Abus: trop de surveillance pour les parents à risque?

Les gens qui ont été agressés quand ils étaient enfants sont plus susceptibles... (PHOTO CHAIDEER MAHYUDDIN, AFP)

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Les gens qui ont été agressés quand ils étaient enfants sont plus susceptibles de maltraiter leurs propres enfants. Mais selon une nouvelle étude américaine, ce pourrait être un «biais de surveillance»: ils sont plus susceptibles d'être ciblés par les services sociaux, qui vont rapporter le moindre soupçon de maltraitance.

«Nous observons une transmission intergénérationnelle de la violence sexuelle et de la négligence parentale, mais pas de la violence parentale physique», explique l'auteure principale de l'étude parue récemment dans la revue Science, Cathy Widom, de la City University de New York. «Cette absence de détection de violence physique laisse penser qu'il pourrait y avoir un biais de détection. Des soupçons de négligence et de violence sexuelle peuvent impliquer une plus grande part de subjectivité que la violence physique, où les preuves concrètes jouent un plus grand rôle.»

Mme Widom a commencé, il y a 25 ans, à travailler avec une cohorte de 900 jeunes adultes ayant subi de la violence sexuelle ou de la négligence durant leur enfance. «Au départ, je voulais vérifier si leurs parents étaient plus susceptibles d'avoir été eux-mêmes victimes de violence sexuelle, dit la psychologue new-yorkaise. Mes résultats étaient négatifs, ce qui contredisait d'autres études sur la transmission intergénérationnelle de la violence. J'ai continué à suivre ces personnes et elles ont maintenant des enfants.»

Un biais de détection?

La chercheuse veut maintenant vérifier s'il y a réellement un biais de détection. «Quand les services sociaux identifient des parents qui ont besoin d'aide, parce qu'ils ont été eux-mêmes victimes de violence sexuelle dans leur enfance, ils vont multiplier les contacts avec ces familles. Les travailleurs sociaux ont alors plus de probabilités de tomber sur un comportement associé à un risque de négligence ou de violence sexuelle.» Par exemple, les travailleurs sociaux peuvent détecter une odeur de marijuana dans le logement lors d'une visite, ou tomber sur des bouteilles vides après un souper bien arrosé, et s'en inquiéter.

Richard Tremblay, un psychologue de l'Université de Montréal qui a fait plusieurs études sur l'intervention précoce auprès des enfants, considère qu'un «biais de surveillance» est possible. «Mais pour aider ces parents et leurs enfants, on a besoin d'une meilleure surveillance et de soutien!», dit M. Tremblay, pour illustrer le dilemme des services sociaux.

M. Tremblay estime que l'étude est intéressante mais qu'elle comporte des failles, n'ayant pas, par exemple, pris en compte les facteurs génétiques et épigénétiques (l'effet de l'environnement sur l'expression des gènes).

En chiffres

5,8%
des hommes canadiens ont subi de la violence sexuelle durant leur enfance.
14,4%
des femmes canadiennes ont subi de la violence sexuelle durant leur enfance.
11,9%
des hommes canadiens ont subi des agressions physiques graves durant leur enfance.
7,9%
des femmes canadiennes ont subi des agressions physiques graves durant leur enfance.

Source : JAMC 2012

NOTE: Les violences physiques graves incluent l'étranglement, les brûlures et les coups de pied ou de poing.

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