L'art de survivre aux enfants

Jancee Dunn, journaliste, auteure et mère.... (Photo Elena Seibert)

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Jancee Dunn, journaliste, auteure et mère.

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Comment ne pas haïr son mari après avoir eu des enfants. C'est la traduction littérale du titre d'un nouveau livre sur l'art de survivre aux petites et grandes querelles qui empoisonnent la vie de bien des nouveaux parents. Si vous êtes épuisés par la fameuse «charge mentale» de la gestion de votre vie de famille, ce livre est pour vous. Mesdames, mais aussi messieurs.

Quand la poubelle est pleine...

C'est en demandant à son mari de vider la poubelle à couches que l'auteure et journaliste Jancee Dunn a un jour explosé. La jeune mère a pété les plombs et s'est mise à traiter son mari de tous les noms. Et c'est à ce moment précis qu'elle a réalisé que sa vie de couple, et sa vie tout court, n'allait plus. Mais plus du tout.

Épuisée par son nouveau-né, le panier de linge à plier, et la fameuse poubelle à vider, bref, la montagne de responsabilités, Jancee Dunn a décidé de mettre à profit ses réflexes de journaliste pour analyser sa dynamique de couple et surtout, trouver des pistes de solution pour en finir avec les frustrations.

Ce qu'en disent les experts

L'auteure, que l'on peut lire dans le Rolling Stone, le New York Times, ou Vogue est donc partie sur le terrain rencontrer les plus éminents psychologues, sexologues, thérapeutes financiers et autres organisateurs professionnels. Elle a fait une thérapie de couple avec le très cru et très direct Terry Real, rencontré un ex-agent du FBI, expert en prises d'otages, pour tout savoir de l'art de désamorcer une crise et communiquer ses besoins, même fait une «sexpérience» d'une semaine, chrono.

Son but? En finir avec cet exaspérant sentiment de tout faire, tout en n'osant jamais demander de l'aide, pour ne pas passer pour la «boss des bécosses» ou la gestionnaire de service. Sauver son couple et sa famille, quoi. Et aider bien d'autres couples coincés dans la même dynamique toxique au passage.

«Pour le thérapeute Terry Real, nous étions le couple typique qu'il voit quotidiennement: la femme amère qui n'ose pas exprimer ses besoins, et l'homme qui croit que tout lui est dû, mais qui se sent secrètement coupable...»

Ce qu'ils ont appris ici? En gros, qu'elle devait arrêter de se prendre pour une martyre, et que son mari devait à son tour lever son c... du canapé et participer (texto, dans le livre).

En toute franchise

Le portrait qu'elle dresse de son couple est d'une franchise par moments désarmante. Lors de la fameuse crise (où elle a crié, de son propre aveu, comme une vraie hystérique), elle affirme que son mari effectuait environ 10 % des tâches. «Il était comme un visiteur dans mon hôtel.» À qui la faute? «Je l'ai laissé faire...», écrit-elle.

Elle ne s'en cache pas: se mettre ainsi à nu, exposant son mari, sa fille, bref son intimité, n'a certainement pas dû être évident. Mais son conjoint, également journaliste, a accepté pour la cause. De son côté, elle affirme qu'elle n'avait pas le choix de se compromettre, question de crédibilité. «C'est très gênant d'avouer qu'on se dispute. On a souvent l'impression que tous les autres ont le tour avec leur vie de famille sauf nous, dit-elle. L'idée, c'était d'être authentique, pour que les lecteurs puissent se reconnaître...»

Au bout du compte, qu'a-t-elle appris? Des dizaines de leçons. Elle a changé son comportement à plusieurs égards. Et son mari aussi. Ils sont d'ailleurs beaucoup plus heureux depuis. Oui, ils ont encore des désaccords. Mais ils se parlent. Elle s'exprime, il entend, elle relativise, il participe. Surtout: ils s'apprécient. Et ils se le disent. Bref, ils font équipe.

Livre coup de gueule?

How Not to Hate Your Husband After Kids s'inscrit dans une série de coups de gueule dénonçant la fameuse «charge mentale» qui continue de peser sur bien des femmes. On pense entre autres à la BD Fallait demander de la féministe Emma, devenue virale il y a quelques semaines, laquelle dénonce précisément ce stress généré non seulement par le fait de tout faire, mais surtout de tout penser, planifier, organiser.

Le hic avec ces coups de gueule, aussi éloquents (et bourrés de chiffres et d'enquêtes) soient-ils, c'est qu'encore une fois, on s'adresse aux femmes, pour parler de problèmes de femmes, a dénoncé récemment Leah McLaren, chroniqueuse au Globe & Mail. Or on ne changera pas le monde (ni les hommes) en jasant entre nous, disait-elle. «Elle a raison, concède d'ailleurs Jancee Dunn en entrevue. Mais ce sont les femmes qui veulent changer le statu quo. Et malheureusement, ce sont donc elles qui vont devoir amorcer le changement. Moi, j'ai changé mon comportement en premier, et en appréciant les changements, mon mari a embarqué.

Comment ne pas haïr son mari après avoir eu... (photo fournie par Hachette Livre) - image 2.0

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photo fournie par Hachette Livre

La vie de couple en chiffres

10 heures

Depuis 1965, les hommes ont plus que doublé le temps passé à faire des tâches domestiques, passant de 4 à 10 heures par semaine.

Source: Pew Research Center

3 fois plus

Malgré tout, les femmes mariées continuent de passer plus de trois fois plus de temps aux tâches domestiques que les hommes mariés.

