À la recherche du thé parfait

Récolte du thé Long Jing dans la province... (Photo: Valérie Simard, La Presse)

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Récolte du thé Long Jing dans la province de Zhejiang, en Chine.

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(Long Jing, Chine) La récolte printanière tire à sa fin lorsque Jasmin Desharnais, importateur-dégustateur pour la maison québécoise Camellia Sinensis, débarque à Long Jing. Le charmant petit village se trouve dans la province chinoise du Zhejiang, près de Shanghai.

Quelques cueilleuses s'affairent encore dans les plantations en terrasses aménagées sur le flanc des collines. Leurs mains sont noircies par les huiles aromatiques libérées par les feuilles des théiers.

Même si certains producteurs font des récoltes estivale et automnale, les cueillettes du printemps sont les plus renommées.

La première récolte printanière se déroule vers le 20 mars. La seconde cueillette se fait un peu plus tard et s'étend généralement sur quelques semaines.

C'est le Long Jing de cette deuxième récolte, plus abordable, que Jasmin Desharnais rapporte au Québec. Un thé au parfum de châtaigne, qui allie amertume et goût sucré, grandement apprécié des amateurs de thé de la province.

Un voyage annuel

Chaque année depuis presque 10 ans, Jasmin Desharnais et son collègue François Marchand parcourent la Chine afin de rapporter au Québec 2500 kg de thés verts, noirs, jaunes, blancs et wulongs. Leurs deux associés sillonnent pendant ce temps le Japon, l'Inde et le Vietnam. Ils sont parmi les rares propriétaires de maisons de thé à faire annuellement des voyages d'une telle envergure.

Visiblement content de recevoir dans sa luxueuse maison celui qu'il appelle désormais son «ami», Tang Zelin fait l'accolade à Jasmin Desharnais. Ce producteur de troisième génération vend chaque année à l'importateur québécois une petite partie des 400 kg de feuilles de thé Long Jing de la variété Shi Feng qu'il transforme de façon artisanale. Dans le respect de la tradition, presque toutes les étapes de production sont réalisées à la main. Seule une machine permettant d'accélérer le séchage des feuilles est utilisée par certains producteurs depuis quelques années.

Si l'importateur est aujourd'hui accueilli à bras ouverts par Tang Zelin et d'autres producteurs chinois, il en allait autrement il y a 10 ans. «Le défrichage a été difficile, se rappelle-t-il. Les premiers contacts n'ont pas été évidents. Je n'avais pas de traducteur. Je distribuais aux gens une carte qui disait en chinois: "Connaissez-vous de bons producteurs de thé dans cette ville?"»

Tang Zelin évoque en riant sa première rencontre avec ce Québécois incapable de parler mandarin. «Il est arrivé ici avec des feuilles de questions en anglais traduites en chinois!», raconte M. Tang, qui a alors appelé à l'université d'Hangzhou, la ville voisine, pour solliciter l'aide de quelqu'un pouvant les aider à mieux communiquer.

Une récolte décevante

Aujourd'hui, prendre le thé avec Tang Zelin est un arrêt obligé pour Jasmin Desharnais.

Mais cette année, les papilles et l'oeil du dégustateur sont déçus. Le meilleur des quatre thés qu'il goûte a plutôt mauvaise mine. «Je ne peux pas vendre ces feuilles-là à ma clientèle, lâche-t-il. Les gens sont habitués à un Long Jing aux belles feuilles courtes.» Il opte donc pour son deuxième choix. «Un thé correct» qu'il négocie serré: 730 yuans (115$) pour 500 g. C'est 130 yuans de plus que l'an dernier.

Deuxième arrêt, chez Lu Zhoudong, l'un des producteurs de Long Jing les plus réputés.

L'an dernier, grâce à un ami chercheur à l'Institut de recherche sur le thé de Hangzhou, Jasmin Desharnais a pu goûter un thé exceptionnel produit par celui qui a remporté en 2010 un prestigieux concours de transformation manuelle du Long Jing. Un thé qu'il n'hésite pas à qualifier comme le meilleur Long Jing de sa vie.

