À quoi ressemblent les familles du petit écran?

Est-ce que les familles présentées au petit écran québécois vous ressemblent ?... (PHOTOMONTAGE LA PRESSE)

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Est-ce que les familles présentées au petit écran québécois vous ressemblent ? Sans doute, oui, si vous êtes un couple hétéro, blanc, avec enfants. L'image de la famille à la télé québécoise est-elle plus consensuelle qu'ailleurs ?

Que dit le petit écran des familles d'ici ? Que peut-on voir ailleurs ? Coups d'oeil sur trois séries québécoises récentes et sur trois séries américaines qui ont en commun d'adopter le ton de la comédie. Rien d'autre...

Au Québec

MES PETITS MALHEURS

Jeffy a 12 ans et trois quarts et raconte l'été qu'il a passé en 1986 au chalet avec sa famille. Il a un frère et une soeur plus âgés, un papa médecin autoritaire (et apparemment peu intéressé à passer du temps en famille) et une maman conciliante. La famille au grand complet correspond au modèle dit « de souche » - francophone, blanche et de la classe moyenne. L'entourage des enfants - en ville comme au chalet - sera un peu plus mixte. Mes petits malheurs est présentée à ICI Radio-Canada Télé.

CONSEILS DE FAMILLE

Curieusement, le personnage principal de Conseils de famille est aussi un jeune adolescent, Clovis, qui vit avec sa famille dans un duplex autour duquel gravitent beaucoup de gens « confrontés à des crises existentielles ». La famille de Clovis est aussi conforme à la majorité de la population québécoise. Son meilleur ami, Tarek, est d'origine libanaise et ses soeurs ont un colocataire, Jean-Max, fraîchement arrivé d'Haïti. Conseils de famille est diffusée à Télé-Québec.

LES BEAUX MALAISES

La série pilotée par Martin Matte relève de la fiction, mais s'amuse aussi à brouiller les cartes, puisque l'humoriste y joue son propre rôle. Son univers correspond à celui d'une famille québécoise classique - un papa, une maman, deux enfants -, mais très à l'aise sur le plan financier. L'entourage de la famille est peuplé de personnages fantasques (on pense notamment aux personnages interprétés par Michèle Deslauriers et Patrice Robitaille), mais aussi conformes à la majorité. Les beaux malaises a été diffusée à TVA.

Aux États-Unis

MODERN FAMILY

Modern Family présente une image un peu extrême de la famille : à la fois dysfonctionnelle, traditionnelle et progressiste... Autour de la famille nucléaire principale gravitent en effet un papi riche marié à une jeune Colombienne au tempérament vif, ainsi qu'un couple gai assez stéréotypé qui a adopté une petite Asiatique. Un enfant transgenre est également apparu mercredi dernier dans l'émission. Modern Family est diffusée à ABC, une chaîne généraliste américaine.

TRANSPARENT

Le point de départ de Transparent confronte directement le modèle de la famille traditionnelle : Morton Pfefferman, professeur à la retraite, annonce à ses proches, dont ses enfants, qu'il souhaite vivre comme une femme et qu'il s'est toujours senti femme. L'onde de choc atteint toute la famille, même si le ton demeure proche de la comédie. Il n'est pas le seul à vivre une transition existentielle : sa fille aînée, Sarah, quittera son mari pour vivre avec une femme. Transparent est une série d'Amazon Studios diffusée sur la plateforme Shomi au Canada, qui cessera ses activités le 30 novembre.

FRESH OFF THE BOAT

Rare série à mettre en vedette une famille américaine d'origine asiatique, Fresh off the Boat amorcera sa troisième saison ce mois-ci aux États-Unis. L'émission s'intéresse aux tribulations d'Eddy Huang, d'origine taïwanaise, qui quitte le Chinatown de Washington D.C. avec ses parents, son frère et sa soeur parce que son papa veut ouvrir un steakhouse de cowboy en Floride... Le seul souci d'Eddy : être comme les autres dans une ville où il ne l'est surtout pas. Fresh off the Boat est diffusée à ABC.

