Un village pour élever un enfant

Les services à l'enfance sont de plus en plus nombreux au Québec. Pourtant, les... (Photomontage La Presse)

Agrandir

Photomontage La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Les services à l'enfance sont de plus en plus nombreux au Québec. Pourtant, les familles se disent isolées et essoufflées. Selon une récente enquête québécoise menée auprès de 15 000 parents d'enfants de 0 à 5 ans, 1 parent sur 4 affirme ne pas pouvoir compter sur son entourage lorsqu'il n'en peut plus. Où est donc passé le village ?

À qui passer le relais ?

C'était l'époque où les mères sortaient dans la ruelle pour en attraper un par le cou, ironise Yvon Deschamps dans un monologue inspiré de son enfance à Saint-Henri. Car dans ce temps, l'enfant fautif risquait les réprimandes de tout adulte témoin de ses fariboles. Avons-nous perdu cette capacité à se soutenir entre parents ?

Dans l'ancien modèle où une famille pouvait vivre à proximité ou sous le même toit que son cercle élargi, il y avait nécessairement une plus grande implication d'autres personnes dans l'éducation des enfants. « Dans ma cour, on était 62, raconte Yvon Deschamps. En arrière des 16 portes, y'avait 16 mères qui étaient cachées au cas iousse qu'on aurait du fun [...] Fallait toujours se watcher ! »*. Aujourd'hui, qui oserait gronder l'enfant du voisin sans craindre des représailles ?

Il y avait plus d'entraide à l'époque, affirme Carl Lacharité, directeur du Centre d'études interdisciplinaire sur le développement de l'enfant et de la famille à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). « L'enfant avait alors un accès direct aux adultes. Il y avait bien sûr des courants dans l'éducation des enfants, mais pour monsieur ou madame Tout-le-Monde, l'éducation se résumait au gros bon sens, et les curés se prononçaient sur ce qu'il fallait ou ne fallait pas faire », résume le professeur en psychologie.

Cependant, avec la valorisation du couple et la montée de la famille nucléaire au milieu du XXe siècle, les anciennes façons de faire s'étiolent graduellement.

« Surtout après la Seconde Guerre mondiale, l'éducation des enfants devient chose sérieuse. Elle relève d'abord et avant tout des parents et les attentes sont de plus en plus élevées à leur égard », explique l'historienne de la famille, Andrée Rivard.

D'autres facteurs expliquent cette modification des perceptions dans l'éducation de notre progéniture, notamment l'arrivée des femmes sur le marché du travail. Puisque nous avons peu d'enfants, nous les voulons accomplis. « Avant, on intervenait sans plan d'intervention. Maintenant, les parents veulent et ont la responsabilité de développer l'enfant par le biais d'activités », déclare Carl Lacharité.

En réponse à cette nouvelle réalité, l'enfant devient un projet de société partagé entre les parents, l'État, les professeurs et différents intervenants. « Les enfants sont devenus des citoyens dans l'espace public, avec des systèmes organisés pour répondre à leurs besoins », estime Jean Chênevert, conseiller en soutien aux communautés pour Avenir d'enfants.

Les effets pervers

Le paradoxe de cette implication multiple est que le parent, autrefois considéré comme l'expert, est devenu le partenaire des spécialistes. Et puisqu'on paye pour différents services, on se dit que c'est probablement mieux, selon Carl Lacharité. Or, plus il y a d'intervenants, plus il y a de risques que ces gens ne s'entendent pas, souligne-t-il.

Les parents sont également plus informés qu'avant, notamment grâce aux réseaux sociaux, quoique ceux-ci font souvent plus office de jungle que de « village ». « Je ne suis pas sûre qu'ils y trouvent leur compte tant que ça. On dit souvent "parents informés, parents mêlés". Ils ne se connectent plus sur leurs propres intuitions », avance Annie Aubertin, directrice du soutien aux communautés chez Avenir d'enfants.

Par ailleurs, ce sont souvent les classes plus privilégiées qui bénéficient le plus de ces politiques. « Chez les plus vulnérables, il y a souvent une difficulté à trouver les services et une méfiance en des systèmes qui peuvent les juger et les traiter d'incompétents. Ce sont toutefois ces gens qu'ils devraient servir en premier », évalue le pédiatre social Gilles Julien.

Le retour du balancier

Les quartiers plus favorisés ne sont cependant pas à l'abri de l'isolement. Le cercle familial est aujourd'hui plus restreint et beaucoup de familles n'ont pas de réseau de soutien autour d'elles. « Les parents se retrouvent seuls, loin de leur famille, constate Claire-Isabelle Mauffette, cofondatrice d'Outremont en famille. Les deux parents travaillent, les familles sont débordées et le quotidien repose encore souvent sur les femmes. C'est un poids énorme. »

« On n'est pas tous défavorisés dans la vie, mais on a tous été plus vulnérables à un moment donné. Et ça, ça regarde tout le monde. C'est à chacun de s'assurer, par bienveillance, que les familles qui nous entourent sont bien. Et c'est à la structure existante d'aider à tisser ce réseau autour du parent », explique Annie Aubertin.