Mais ce thé, vendu à 10 000 yuans (1570$) les 500 g, est réservé aux privilégiés. Grâce à l'influence de son ami, le Québécois a pu en acheter 100 g. Cette année, le dégustateur était déterminé à convaincre Lu Zhoudong de lui en vendre plus.

Première victoire, M. Lu accepte de le rencontrer.

La résidence cossue de M. Lu est située au bout de la rue principale du village. Vêtu d'amples pantalons de jogging, l'air nonchalant, le producteur sert sa précieuse boisson. Mais l'excitation de Jasmin Desharnais se dissipe rapidement. «C'est décevant, constate-t-il. C'est vraiment moins bon que l'an passé.»

Il questionne le producteur, qui finit par admettre que la qualité est moins bonne cette année. Il a plu pendant deux mois en continu au printemps. «On ne contrôle pas la météo», dit-il.

Comme tout produit d'agriculture, le thé est sensible aux conditions climatiques. «Trop d'eau fait en général croître la feuille plus rapidement et dilue les parfums du thé», précise Jasmin Desharnais.

Malgré tout, le prix du thé de Lu Zhoudong est le même que l'an dernier. Et pas la peine de négocier. «Tout est vendu!», lance-t-il, en rappelant que n'achète pas son thé qui veut. «Un client est venu ici cinq fois pour que je lui vende un kilo de thé», dit-il, amusé.

Les moins persévérants peuvent se contenter de déguster un Long Jing, à l'ombre des bambous, dans l'un des multiples salons de thé du village. Et inutile de se presser. À Long Jing, l'heure du thé dure toute la journée.

Jasmin Desharnais, de la maison Camellia Sinensis, observe... (Photo: Valérie Simard, La Presse) - image 2.0

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Jasmin Desharnais, de la maison Camellia Sinensis, observe attentivement les feuilles de thé de la deuxième récolte de printemps.

Photo: Valérie Simard, La Presse

Précieuses feuilles

Près de 30 000$: c'est le prix payé cette année, en prévente, pour 500 g de thé Long Jing de la première récolte du printemps. La journée de la transaction, la même quantité d'or se vendait moins cher.

Le prix du thé, qui n'échappe pas à l'inflation accompagnant la croissance économique, explose en Chine. «Les Chinois sont prêts à payer plus cher pour du thé qui ne le vaut pas nécessairement», déplore Jasmin Desharnais, importateur-dégustateur chez Camellia Sinensis.

Les nouveaux riches chinois se ruent vers les thés entourés d'une aura de prestige, comme le Long Jing, dorénavant considéré comme un produit de luxe. «C'est la meilleure année pour le Long Jing», observe le producteur Lu Zhoudong, à propos de la valeur marchande du thé.

Zhu Baichang, président du Hangzhou Longjing Tea Group, a récemment admis que le meilleur thé est hors de portée pour les gens ordinaires.

«Ce sont seulement les organisations gouvernementales, les institutions d'éducation supérieure, les entreprises et les individus très riches qui peuvent se permettre d'acheter du thé à ce prix», notait un éditorialiste du quotidien China Daily.

Jasmin Desharnais assiste, impuissant, à cette hausse des prix. «On observe une augmentation de 15 à 20% par année des prix des thés chinois», constate-t-il. Chaque année, il doit négocier serré avec les producteurs en expliquant que le marché québécois ne peut encaisser une telle flambée des prix. «Des fois, dit-il, je me sens comme un quêteux.»

Le thé Long Jing

Le thé vert Xi Hu Long Jing, aussi appelé «Puits du Dragon», est le thé chinois le plus prestigieux. Il est cultivé depuis plus de 1000 ans à quelques kilomètres de la ville de Hangzhou, capitale du Zhejiang. Ses feuilles proviennent principalement de deux versants de montagnes qui se font face: le Shi Feng (Pic du Lion), dans le village de Long Jing, et le Meiijawu, dans le village voisin. La majorité des Long Jing vendus sur le marché sont produits dans d'autres provinces chinoises - c'est en effet le thé chinois le plus contrefait. Seul le Xi Hu Long Jing (ou «West Lake») provient du terroir d'origine. Gare aux imitations!




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