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Un consensus fragmenté

« Je ne vois pas comment notre famille pourrait être plus québécoise : elle est blanche, jaune, brune, comme un pâté chinois », dit le narrateur de Pure laine, téléroman diffusé il y a 10 ans à Télé-Québec. Puis, il ajoute que sa famille composée d'une maman québécoise de souche, d'un papa haïtien et d'une fillette adoptée en Chine était un « condensé de la société » dans laquelle elle vit, c'est-à-dire la nôtre.

Pure laine, miroir du Québec ? Oui, mais non : les familles mixtes demeurent peu nombreuses au Canada (4 % des unions seulement*). Ce décalage entre la réalité de la majorité et celle de la famille de Pure laine (d'où l'ironie du titre) se trouvait au coeur de l'émission, comme c'était aussi le cas de Little Mosque on the Prairie, présentée à la CBC à la même époque et qui montrait la communauté musulmane d'une petite ville de la Saskatchewan.

La famille qu'on voit dans un « premier rôle » au petit écran québécois est règle générale pure laine dans le sens commun de l'expression : blanche, francophone et de tradition chrétienne. Ce n'est pas une vision de l'esprit. « Je suis même allé voir dans les statistiques pour me rendre compte que 54 % des gens vivaient dans une famille traditionnelle avec un père, une mère et un enfant ou plus », dit Jacques Davidts, en évoquant la genèse de son téléroman Les Parent. Ces 54 % méritaient « une émission familiale à laquelle ils pouvaient s'identifier », a-t-il fait valoir en présentant son projet.

TROIS SOLITUDES

Des familles auxquels s'identifier, les Québécois « de souche » n'en manquent pas. Presque toutes ressemblent à celle des Parent. Le plus souvent, les personnes issues de minorités visibles (ou audibles) sont des amis (souvent ceux des enfants) ou des voisins, parfois un enfant adopté. Ils sont rarement les personnages principaux, sauf dans les émissions jeunesse ou celles qui se déroulent dans des écoles secondaires.

« La télévision québécoise s'adresse, encore aujourd'hui, prioritairement aux Québécois de souche. »

- Pierre Barrette, professeur à l'École des médias de l'UQAM

Ce n'est pas un hasard. Il y aurait trois solitudes au Québec, selon lui : les anglophones qui regardent surtout ce qui se fait en anglais, les immigrés de première génération qui regardent la télé de leur pays d'origine et les francophones qui regardent la télé québécoise. Parmi eux, les 30 à 65 ans sont les plus téléphages.

« On sait que les [francophones] qui regardent la télévision sont assez fortement concentrés dans les régions et dans certaines couches de la population qui sont peut-être les moins susceptibles d'être confrontées [à la diversité culturelle], fait aussi valoir Pierre Barrette. On se retrouve avec un public traditionnel qui est très peu concerné par cette problématique-là. »

FRACTURE

Jacques Davidts parle de « fracture » lorsqu'il évoque le clivage entre Montréal et les autres régions du Québec. La région de Montréal compte en effet 20 % d'habitants issus de minorités visibles. Ensuite, on tombe à 4,4 % à Sherbrooke et à 3 % à Québec. Le producteur Jocelyn Deschênes, de Sphère Media (Nouvelle adresse, Annie et ses hommes, etc.), souligne aussi que la mixité québécoise est d'abord montréalaise et que même Montréal n'arrive pas à la cheville de Toronto. La capitale ontarienne compte en effet 47 % d'habitants issus de minorités visibles.

Ce ne sont pas les statistiques démographiques qui écrivent la programmation, assure-t-on toutefois à la télévision de Radio-Canada.

« Pour nous, ce qui compte, c'est d'avoir une proposition forte d'un auteur qui a quelque chose à exprimer. »

- André Béraud, directeur des fictions et des longs métrages

Il ajoute que « même si le Québec n'était peuplé que de Blancs, s'il s'agit d'une série qui a quelque chose à exprimer, elle pourrait être complètement noire, complètement arabe ».

