Facture des services de garde: une deuxième taxe scolaire?

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Au Québec, 235 000 élèves fréquentent les services de garde des écoles. À compter de cette rentrée, les parents financent environ les deux tiers de leur budget et le gouvernement, un tiers. Or, les surplus de ces garderies scolaires peuvent servir à d'autres fins. Les parents qui envoient leurs enfants au service de garde paient-ils une deuxième taxe scolaire?

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Des surplus utilisés à toutes les sauces

« Les services de garde sont les vaches à lait des écoles. » Celle qui fait ce constat a été responsable de plusieurs garderies scolaires, depuis une dizaine d'années. Édith (prénom fictif, car elle craint les représailles si on la nomme) tient à ce que « la population soit au courant de ce qui se passe, surtout les parents utilisateurs ».

En juin, son service de garde a fini l'année scolaire avec un surplus d'environ 30 000 $. L'argent - provenant en majorité des poches des parents - a été récupéré illico par la direction de l'école, pour couvrir diverses dépenses.

« C'est comme si les parents qui envoient leurs enfants au service de garde payaient une deuxième taxe scolaire », constate la technicienne, rencontrée dans un café en banlieue de Montréal. Leur contribution quotidienne de 7,30 $ par enfant - qui grimpe à 8 $ à partir de cette semaine - « sert aussi à repeindre les classes et à acheter un ordinateur à la direction », dénonce-t-elle.

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Nombre de services de garde en milieu scolaire dans les commissions scolaires francophones et anglophones du Québec lors de l'année scolaire 2014-2015

Source: ministère de l'Éducation, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (MEESR)

Dépenses refusées

Avant, quand un service de garde avait des surplus, « on en faisait bénéficier les enfants et les parents, souligne Édith. On achetait de nouvelles tables pour remplacer celles qui tombent à terre pendant que les enfants dînent, on payait l'autobus lors de sorties, surtout si les sorties précédentes avaient été si populaires qu'on avait fait des profits. Mais l'an passé, la direction nous a refusé beaucoup de dépenses ».

L'année qui vient s'annonce encore plus difficile. « Malgré l'augmentation de clientèle qu'on prévoit pour notre service de garde, ma direction a fait énormément de coupes dans l'horaire des éducatrices », déplore la technicienne. Plus question de payer une éducatrice jusqu'à 8 h 20, si la cloche sonne à 8 h 15. « C'est pourtant ce petit cinq minutes là qu'on prenait pour aller voir un professeur et lui dire: «La mère de tel enfant vient de nous annoncer qu'elle se sépare» », illustre Édith.

La direction contrôle le budget

« La direction de l'école a le plein contrôle sur le budget du service de garde, déplore la technicienne. Si elle y croit, les enfants, les parents et les éducateurs sont choyés. Mais si c'est une direction pour qui le service de garde passe en dernier, ça fait pitié, ce qui est triste pour les enfants. Dans une même commission scolaire, un service de garde peut vivre grassement, tandis qu'un autre en arrache, puisque son financement va ailleurs. »

Plusieurs techniciens ne s'en rendent pas compte, comme ils laissent le suivi du budget à la direction. Pas Édith. « Moi, le budget de mon service de garde, je le fais, je l'analyse, mois par mois », fait-elle valoir.

Deux heures par jour à dessiner

La hausse du tarif chargé aux familles - jusqu'à 16 $ par jour lors des journées pédagogiques, sans compter le prix des sorties - révolte la technicienne. Même si ça vise à compenser la baisse du financement gouvernemental.

« Je trouve ça épouvantable, parce qu'un service de garde de taille moyenne faisait des surplus, dit-elle. C'était peut-être plus difficile pour un petit service de garde, avec des éducatrices au sommet des échelons salariaux. Mais sinon, on charge plus cher aux parents, on fait des surplus et on coupe dans les services. On sera bientôt rendus à faire des dessins sur des feuilles brouillon comme seule activité. » Or, si la cloche sonne vers 15 h, les enfants peuvent passer plus de deux heures par après-midi au service de garde... de quoi former de grands dessinateurs.

« On exige beaucoup des services de garde, souligne la technicienne. On nous demande d'être éducatifs, mais on coupe notre budget et notre temps de préparation. Je me sens écartelée. »

« On a fait des pas de géant depuis 20 ans, rappelle Édith. À force de couper, on va revenir à l'époque où le service de garde était un stationnement pour enfants qui attendent leurs parents et les éducatrices, de simples surveillantes. C'est très triste. »

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