Moins de micro-ondes dans les écoles

Alice et Charlotte Lévesque vont à l'école Demers... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE)

Agrandir

Alice et Charlotte Lévesque vont à l'école Demers de Laval, où elles ne peuvent pas faire réchauffer leur dîner le midi. « S'il y avait des micro-ondes, j'aurais plus de choix de lunchs », observe Bianca Demers, leur mère.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

La majorité des enfants du Québec dînent à l'école 180 jours par an. Pour ne pas toujours manger des sandwichs, plusieurs apportent des repas à réchauffer au four à micro-ondes. Or, de nombreuses écoles retirent les micro-ondes d'entre leurs murs, pour préserver la santé des élèves et... économiser. Le ministre de l'Éducation, François Blais, comprend mal ce choix. La scolarité, un plat qui se mange froid ?

CHOIX SANTÉ OU ÉCONOMIQUE ?

La rentrée scolaire a un goût différent au collège Stanislas de Montréal. « Par mesure de prévention, le Collège ne propose plus dorénavant de micro-ondes » aux plus jeunes élèves (de la prématernelle à la troisième année du primaire), peut-on lire dans une lettre envoyée récemment aux parents.

Cet établissement n'est pas le seul à retirer l'accès aux fours à micro-ondes le midi. L'école publique Notre-Dame-de-Lourdes, d'Iberville, a enlevé ce privilège aux élèves qui ne font que dîner sur place, au coût de 3 $ par jour. Les enfants inscrits au service de garde - à 8 $ par jour - y ont toutefois toujours droit. Les privilégiés mangent donc chaud. Les autres ? Qu'ils mangent de la brioche, aurait dit une certaine princesse...

Aux écoles primaires L'Aquarelle, Demers et Villemaire, de Laval, aucun élève n'a accès à un réfrigérateur pour garder son dîner froid ni à un micro-ondes pour le réchauffer. Charlotte et Alice Levesque, âgées de 8 et 10 ans, le savent bien puisqu'elles ont fréquenté ces trois écoles depuis leur entrée en maternelle.

« Ça me déplaît qu'il n'y ait pas de micro-ondes et de frigo, témoigne Bianca Demers, leur mère. Surtout que ma plus jeune est très difficile et qu'elle ne mange pas beaucoup. Donc, je gaspille beaucoup de nourriture. Toutes les collations qui ne sont pas mangées et qui devaient rester froides, comme les yogourts et le fromage, sont jetées au retour à la maison. Ce n'est pas un ice pack qui garde ça frais jusqu'à 16 heures... »

« Dans bon nombre d'écoles de Laval, il n'y a pas de four micro-ondes ni de frigos, confirme Jean-Pierre Archambault, secrétaire général de la Commission scolaire de Laval. En fait, il y en a de moins en moins. » L'histoire se répète à Montréal, en Outaouais et ailleurs au Québec.

SANTÉ ET SÉCURITÉ

Pourquoi ? « Des études récentes montrent qu'il n'est pas sans danger de réchauffer des plats au micro-ondes dans des contenants en plastique », fait valoir le collège Stanislas. Si cet établissement privé permet encore aux élèves plus grands (à partir de la quatrième année) d'utiliser les micro-ondes, c'est dans « des récipients en verre ». Autre argument avancé : « Le fait de chauffer de nombreux plats successivement ne permet pas de garantir l'absence de risque relatif aux allergies alimentaires », souligne le Collège.

« Il y a différents enjeux, explique pour sa part M. Archambault. Des fois, c'est une question technique. L'école est vieillissante, donc la capacité électrique ne permet pas d'avoir beaucoup de micro-ondes. D'autres fois, c'est une question de sécurité et de santé, surtout avec des élèves un peu plus jeunes. »

À Notre-Dame-de-Lourdes, « le personnel de surveillance se trouvait accaparé par la tâche de chauffer les repas des élèves au micro-ondes », explique Mario Champagne, directeur du Service du secrétariat général et des communications de la Commission scolaire des Hautes-Rivières.

POUR ÉCONOMISER

Tout cela est sûrement vrai... mais cache le fait qu'enlever les micro-ondes permet aussi de réduire les dépenses. « Certains services de garde ont fait le choix de faire disparaître les micro-ondes de leurs locaux afin de diminuer le nombre d'heures de travail des éducatrices », affirme Michel Picard, président de l'Association professionnelle du personnel administratif, qui représente 2150 employés de services de garde montréalais.

