La Ronde: 50 ans de sensations fortes

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Le Goliath

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Depuis un demi-siècle, notre parc d'attractions carbure au plaisir. Survol des moments forts et des événements qui ont marqué «La Ronde de chez nous», juste à temps pour le début de la haute saison.

1967

Montréal se dote d'un parc digne de Disneyland dans le cadre de l'Exposition universelle. La ville a déjà son parc Belmont installé le long de la rivière des Prairies. La Ronde sera toutefois plus rassembleuse, plus diversifiée et plus haute en sensations que les autres parcs, prévoient les organisateurs de l'époque, qui y voient un autre Coney Island - le légendaire parc de New York - sans ses excès et sa cacophonie.

25 millions de dollars

C'est le coût de réalisation de cet ambitieux projet qui représente, en 1967, le plus important investissement récréotouristique du Québec.

Kennedy dans La Pitoune

Expo 67 et La Ronde voient défiler de grands noms: la princesse Grace de Monaco, Marlene Dietrich, Charles de Gaulle, la reine Élizabeth II. Robert Kennedy, alors sénateur, fait les manchettes en dévalant les couloirs d'eau de La Pitoune avec ses fils.

Le Galopant

Un parc d'attractions n'est pas complet sans un carrousel ! La Ronde s'en procure un de seconde main pour son ouverture. Le manège belge, sculpté à la main et garni de fresques inspirées des oeuvres de Jean-Honoré Fragonard, est cependant un tantinet trop libertin au goût du clergé. On profite de sa restauration - qui s'élève à 1,2 million de dollars - pour couvrir les corps dénudés des nymphes d'écharpes et d'autres vêtements. À 132 ans, ce carrousel équestre est le plus vieux manège galopant du monde.

Robert Kennedy et ses fils dans la Pitoune... (Photo archives de Montréal (AVM)) - image 2.0

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Robert Kennedy et ses fils dans la Pitoune

Photo archives de Montréal (AVM)

Un succès monstre

Cinquante millions de visiteurs se pointent à Expo 67. Près de la moitié passe par La Ronde, soit 22,5 millions, le double de ce qui était prévu.

Le choc des générations

Fin des années 60, la génération des baby-boomers vit sa jeunesse. Les moins de 20 ans représentent près de 40 % de la population; on ne saurait les ignorer. On leur dédie le Pavillon de la Jeunesse, le seul qui soit situé hors de Terre des Hommes, et qui deviendra un lieu de rassemblement, de spectacles et de cafés dansants. Chaque jour, différents sujets y sont aussi débattus - de la guerre du Viêtnam à l'avortement, en passant par les Beatles - et modérés par l'animateur Gilles Gougeon, alors âgé de 24 ans.

«Il s'en est passé, des choses, là, rapporte l'auteur d'un ouvrage sur l'histoire de La Ronde, Tristan Demers. Jean Drapeau a fait fermer ça assez vite parce que ça sentait le pot! Des fois, il y avait jusqu'à 5000 personnes dans le gazon à débattre de toutes sortes de choses.» Dans un article du Journal de Montréal, on parle de dizaines de jeunes qui s'en donnent à coeur joie dans les «pires orgies inimaginables». La chasse aux hippies ne tarde pas à venir.

Selon Tristan Demers, La Ronde de 1967 est le reflet d'un Québec en plein bouillonnement et en contradictions. D'une part, les hippies aux moeurs libertines; de l'autre, des dirigeants aux valeurs puritaines. «C'est comme si la difficulté d'adaptation de la société du temps s'était retrouvée incarnée dans ce lieu», explique-t-il.

Place aux artistes de renom

Fin des années 60 et 70, La Ronde est équipée pour veiller tard! Le club de musique rock, Motown et jazz Le Flibustier fait le bonheur des mods, la Disco Villa joue les tubes de l'heure, le Rose Tulipe accueille des artistes comme Pauline Julien et Jean-Pierre Ferland. Avec l'étendue de son offre, La Ronde fait concurrence aux salles de spectacles de la ville et offre l'occasion de faire quelques tours de manèges en prime.

