Bisous sur la bouche: oui ou non?

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Par ailleurs, apprendre à son enfant qu'un adulte ne doit pas lui faire de bisou sur la bouche fait aussi partie de la prévention des agressions sexuelles.

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Les bisous sur la bouche des enfants, c'est une habitude anodine pour certains, un geste proscrit pour d'autres. Si les professionnels ne recommandent pas cette pratique, qui pourrait porter à confusion chez les enfants, ils ne l'interdisent pas, mais incitent les parents à s'interroger sur ce bisou, pas si banal que ça.

Les adeptes, qui continuent parfois ce geste avec leurs parents à l'âge adulte, le font par habitude, «parce que leurs propres parents le faisaient avec eux et qu'ils le reproduisent sans même y penser», constate Marie-Ève Brabant, psychologue, spécialiste des enfants. Les autres y voient une transgression, le bisou sur la bouche étant réservé aux couples. Les deux camps soutiennent souvent leur position avec conviction, voire véhémence, si on en croit les commentaires postés par des internautes au bas d'articles sur le sujet.

Certes, les enfants, notamment les bébés, présentent souvent leur bouche par réflexe pour accueillir un baiser plutôt que la joue. Mais aussi anodin que le bisou sur la bouche puisse paraître, avec des tout-petits en particulier, il n'en reste pas moins qu'il est effectivement celui que se font les amoureux. «Il a une connotation sexuelle entre adultes», affirme la psychologue, et «il ne faut pas oublier que la bouche est une zone érogène», rappelle quant à elle Mireille Dion, sexologue.

«La relation du couple parental est importante et le parent doit garder son autorité discrétionnaire. Il n'est pas sur le même pied d'égalité que l'enfant. Il faut envoyer un message cohérent: il y a des choses qui se passent entre adultes et qui ne concernent pas les enfants.»

Marie-Ève Brabant
psychologue

Prévention des agressions sexuelles

Embrasser son enfant sur la bouche pourrait donc porter à confusion alors que «le rôle de chaque membre de la famille doit être bien défini», insiste Marie-Ève Brabant, notamment à la période du complexe d'OEdipe. «Vers l'âge de 3 ou 4 ans, quand la petite fille veut se marier avec son père et le garçon avec sa mère, il est important de leur faire comprendre que ce ne sera jamais possible. Les embrasser sur la bouche maintient la confusion», souligne Mireille Dion.

Cela peut d'ailleurs susciter des maladresses, l'enfant ne sachant plus avec qui il peut faire des bisous sur la bouche et avec qui ce n'est pas correct. «C'est difficile de lui expliquer où on trace la ligne et ça risque donc d'obliger les parents à gérer des situations où leur petit aurait embrassé sur la bouche son ami de garderie ou son éducatrice», estime Marie-Ève Brabant.

Par ailleurs, apprendre à son enfant qu'un adulte ne doit pas lui faire de bisou sur la bouche fait aussi partie de la prévention des agressions sexuelles. «Il est important qu'il sache faire la distinction entre ce qui est un geste d'affection acceptable d'un adulte et ce qui ne l'est pas. Si le bisou sur la bouche est pour lui un geste anodin, il n'en parlera peut-être pas si un adulte mal intentionné lui en fait un», affirment en choeur la psychologue et la sexologue.

Un geste qui impose une réflexion

Pour toutes ces raisons, il n'est pas recommandé d'embrasser ses enfants sur la bouche. «Il ne faudrait jamais le faire, déclare Marie-Ève Brabant, d'autant que ça n'apporte rien de plus et qu'il existe beaucoup d'autres façons de marquer son affection.»

Mais le geste n'est pas non plus interdit puisqu'il ne met pas en péril le développement de l'enfant. À une condition fondamentale: que «ce soit fait dans le respect et que l'enfant puisse y mettre fin quand il ne se sent plus à l'aise avec ça (souvent vers 6 ou 7 ans)», martèlent Mireille Dion et Marie-Ève Brabant. Les parents doivent être vigilants, car «l'enfant n'osera pas forcément dire qu'il ne veut plus de ce bisou-là», relève Mireille Dion. Si c'est le parent qui, voyant son fils ou sa fille grandir, sent que c'est le moment d'arrêter de l'embrasser sur la bouche, «il doit lui expliquer pourquoi, sinon l'enfant peut se sentir rejeté», recommande la sexologue.

La conduite à tenir dépend donc surtout du «jugement et du gros bon sens des parents», estime Mireille Dion. Mais les professionnels les incitent, comme pour la pratique du cododo, à remettre en cause leurs habitudes. Pas forcément pour les abandonner, mais pour se demander pourquoi ils les ont prises et si elles sont pertinentes, selon eux.

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