Philosophie pour enfants: le Québec, timide précurseur

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Le saviez-vous ? Au Québec, cela fait plus de 30 ans que l'on mène, ici et là, diverses expériences philosophiques avec les enfants.

Selon Frédéric Lenoir, philosophe français, nous sommes même des « pionniers » en la matière.

C'est Michel Sasseville, professeur de philosophie de l'Université Laval, qui a été l'un des premiers à s'intéresser à la question.

« J'enseignais la logique à l'université. Mais je trouvais que c'était trop tard, se souvient-il en entrevue. Je me disais qu'on pourrait peut-être commencer plus tôt. Au secondaire ? Pourquoi pas au primaire ? »

C'est là qu'il a découvert Matthew Lipman, un philosophe américain qui travaillait précisément sur la pratique de la philosophie avec les tout petits. « J'ai été renversé complètement. »

Michel Sasseville s'est donc rendu au New Jersey pour être formé par celui que l'on considère aujourd'hui comme le maître de la philosophie pour enfants, à l'Institute for the Advancement of Philosophy for Children (IAPC).

De retour au Québec au milieu des années 80, il a testé cette nouvelle pratique dans une école primaire de Sainte-Foy. Pendant un an, à raison d'une heure de philo par semaine. « Et j'ai constaté que ça fonctionnait ! Ce qu'on attendait des enfants : avoir un raisonnement, penser par eux-mêmes, donner des exemples, des contre-exemples, c'est ce qu'ils font ! »

« La philosophie, c'est un moyen de penser par et pour soi-même ! »

À partir d'un texte lu en groupe, les enfants sont amenés à réfléchir, donner leur avis, écouter celui des autres. « On les pousse à aller plus loin, à trouver d'autres enjeux, des valeurs, résume le philosophe. Cela permet aux enfants de devenir plus critiques, d'avoir un raisonnement, d'évaluer d'autres raisonnements, et d'être sensibles aux différences contextuelles. »

D'après les recherches réalisées depuis les années 60, cela permet en prime d'avoir des impacts dans les autres matières scolaires. En français, en mathématiques, « les enfants deviennent plus organisés mentalement. Ils apprennent à rechercher le sens, le sous-entendu, ce que ça implique ».

Ils développent ici leur sens critique (et autocritique), leur pensée créative (ou l'art de penser par soi-même) et leur pensée « attentive », dans un « climat de respect et de confiance que l'on ne retrouve pas dans d'autres contextes ».

Au programme scolaire?

Selon le philosophe, il ne fait aucun doute que la philosophie devrait faire partie intégrante du programme scolaire. « C'est toute une éducation à la démocratie qu'il y a derrière, dit-il. C'est la manière d'être dans une démocratie : être raisonnable, et non uniquement rationnel. » La nuance est de taille : « Une personne raisonnable tempère sa rationalité par la nuance », dit-il.

Le risque, en se privant de cet apprentissage, est justement de passer à côté de cette formation de « citoyen raisonnable, capable d'argumenter sans utiliser ses poings ». Ce n'est pas rien.

Où est la philo au primaire?

Même si cela fait plus de 30 ans qu'on s'intéresse à la question, la philosophie auprès des enfants demeure une pratique bien marginale au Québec. Mathieu Gagnon, président de l'Association québécoise de philosophie pour enfants, avance plusieurs explications : ce n'est pas ou peu enseigné dans les facultés d'éducation, ç'a historiquement été associé à l'éthique, une matière vue comme secondaire (après le français, les maths, même l'art plastique), c'est contraire à ce que l'on fait habituellement (il n'y a pas de réponse, mais un questionnement), sans parler de la nécessité de faire une formation supplémentaire pour l'enseigner...

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