La première séparation

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Entre 8 et 12 ans, au moment de la préadolescence, les enfants commencent à se détacher tout doucement de leurs parents.

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Avec l'été, les préados ont la bougeotte: invitations chez des amis, vacances chez les grands-parents. Autonomisation oblige, ce sont de vrais courants d'air. Les parents, eux, savourent ces quelques moments de liberté retrouvés. Mais après l'euphorie, une pointe d'angoisse les étreint: que faire de tout ce temps libre quand la vie tourne autour des enfants depuis tant d'années?

Entre 8 et 12 ans, au moment de la préadolescence, les enfants commencent à se détacher tout doucement de leurs parents. Il est tout à fait normal que les adultes ressentent alors un vide et une certaine angoisse devant cet avant-goût de ce que sera la vie quand leurs petits auront quitté le nid familial. C'est le moment pour eux de repenser leur propre vie, leur couple, et de préparer le départ des enfants. Déjà? Oui, déjà!

Au début, on se délecte. Quel bonheur de lézarder au soleil sans être harcelé par des «J'ai faim!», «Tu peux jouer à la poupée avec moi?»! Mais très vite, un gouffre apparaît: le silence dans la maison quand les enfants sont partis jouer chez des amis. Des heures entières devant soi avec une liberté totale, ce n'était plus arrivé depuis des années. C'est déstabilisant.

«Quand les enfants grandissent et commencent à prendre de l'autonomie, ce temps libéré est souvent vécu d'abord comme une grande réjouissance par les parents, car l'éducation de jeunes enfants est très aliénante. Mais ensuite, les parents, notamment ceux qui se sont beaucoup réalisés dans la parentalité, peuvent se sentir perdus et doivent réinventer ce temps libéré», observe Béatrice Copper-Royer, psychologue clinicienne française, auteure du livre Le jour où les enfants s'en vont.

«Plus ça fait longtemps qu'on s'est oublié, plus c'est difficile de se réapproprier ce nouveau temps libre. Certains parents considèrent même l'éloignement de leurs enfants comme une ingratitude de leur part», ajoute Nancy Doyon, éducatrice spécialisée, coach familiale et présidente de SOS Nancy.

À 37 ans, Véronique, maman d'un garçon de 10 ans et de jumelles de 6 ans, a hâte d'avoir plus de temps pour elle. «Mais je sais que ça va venir aussi avec plus de solitude», confie-t-elle. Déjà, son aîné ne veut plus toujours les accompagner lors de certaines sorties qui ne l'intéressent plus. «Je réalise que dans deux ou trois ans, ce sera au tour des filles...», lance-t-elle. C'est sûr, ces week-ends toujours très chargés vont lui manquer.

Une nouvelle étape

Mais consciente qu'une nouvelle étape de sa vie s'ébauche maintenant, elle commence à penser à tout ce qu'elle pourra faire: recommencer les grandes promenades que son conjoint et elle aimaient tant faire avant, intégrer une chorale, pratiquer la danse. Du coup, elle «n'appréhende pas» l'avenir, mais s'y prépare déjà un peu.

La préadolescence des enfants est en effet le bon moment pour se poser des questions et penser à l'avenir.

«Ça ne sert à rien de faire l'autruche: les parents ne seront pas éternellement des parents, alors autant anticiper ce moment.»

Béatrice Copper-Royer
psychologue clinicienne

Selon la psychologue, «le passage n'est pas forcément compliqué si on est déjà bien occupé. Les émotions pénibles interviennent quand l'investissement dans les enfants a été excessif, qu'on a négligé sa vie personnelle pour se centrer sur eux».

Geneviève, 45 ans, mère de deux garçons de 21 et 19 ans, l'a senti venir. Après la naissance de ses enfants, certes, elle n'a jamais arrêté d'aller à la salle de gym pour s'entraîner, de voir des amis et de concocter des repas en amoureux avec son conjoint, mais elle a arrêté de travailler pour les élever et reconnaît que sa vie était calquée sur celle de sa famille. «Quand ils ont eu moins besoin de moi et que je commençais à me demander à quoi j'allais servir - le plus jeune était encore à la fin du primaire - , j'ai retravaillé un peu. Ça m'a beaucoup aidée», raconte-t-elle.

Et le couple

Pour le couple non plus, la transition n'est pas facile après tant d'années à avoir été parfois balayé par la vie familiale. D'ailleurs, l'âge moyen au moment du divorce, au Canada - 44 ans chez les hommes, 42 ans chez les femmes - , coïncide souvent avec l'adolescence des enfants. Nathalie, 44 ans, et son conjoint, qui ont une fille de 21 et un garçon de 18 ans encore à la maison, ont réussi à rester soudés: pour occuper leurs nouveaux moments de liberté, il y a quelques années, ils ont acheté un bateau. «Comme ça, que les enfants soient là ou pas, on fait une activité ensemble qui nous plaît», explique Nathalie.

Le bien-être des parents à ces moments-charnières est d'autant plus important qu'il a un impact fort sur leur progéniture. Le risque, s'ils n'ont pas de solution de rechange affective et d'intérêts propres, c'est qu'ils s'accrochent à leurs enfants et les empêchent plus ou moins consciemment de s'autonomiser. Béatrice Copper-Royer voit de nombreuses familles dont les relations se gâtent parce que les parents étouffent leurs adolescents, qui se rebellent. « Il faut leur donner l'autorisation de voler de leurs propres ailes, comprendre qu'il faut leur laisser de la liberté sans pour autant les abandonner, bien sûr», poursuit la psychologue.

Accepter dès le départ l'idée que les enfants s'éloigneront un jour permet très rapidement de les autonomiser et... de prendre soi-même une certaine distance. «L'impact sur l'enfant est positif. S'il est habitué à ce que tout soit centré sur lui, on lui amène une image biaisée de l'autre, met en garde Nancy Doyon. Ne pas répondre à tous ses désirs immédiatement l'aide également à développer une certaine sécurité affective qui lui permettra de savoir gérer ses tristesses sans avoir recours systématiquement à ses parents.»

Finalement, quand les préados commencent à prendre le large, les parents devraient en profiter pour réapprendre à le faire aussi. Pour leur bien et celui de leurs enfants.

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