En 1977, une émission de variétés à grand déploiement animée par Michel Girouard est enregistrée en direct au Jardin des Étoiles. Les stars de l'heure y défilent, comme les Everly Brothers, Paul Anka, Diane Dufresne, Claude Dubois, Beau Dommage, Dalida, The Platters...

Six ans plus tard, le parc d'attractions inaugure sa nouvelle scène flottante sur le lac des Dauphins. C'est là que, devant une foule record, Céline Dion présente un spectacle qui contribuera à propulser sa carrière. Dans les années 90, plusieurs artistes des quatre coins du monde offriront des spectacles à La Ronde, dont les mythiques Beach Boys.

Haut en couleur

En 1985, sur les berges du lac des Dauphins, se tient le premier concours international de feux pyromusicaux de Montréal, devenu depuis un rendez-vous annuel.

L'empreinte de Disney

Intéressé par le concept multiculturel de «Terre des Hommes» et l'ensemble du projet d'Expo 67, Walt Disney envoie une équipe pour collaborer au projet de La Ronde et former les employés. «Quand La Ronde est arrivée, c'est comme si on s'était offert notre Disneyland à nous, relate Tristan Demers. On y voyait un concept moderne et rassembleur.» Le géant du divertissement, qui décède cinq mois avant l'ouverture du parc, ne verra jamais le projet achevé. Une rue de La Ronde sera cependant nommée en son honneur.

Au grand écran

Deux longs métrages visant un public adolescent ont été tournés à La Ronde entre 1979 et 1985: Pinball Summer (L'arcade des cinglés) et Breaking All the Rules, qui mettent tous deux en vedette Carl Marotte, future tête d'affiche de la série Lance et compte.

Le Galopant, le plus vieux manège équestre du... (Photo FLKR) - image 3.0

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Le Galopant, le plus vieux manège équestre du monde

Photo FLKR

Le prix du billet

Dans les années 70, on peut acheter ses billets à l'unité pour 10 ou 15 cents. Les jours d'ouverture en mai, on se procure un bracelet d'accès illimité aux attractions pour 2,50 $. Il en coûte aujourd'hui jusqu'à 68 $, taxes non incluses. On peut toutefois faire des économies en réservant son billet en ligne.

Les grands disparus

Certains se souviennent avec nostalgie du téléphérique, de la Grande Hermine (une réplique de 150 tonnes du vaisseau de Jacques Cartier), du Moulin de la Sorcière, du safari abritant des animaux sauvages, de l'immense pyramide d'aluminium à l'ambiance interplanétaire appelée Le Gyrotron et, bien sûr, de la Pitoune.

L'Aquarium, considéré à son ouverture comme l'attraction océanographique la plus moderne du monde avec ses 23 bassins et ses centaines d'espèces, s'est aussi graduellement éteint. Un drame survenu en 1980 n'est pas étranger à la chose. Les cols bleus de Montréal, incluant les entraîneurs et le personnel soignant de l'Aquarium, déclenchent une grève qui sera fatale pour les mammifères marins: les dauphins meurent. Entaché, l'Aquarium peine à se relever. En 1991, les animaux sont transférés au Biodôme, et l'attraction devient une arcade, puis un cinéma 3D et, enfin, une maison hantée.

Toujours plus de sensations

Dans les années 80, La Ronde commence à miser davantage sur les sensations fortes avec des attractions comme le Super Manège, le Boomerang et l'Astronef. L'achat du parc par l'américaine Six Flags, début 2000, vient accentuer cette tendance. «Je fais le constat, en parcourant cinq décennies, que La Ronde a perdu sa volonté d'être rassembleuse et intergénérationnelle», dit Tristan Demers.

Un livre pour en savoir plus

Dans cet ouvrage, le bédéiste et animateur Tristan Demers s'intéresse au contexte culturel, politique et social entourant la création de l'immense projet de l'Exposition universelle et de La Ronde, ainsi qu'à son évolution jusqu'à nos jours.

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Emmène-nous à La Ronde - 50 ans de plaisirs forains, par Tristan Demers, 2017, Les Éditions de l'Homme, 176 pages.




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