L'art de philosopher avec les enfants

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« Si tous les enfants du monde faisaient de la philosophie dès le primaire, on changerait le monde en une génération ! »

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Philosopher et méditer avec les enfants, de Frédéric Lenoir

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Frédéric Lenoir, philosophe et auteur d'une quarantaine d'ouvrages sur la question, ne cache pas son optimisme. Celui qui vient de publier Philosopher et méditer avec les enfants chez Albin Michel est de passage à Montréal cette semaine, pour promouvoir entre autres sa nouvelle Fondation (SEVE, Savoir être et vivre ensemble), laquelle vise précisément la formation d'éducateurs et d'animateurs d'ateliers, sur l'art de philosopher avec les enfants. « Mais ça ne va pas assez vite, je veux former plus de monde ! Mon objectif, ce serait que toutes les écoles du monde aient des ateliers de philosophie à l'école primaire ! »

Selon lui, le pouvoir de la philosophie ne fait aucun doute : « Cela permet de ne pas tomber dans les idéologies, de développer la capacité de dialoguer, de s'écouter et de débattre ensemble. Quelque chose d'essentiel, qui manque dans l'éducation actuellement », dit-il en entrevue.

Pour écrire son livre, Frédéric Lenoir a parcouru la francophonie pendant six mois, animé une cinquantaine d'ateliers dans 18 classes, rencontré plus de 400 enfants de Paris à Abidjan, en passant par Genève et Montréal.

Verdict ? « Les enfants aiment énormément cet exercice », répond-il. En effet, ils ont ici l'occasion d'exprimer ce qu'ils pensent, ils ont le sentiment que leur parole est « respectable » et ils apprennent en prime à écouter l'autre, bref, « la règle du débat démocratique ».

« Chacun est légitime de sa pensée. Si je ne suis pas d'accord, j'apporte un argument à l'autre, et ainsi de suite. Cela va leur servir toute leur vie ! », affirme Frédéric Lenoir.

Bien évidemment, ces « ateliers de philosophie » ne sont pas des cours magistraux. On n'enseigne pas Platon ni Montaigne aux enfants du primaire. L'idée n'est pas ici de leur transmettre des connaissances, mais plutôt de développer - par le biais de la discussion -, leur pensée personnelle, esprit critique et capacité de raisonner en groupe. « L'idée, c'est de progresser dans une réflexion. »

Pour ce faire, Frédéric Lenoir propose dans son livre une série de recommandations (s'asseoir en cercle, choisir une entrée en matière qui favorise le débat, s'appuyer sur les réponses des enfants pour recadrer la discussion, donner la parole aux plus timides, etc.). Ici, le professeur n'est pas un enseignant, mais plutôt un animateur. Les discussions vont de « Qu'est-ce que le bonheur ? » à « La vie a-t-elle un sens ? », en passant par « C'est quoi un ami ? », « Faut-il répondre à la violence par la violence ? » ou « Quelle est la différence entre croire et savoir ? ». L'« animateur » pose la question, donne la parole à tour de rôle aux enfants, les invite à argumenter leur pensée, à écouter celle des autres, à nuancer, sans tomber dans l'anecdote ou le débat émotif.

Quand Socrate sort de la bouche des enfants

Et ça marche ? Trois semaines après les attentats de Bruxelles, le philosophe a animé un atelier dans une classe à Molenbeek auprès d'enfants du primaire. La discussion tournait autour de la question du bonheur. « Qu'est-ce qu'une vie réussie ? » Les réponses se résumaient à « être heureux » et « faire ce qu'on a envie », quand un élève a souligné qu'il manquait là quelque chose. « Les terroristes qui ont tué, ils sont heureux, mais on ne peut pas dire qu'ils ont une vie réussie. » La discussion s'est poursuivie en ce sens pour arriver à un constat qui a finalement eu l'accord de tous : « Une vie réussie, c'est être heureux sans faire de mal aux autres. » Croyez-le ou non, mais cette définition est précisément celle de... Socrate ! « La vie bonne, c'est le bonheur et la justice », résume Frédéric Lenoir.

Pour en savoir plus

Pendant deux ans, une équipe a suivi une institutrice menant des ateliers de philo dans une classe de maternelle, à l'école Jacques-Prévert de Le Mée-sur-Seine. Voici un extrait du résultat.

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