Pour permettre aux enfants de manger rapidement, des écoles ajoutent du personnel à l'horaire ou paient les éducatrices pour qu'elles réchauffent les plats avant que la cloche du dîner sonne. « En enlevant 15 minutes par jour, on économise 1 h 15 par semaine, calcule M. Picard. En ces temps de coupures, il n'y a pas de petites économies. »

ALTERNANCE PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE

D'autres solutions existent pourtant. L'école Émilie-Gamelin, de La Prairie, a instauré un système d'alternance. Tous les mardis et jeudis, les élèves dont le nom de famille commence par une lettre allant de A à J peuvent faire réchauffer leurs plats, tandis que les lundis et mercredis sont réservés aux K à Z. Les vendredis sont répartis selon un horaire remis aux parents.

Reste enfin l'utilisation de contenants isothermes, efficaces si on y verse d'abord de l'eau bouillante pendant une dizaine de minutes, puis la nourriture très chaude. Karoline Thériault a acheté un Thermos à son fils de 6 ans, après avoir appris qu'il n'aurait plus accès au micro-ondes à son école. « Ce n'est pas évident d'offrir de la variété à nos tout-petits, mais on développe des trucs et des recettes », souligne-t-elle.

Un enfant dîner à l'école 1260 fois en... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE) - image 3.0

Agrandir

Un enfant dîner à l'école 1260 fois en moyenne pendant son primaire, sans compter les journées pédagogiques. 

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

LE MINISTRE « COMPREND MAL »

Le ministre de l'Éducation, François Blais, sait que des écoles ont décidé de ne plus permettre de réchauffer les repas au micro-ondes, le midi. « On comprend mal pourquoi des micro-ondes qui étaient disponibles l'année dernière ne le seront pas cette année », a dit à La Presse Julie White, l'attachée de presse du ministre.

« On rappelle que dans les Règles budgétaires, on alloue une subvention pour le mobilier, l'appareillage et l'outillage, a indiqué Mme White. Cette allocation n'a pas diminué dans les dernières années. Au contraire, elle a légèrement augmenté. »

N'est-ce pas plutôt le coût de la main-d'oeuvre, nécessaire pour superviser l'utilisation des micro-ondes au primaire, qui pose problème ? « Il faut être clairs, ce sont les commissions scolaires qui font leurs choix, a répondu l'attachée. Elles ont du financement pour ça, elles font leurs choix et on comprend mal pourquoi c'était disponible et ça ne le sera plus. »

« ON EST EN 2015 »

Voilà de la musique aux oreilles d'Éric Pronovost, président de la Fédération du personnel de soutien scolaire, qui a abordé la question lors d'une récente rencontre avec le ministre Blais. « Quand on est rendus qu'on veut couper les micro-ondes et l'accès aux frigidaires aux enfants, je trouve ça plus que déplorable, a souligné M. Pronovost. On est en 2015. Les enfants ont le droit de manger des lunchs chauds. »

Le ministère de l'Éducation (MEESR) demande-t-il aux écoles d'avoir des frigos et des micro-ondes ? « Il n'y a pas de directives à cet effet », a répondu Pascal Ouellet, responsable des relations de presse au Ministère. Mais une fiche publiée par le Ministère recommande de « mettre à la disposition des jeunes une quantité suffisante d'appareils (réfrigérateur, micro-ondes, etc.) afin qu'ils puissent conserver leur repas au frais ou le réchauffer ».