Source: étude de l'Université du Maryland citée dans le livre

9 mois

Dans les couples où les tâches sont également partagées, tout change après l'arrivée du premier bébé: après 9 mois, les femmes font en moyenne 37 heures de tâches domestiques par semaine, les hommes 24. Même quand les deux passent le même nombre d'heures au travail.

Source: Une étude de l'État de l'Ohio réalisée auprès de couples travailleurs, citée dans le livre

67 %

Des couples voient leur bonheur conjugal plonger après l'arrivée d'un bébé.

Source: Julie et John Gottman, experts reconnus pour leur recherche sur le bonheur conjugal et familial

Cinq choses à savoir pour sauver votre couple

Faites connaître vos attentes

Vous avez le sentiment de tout faire, le lave-vaisselle est plein, le frigo vide, mais aussi évident que cela puisse vous paraître, non, votre conjoint ne lit pas dans vos pensées, ne saisit pas nécessairement vos attentes, bref, a besoin de se faire dire une fois pour toutes clairement quoi faire. Aussi plate (mais simple que ça): dites-lui, soyez directe et concrète. Non, crier ça ne marche pas, se plaindre non plus, souligne Jancee Dunn.

Apprenez à vous disputer

«Comme des adultes», quoi, résume l'auteure. Pas d'insultes. Restez respectueux. Oui, on a le droit de ne pas être d'accord: «Mais on peut être en désaccord sans être désagréable.» Comment? Tous les experts le disent: en exprimant ses émotions au «je», toujours sans jugement, en cherchant compromis et réparation. Surtout: ne jamais ruminer des émotions négatives, et éviter autant que possible la défensive ou le sarcasme.

Montrez le bon exemple

La plupart de ces disputes apparaissent après la naissance d'un enfant. N'oubliez jamais que cet enfant vous voit non seulement vous prendre la tête, mais voit aussi en vous des modèles. Des exemples. Bref, un portrait de ce qui l'attend. « C'est ce qui a poussé Tom [son mari] à changer, fait valoir l'auteure. Réaliser que nous enseignons malgré nous à notre fille à quoi s'attendre de ses relations à venir...»

Dites merci

C'est un indicateur clé du bonheur dans le couple: la gratitude. Les couples qui démontrent de l'affection, de l'appréciation et de l'admiration l'un pour l'autre sont aussi les plus heureux dans le temps, confirment les études. Pensez-y. «Cherchez le bon dans l'autre», résume l'auteure.

Parlez-en avant!

Si vous attendez un enfant, au lieu de débattre de la décoration de sa chambre, de la nécessité d'acheter une voiture familiale ou de déménager en banlieue, parlez plutôt des vraies affaires: qui va faire à manger, prendre congé quand la petite sera malade, s'occuper des rendez-vous chez le pédiatre, faire la lessive et se lever la fin de semaine? Avec un enfant, tout doit être renégocié, disent les experts. Un conseil? «Asseyez-vous et parlez-en avant.»

Comment ne pas haïr son mari après avoir eu des... (Photo archives La Presse) - image 3.0

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Photo archives La Presse

Ce qu'ils en pensent

La charge mentale, le partage des tâches, l'expression de ses besoins, qu'en pensent-ils? Trois hommes, trois points de vue.

«Les femmes en attendent toujours plus.»

Jean-François Quessy Auteur du blogue Un gars, un père Père de deux jeunes enfants

«Je suis tout à fait d'accord: on ne peut pas lire dans l'esprit des femmes. C'est ce que je dis toujours à ma femme qui me parle en paraboles ! Soyez claires, dites-nous ce que vous attendez. [...] Mais moi, je pense que les gars prennent de plus en plus cette charge mentale. [...] Mais les femmes, on dirait qu'elles en attendent toujours plus. Plusieurs idéalisent ce que serait l'égalité. L'objectif, ce n'est pas que les tâches soient égales, mais équitables. Si quelqu'un travaille plus à l'extérieur, c'est normal qu'il en fasse moins à la maison ! L'égalité, c'est utopique et un peu ridicule.»

«On est ailleurs»

Jean-Philippe Pleau Réalisateur et animateur Père de trois enfants

«La question que je me pose quand j'entends parler de tout ça: à qui ça parle? Il me semble que ça ne correspond pas aux pères et aux couples de mon entourage. Dans mon entourage, si les tâches ne sont pas également réparties, parfois le père en fait plus. J'ai l'impression qu'on est ailleurs. [...] J'ai l'impression qu'il devrait maintenant y avoir une plus grande adaptation de cette réalité à la télé et dans la publicité, où les hommes sont encore représentés comme des grands nonos. Ça me semble essentiel, non seulement pour me permettre de me reconnaître, mais aussi pour montrer que les choses changent.»

«C'est moi qui m'en suis mis beaucoup sur les épaules»

Blaise Durivage Auteur du blogue Papa pis dada, portant sur une famille «juste un peu différente» avec deux papas

«En parlant avec des collègues "mamans", j'ai réalisé que c'est le rôle du "donneur de soins" qui souvent prend cette charge mentale. Et veut, veut pas, il y a toujours un parent "care giver". Et c'est la société qui veut que ce soit la femme. Or, nous, bien évidemment, il n'y avait pas de femme dans notre couple, et c'est moi qui m'en suis mis beaucoup sur les épaules. Mais je sais que ça vient de moi. C'est moi qui essaye d'atteindre la perfection. [...] Et pour moi, dire que j'ai besoin d'aide, c'est difficile. C'est difficile d'exprimer clairement, même quand on se dit que c'est évident. C'est ce que j'ai appris.»




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