Jocelyn Deschênes dit lui aussi miser d'abord sur la voix de l'auteur et ne croit pas que le milieu de la télévision craint de s'aliéner un certain public en affichant des distributions plus mixtes. « Le risque de s'aliéner des gens, il est plus dans la forme, dans une façon de raconter l'histoire qui serait trop hermétique », juge-t-il.

Suzanne Landry, directrice principale, chaîne et programmation, au Groupe TVA, estime encore important de représenter la famille québécoise francophone. « Par contre, la famille a beaucoup changé, note-t-elle. Il est important de faire état de différents modèles. » Elle parle de structure familiale, mais aussi de diversité culturelle. « On travaille dans ce sens-là », assure-t-elle, en précisant encourager les producteurs à proposer des distributions plus diversifiées. André Béraud dit dépenser beaucoup d'énergie dans le même objectif.

« Le plus important quand on regarde une fiction, ce sont les situations que les personnes vivent. Peu importe le modèle, peu importe le personnage [...], c'est à la situation qu'on va s'identifier. »

- Suzanne Landry, directrice principale, chaînes et programmation, au Groupe TVA

« Est-ce qu'on a un retard par rapport aux États-Unis ? Oui, soit. Mais est-ce qu'on a un retard par rapport à l'évolution du Québec ? Un petit peu, oui, mais pas autant que les gens le disent », estime André Béraud. Il a bon espoir que l'émergence d'auteurs et d'acteurs issus de minorités changera le portrait de la télé.

ET LES SOUS ?

Que le personnage de Martin Matte vive dans une maison confortable dans Les beaux malaises ne nous étonne pas : sa série se nourrissait de la réalité et l'humoriste est à l'aise financièrement. D'autres familles du petit écran habitent également dans des maisons cossues (celle de Nouvelle adresse), mais Suzanne Landry croit que la télé d'ici présente néanmoins un « bel éventail de familles ».

« Ça dépend des dramatiques », dit-elle. Il est logique que le clan d'entrepreneurs dépeint dans O' ne s'entasse pas dans l'appartement des Bougon. À Radio-Canada, on rappelle que les familles au coeur de La vie parfaite, par exemple, ne vivaient pas dans le luxe et s'endettaient comme bien des Québécois. Les Parent vivaient mieux, mais ne roulaient pas sur l'or non plus.

Cette variété économique permet, selon Suzanne Landry, d'éviter de proposer une image uniforme de la réalité. « Parfois, ça peut faire rêver, parfois, [ça suscite] un sentiment d'identification », avance-t-elle, tout en soulignant que la télé ne doit pas se limiter à des représentations réalistes.

CONSENSUS

Sur le plan de l'homosexualité, les familles qu'on voit à la télé s'avèrent très ouvertes. La semaine dernière, Radio-Canada a annoncé une nouvelle série, Le cheval-serpent, dans laquelle Sophie Prégent et Élise Guilbault formeront un couple. Les deux femmes seront aussi les mamans d'une fille adulte. Il ne semble ainsi plus subsister de frein à la représentation de personnes homosexuelles ou de familles homoparentales à la télévision. Si on ne verra pas de sitôt le couple gai de Modern Family s'embrasser goulument à l'écran, ici, les étreintes des personnages joués par Patrick Hivon et Sébastien Delorme dans Nouvelle adresse étaient montrées dans détour.

Si rien au Québec ne se compare à Transparent, série conçue aux États-Unis, l'expérience de Je suis trans, docu-réalité présenté sur AddikTV, laisse croire à Suzanne Landry que « le public est prêt » pour ce genre d'histoire. Il ne faut pas confondre trans et travesti, mais il reste que si une comédie campée dans l'univers des drag queens comme Cover girl a pu avoir du succès à une heure de grande écoute, d'autres audaces sont sans doute possibles.

« Je pense que les gens acceptent un peu moins facilement la question de la diversité culturelle, avance Pierre Barrette, en évoquant tour à tour la crise des accommodements raisonnables et la commission Bouchard-Taylor. [La question de la diversité culturelle] vient avec un passif social beaucoup plus lourd que l'homosexualité de nos jours. »

* Les données démographiques proviennent de Statistique Canada et de l'Institut de la statistique du Québec.

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