« Il faut minimalement que les enfants aient un service de qualité, a martelé M. Pronovost. Écoutez, on n'est pas en Afrique! On est au Québec, au Canada. Ça n'a pas de bon sens de faire ça parce qu'on ne veut pas donner cinq minutes de préparation par jour à nos éducateurs en service de garde. C'est faire des économies de bouts de chandelles. »

« ON NE PENSE PAS À LA NUTRITION »

« Rien ne nous oblige à offrir ces services-là, a répondu Caroline Lemieux, attachée de presse de la Fédération des commissions scolaires du Québec. Ce sont de petits extras qui sont très appréciés et utiles. Mais à un moment donné, quand on est vraiment au pied du mur, il est possible que ce soit coupé. On est rendus à 1 milliard de compressions, depuis 2010. Ça oblige les commissions scolaires à prendre des décisions tout à fait déchirantes. »

« On ne pense pas à la nutrition, quand on enlève les micro-ondes parce qu'il faut commencer à réchauffer les plats trop de bonne heure et que ça fait trop de gestion pour les surveillants, a observé Marie Ouellet, agente de promotion des saines habitudes de vie au Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Est. L'enfant n'est pas au milieu de cette décision, le parent non plus. »

TROIS ÉCOLES, TROIS RÉALITÉS

ÉCOLE DE L'ARC-EN-CIEL: 25 $ par an pour utiliser le micro-ondes

Vingt-cinq dollars. Jusqu'à cette rentrée, c'est ce que devaient payer les familles qui voulaient faire réchauffer des plats au micro-ondes, à l'école de l'Arc-en-ciel de Laval. Une école publique. Ce tarif donnait droit au « plat réglementaire » de l'établissement et l'accès annuel au four. Évidemment, c'était en plus des frais de surveillance du dîner.

« Cette école est située dans un milieu défavorisé, où le Club des petits déjeuners est instauré, si bien que j'ai toujours trouvé que c'était un non-sens », dit Mélanie Douville, dont le fils a fréquenté l'Arc-en-ciel.

Quand ce dernier a commencé la maternelle, Mme Douville ignorait que l'accès au four s'achetait. « Mon fils a apporté un plat de pâté chinois, qu'ils lui ont fait manger froid », dénonce-t-elle.

« À l'Arc-en-ciel, il y avait effectivement une pratique qui consistait à charger pour l'utilisation du four micro-ondes, confirme Jean-Pierre Archambault, secrétaire général de la Commission scolaire de Laval. Mais c'est venu à nos oreilles. On a fait en sorte que cette pratique ne soit pas présente, cette année. »

ÉCOLE MARTIN-BÉLANGER: les micro-ondes sont là pour rester

À l'école Martin-Bélanger, dans le quartier Saint-Pierre à Lachine, « les élèves ont accès à un micro-ondes, dit Christine Villiard, la directrice.

Nous avons analysé la situation avec une conseillère pédagogique de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys. Le constat est que plus de 90 % de notre clientèle utilise le micro-ondes. Nous ne pouvons pas arrêter ce service ».

Aucun frigo n'est mis à la disposition des enfants, qui déposent leur boîte à lunch dans leur casier. « Ils doivent avoir un bloc réfrigérant », indique Mme Villiard.

Autre alléchante option: « L'école étant en milieu défavorisé, nous offrons un service de dîner au coût de 1,10 $ par repas pour les familles défavorisées », dit la directrice.

ÉCOLE DE LA MOSAÏQUE: bye-bye micro-ondes

À Saint-Basile-le-Grand, l'école de la Mosaïque accueille 596 enfants. Parmi eux, « 500 élèves dînent à l'école », dit Lyne d'Auteuil, directrice de l'établissement.

Jusqu'à il y a trois ans, il était possible pour eux de faire réchauffer leur dîner au four à micro-ondes. « À l'époque, certains élèves devaient débuter par le dessert et finir par le plat principal, pour que tout le monde ait le temps de manger », se souvient Martin Leprohon, père de trois élèves de la Mosaïque.

« Ça nous prendrait beaucoup de personnel pour faire chauffer tous les plats en même temps, indique Mme d'Auteuil. On aurait de la difficulté à trouver des gens qui viendraient pour 10 minutes. »

Si bien que la décision a été prise de retirer le droit aux micro-ondes et de plutôt donner accès aux repas d'un traiteur, facturés 5,10 $ chacun. « C'est sûr que certains parents ont été déçus, convient Mme d'Auteuil. C'est plus facile de placer un dîner congelé dans la boîte à lunch que de réchauffer un repas et le mettre dans un plat isolant. »

« Personnellement, je trouve que ça a le mérite d'être clair, dit M. Leprohon. On s'est adaptés en conséquence, avec Thermos et ice pack. »

TÉMOIGNAGES

L'école primaire où vont vos enfants leur permet-elle de réchauffer leur dîner au four à micro-ondes ? Les lunchs sont-ils réfrigérés dans des frigos ? Ces questions ont été posées sur la page Facebook de La Presse. Voici quelques témoignages reçus.