Les recherches du psychologue américain Urie Bronfenbrenner, père de la théorie du modèle écologique de développement humain, corroborent ce point, et font ressortir à quel point la communauté, la famille et l'enfant sont interreliés. Plus il y a de gens compétents pour se soucier du bien-être de l'enfant, plus ce dernier aura de chances de bien se développer.

Toujours grégaires

« L'enfant seul est perdu. Il a besoin de guides et il n'y a que des adultes significatifs qui peuvent le faire, dit le Dr Julien. L'État a bien sûr un rôle à jouer pour faciliter les choses, mais c'est d'abord à la communauté de s'en charger. Les voisins, la famille et les réseaux proximaux viennent avec des valeurs et une notion d'identité qui sont nécessaires au développement de l'enfant », ajoute-t-il.

Le désir d'être ensemble reste-t-il toujours aussi présent aujourd'hui ? Oui, selon Annie Aubertin. Les jeunes parents sortent aussi dans les ruelles à la recherche d'autres familles. Ils se sentent généralement compétents, mais ils manquent de soutien et le principal obstacle pour en avoir est le facteur temps. Un cercle vicieux. Or, éduquer seul un enfant ne peut pas exister dans la durée, comme le fait remarquer le psychologue de l'UQTR, Carl Lacharité. Il faut pouvoir respirer à un moment, passer le relais, avoir du soutien et échanger. On doit créer des occasions de se connaître.

« Ça aura l'air rétrograde, mais il faut revenir à l'entraide et au partage, conclut le Dr Julien. Quand un enfant pleure et qu'il est seul, il faut qu'on s'en occupe, qu'il y ait des portes qui s'ouvrent, et ça, ça ne peut pas se faire à distance. Il faut oser offrir. »

*Monologue Dans ma cour, d'Yvon Deschamps

Des ressources près de chez vous

Il existe une panoplie de ressources pour la famille au Québec, mais encore faut-il les trouver. Le parent peut facilement se perdre dans les dédales des organismes et des institutions voués à l'enfance. « Le meilleur truc, c'est d'aller cogner quelque part, avoue Annie Aubertin, d'Avenir Enfants. De là, on pourra souvent l'adresser à d'autres organismes. » Quelques portes où aller frapper.

LE RÉPERTOIRE DES ORGANISMES DE SOUTIEN À LA FAMILLE

« Certaines associations répondent à des besoins plus spécifiques alors que d'autres encouragent la communauté à tisser des liens enrichissants entre enfants et parents », peut-on lire sur le site du Réseau pour un Québec famille, qui répertorie différentes initiatives par régions.

LE SITE DE VOTRE MUNICIPALITÉ

Chaque municipalité intervient de manière spécifique. « La première chose à faire est d'aller consulter le site de sa municipalité pour voir ce qu'on y propose », mentionne Maryse Bédard-Allaire, responsable du programme d'accréditation Municipalité amie des enfants. Ce programme est chapeauté par le Carrefour action municipale et famille, dont la mission est d'aider les municipalités à mettre en place une politique familiale. 

LES MAISONS DE LA FAMILLE

Toutes les municipalités n'en ont pas, mais elles sont nombreuses et regroupent de l'information sur les activités et services pour la famille dans votre secteur. Découvrez les Maisons de la famille près de chez vous en sélectionnant votre région dans le Répertoire des organismes de soutien à la famille.

LA FÉDÉRATION QUÉBÉCOISE DES ORGANISMES COMMUNAUTAIRES EN FAMILLE

La Fédération regroupe plus de 200 organismes pour la famille dans les 17 régions du Québec. Sur la page d'accueil du site, cliquez sur la loupe pour découvrir ceux qui s'offrent à vous, ou encore, composez le 1 866 982-9990.

DES SOLUTIONS POUR LA CONCILIATION TRAVAIL-FAMILLE

Cette portion du site du Réseau pour un Québec famille propose des informations et des moyens concrets pour faciliter la conciliation travail-famille sous différents angles : mieux dépenser, simplifier ses déplacements, ajuster son emploi, se faire aider et gagner du temps.

DES SERVICES POUR LES TOUT-PETITS

La plateforme Agir tôt permet de trouver des milliers d'intervenants qui oeuvrent au développement des 0-5 ans, ainsi que leurs réalisations.

Cliquez sur « Environnement physique et social du quartier-voisinage » et sur votre région pour découvrir les différents projets dans votre secteur.

LE MINISTÈRE DE LA FAMILLE

Utilisez cet outil proposé par le ministère de la Famille pour avoir accès aux différents organismes de soutien aux familles, soit par la liste de régions ou à partir du moteur de recherche.




publicité

publicité

Les plus populaires : Vivre

Tous les plus populaires de la section Vivre
sur Lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer