cloche de la part d'Audrey Simard, styliste et cofondatrice, avec Marie-Pier Otis, des Relookeuses. « Les carreaux existent depuis très longtemps, que ce soit sous forme de tartan, de prince de Galles ou de chemise de bûcheron, mais ils se renouvellent constamment par le biais des couleurs, des motifs et de l'association de ces motifs. » 

Audrey Simard explique que Vivienne Westwood a démocratisé le carreau dans les années 70, en plein mouvement punk. Surnommée « l'enfant terrible de la mode », cette styliste a donné un tout autre élan aux vêtements à carreaux pour femmes qu'on voyait à l'époque chez Burberry et chez Chanel.

« Le carreau peut aussi bien se porter le jour que le soir et on peut créer différents styles à partir d'un même morceau. »

- Audrey Simard, styliste

Pour elle, la chemise à carreaux est un incontournable dans une garde-robe. « Si elle est en coton léger, on peut la mettre avec un veston et un pantalon noirs pour le bureau et avec des leggings le week-end. »

DES CARREAUX ET DES HOMMES

Le carreau se positionne comme un imprimé phare dans la garde-robe masculine. « La mode pour hommes bouge très lentement et les classiques restent parce qu'ils représentent une base rassurante », constate Émilie Lambert-Roy, styliste pour hommes chez Les Effrontés. « Les carreaux étaient à leur paroxysme il y a cinq ans. Actuellement, les motifs floraux prennent beaucoup de place, mais comme tous les hommes n'osent pas les porter, le carreau est toujours en vogue. » Pour elle, le bon truc à mémoriser est que plus le motif est fin, plus c'est habillé, et donc plus il est gros, plus le vêtement est décontracté.

PERSONNALITÉ ET SILHOUETTE

La grande variété de teintes, contrastantes ou ton sur ton, et les multiples tailles des quadrillages, du sage petit vichy au pied-de-coq imposant, font que chacun y trouve son bonheur. « Il faut juste faire attention à ce que le motif ne domine pas la personnalité. Sinon, ça peut donner le même effet qu'une femme qui porte des talons hauts sans savoir marcher avec. Une personne effacée aura donc intérêt à miser sur des carreaux doux dans des tons neutres, comme des gris, des noirs, des bordeaux », conseille Marie-Josée D'Amours. 

La neutralité est également recommandée sur la partie du corps la plus forte si on est enrobée. « Un carreau sur fond pâle va grossir et plus le carreau est gros, plus il va donner du volume. Par exemple, on conseille un haut à carreaux et un pantalon foncé à une personne qui a des hanches fortes », explique Audrey Simard. Ce principe du gros motif ajoutant du volume s'applique aussi chez les hommes, mais, contrairement à la gent féminine, les messieurs très fluets n'ont pas intérêt à porter de gros carreaux. « Ça donne un effet disproportionné », précise Émilie Lambert-Roy, qui déconseille également les motifs en diagonale à ceux dont le ventre est proéminent.

TARTAN, PRINCE DE GALLES, PIED-DE-POULE...

Caroline Thérien, du Musée de la mode de Montréal, nous livre des informations extraites de l'exposition Leitmotiv présentée en 2015.

TARTAN VIEUX COMME LE MONDE

Ce motif classique que l'on associe à l'Écosse trouve en fait ses origines 3500 ans avant notre ère en Chine sur des statuettes. La plus vieille pièce de vêtement trouvée en Écosse date du IIIe siècle, mais le tartan écossais typique est intégré au XVIIIe siècle. Le choix de couleur indiquait le rang social ainsi que le clan de la personne qui le portait et le motif était associé aux activités sportives, comme la chasse. Le tartan le plus connu est celui de Burberry, mais il n'est pas associé à un clan. Lancé en 1920, ce motif est le plus contrefait à l'international.

PRINCE DE GALLES GRAND CHIC

Ce motif formé de carreaux complexes reliés par des effets de rayures d'une autre couleur a été créé en Écosse au début du XIXe siècle. Appelé Glen Plaid, il était destiné aux gardes-chasses et aux activités sportives. En Amérique, il est plutôt associé au complet élégant. Le nom de « prince de Galles » vient du fait que le prince éponyme Édouard VIII en portait énormément. De nos jours, le prince Charles, qui est à son tour prince de Galles, perpétue la tradition.

PIED-DE-POULE GLAMOUR

Le pied-de-poule et le pied-de-coq sont des motifs identiques, mais ce dernier est plus gros. Tissé dans des étoffes de laine comme le tartan, le pied-de-poule apparaît en Écosse au début du XIXe siècle sur de gros manteaux portés par les bergers. Au XXe siècle, il s'impose dans le domaine du luxe. Christian Dior l'a notamment utilisé sur son flacon de parfum Miss Dior en 1947. Coco Chanel, Audrey Hepburn et Marilyn Monroe, qui en portaient souvent, l'ont rendu iconique.

VICHY CHAMPÊTRE

Le vichy est surtout en coton, contrairement aux autres carreaux, réalisés dans de la laine. Il est composé de petits carrés et ses origines indiennes et indonésiennes datent du XVIIIesiècle. De la tenue de Judy Garland dans The Wizard of Oz en 1939 à la robe de mariée de Brigitte Bardot 20 ans plus tard, le vichy ne cesse de se populariser. Si son look est léger et campagnard en Occident, il est utilisé comme le tartan pour montrer l'appartenance à un clan familial au Ghana et au Burkina Faso.

BUFFALO ÉNIGMATIQUE

L'origine du motif de nos chemises carreautées rouge et noir reste floue, mais on l'associe souvent au bûcheron nord-américain qui parcourait les forêts au XIXe siècle, et l'entreprise Woolrich aurait été la première à le commercialiser. On le trouve désormais partout et il fait entre autres fureur dans le domaine de la décoration depuis quelques années.

TENDANCE AU FÉMININ

« On peut agencer les carreaux en jouant avec différentes grosseurs et en restant dans les mêmes teintes. Si le carreau est assez gros, on peut le jouer avec des fleurs et ça fonctionne toujours très bien avec de l'uni », dit Marie-Josée D'Amours, styliste pour femmes chez Les Effrontés. Pour Audrey Simard, des Relookeuses, on peut le mélanger avec d'autres imprimés à condition de garder les mêmes codes de couleur. Par exemple, des pois et un vichy, le tout en noir et blanc.

TENDANCE AU MASCULIN

« On met généralement en vedette la cravate colorée et à gros motifs qui contraste avec la chemise à petits carreaux. Le costume quant à lui se fait plus discret en ton sur ton. Dans tous les cas, le bon truc est de rester dans les mêmes teintes », explique Émilie Lambert-Roy, styliste pour hommes chez Les Effrontés. Les chemises à gros carreaux de style bûcheron sont toujours en vogue et certains osent le pantalon à motifs. Pour elle, la bonne base est une chemise vichy ou pied-de-poule.




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