MARYSE VILLENEUVE

« Il y a des micro-ondes, que je n'utilise pas. Faire chauffer un repas dans du plastique, non merci. Vive le Thermos. Il y a aussi un service de traiteur. »

JOHANNE BOUCHARD

« À notre école, il y a des micro-ondes, un service de cafétéria avec de la bouffe santé qui est excellente. Pour les repas froids, il suffit de mettre des ice packs dans la boîte à lunch. »

JEAN-SIMON LAUZON

« Franchement pas besoin de ces dépenses-là pour vos écoles, il y a de meilleurs investissements pour vos enfants. En attendant, les parents apprendront à être parents. »

MARIE-CLAUDE HOULE

« Pas de micro-ondes, mais des iPad ? Vive la logique. »

KATIA LALONDE

« Micro-ondes accessibles pour les enfants inscrits au service de garde. Ceux qui utilisent le service de dîner seulement doivent avoir un lunch froid ou Thermos. »

TERESSA NGUYEN

« Je réchauffe les plats le matin avant de partir et mets le tout dans un Thermos. Faire réchauffer par le service de garde dans un contenant de plastique obligatoire... jamais pour nous! »

KEV-JESS PERREAULT

« À l'école primaire de Nicolet, ils n'offrent ni micro-ondes ni frigos. Je trouve ça vraiment désolant, car les Thermos c'est vraiment dégueu. Sauf que je n'ai pas le choix, je ne donnerai quand même pas des repas froids à longueur d'année. Mais, sérieusement, c'est à réorganiser, car c'est indispensable des micro-ondes! Question de s'en occuper, j'imagine... »

CAROLINE GUILLETTE

« Il y a des micro-ondes, mais les surveillantes mettent plusieurs plats à la fois. Résultat: les lunchs sont tièdes ou froids. Mes enfants ne veulent plus apporter de plats à réchauffer. En plus, ils me disent que c'est très long, l'attente, donc ils ont peu de temps pour manger, puisqu'une seconde tablée attend son tour... »

MARIE-FRANCE BÉLANGER

« Dans notre petite école de région, l'éducatrice du service de garde réchauffe les lunchs des enfants avant que la cloche sonne. Les boîtes à lunch sont dans un frigo, à même le local du service de garde. Pas besoin d'ice packs ou de Thermos. À la lecture des autres commentaires, je considère qu'on est dans le luxe! »

LOUISE CHARBONNEAU

« Un chausson avec ça  Combien d'enfants dans une école primaire et combien faudrait-il de frigos? Qui paierait les frigos et à quel endroit seraient-ils installés? »

ELENA RODRIGUEZ

« Pas de frigo. Pas de micro-ondes. Thermos, sandwich ou service de traiteur. Les enfants mangent vite et ils vont jouer dehors, au lieu d'attendre 20 minutes pour un plat réchauffé au micro-ondes. »

MARIE-ÈVE ROSS

« Je trouve que l'idée de mettre des frigos serait très intéressante. L'utilisation d'ice packs n'est pas très efficace. Yogourt, fromage, jus ne sont pas super froids quand arrive l'heure du dîner. Pour les fours à micro-ondes, il serait bon d'en avoir davantage, car ma fille me mentionne souvent que c'est trop cuit ou qu'elle manque de temps pour dîner. Le thermos lui permet donc de prendre tout son temps. »

ANNE-LISE NADEAU

« Les enfants qui ne mangent pas à la cafétéria peuvent apporter un lunch, chaud ou froid. Ils mettent les repas à réchauffer dans le bac de leur classe le matin. Le tout est réfrigéré. Puis, ce sont les éducatrices du service de garde et les surveillantes du dîner qui font chauffer les plats avant que les enfants viennent manger. Quand ils arrivent dans le local, ils sont donc prêts à manger! Je trouve ce système génial, car ils ne perdent pas de temps à attendre en file au micro-ondes. »

Note: les commentaires ont été raccourcis et corrigés. Certains ont été envoyés par courriel à notre journaliste.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Vivre

Tous les plus populaires de la section Vivre
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer