Qui sont les BABI?

On les appelle BABI: bébés aux besoins intenses. Ils dorment peu, pleurent... (PHOTO THINKSTOCK)

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Marie Lambert-Chan

Collaboration spéciale

La Presse

On les appelle BABI: bébés aux besoins intenses. Ils dorment peu, pleurent souvent, sont accros aux bras et épuisent papa et maman. Capricieux? Pas du tout. Un bébé sur dix naît avec un tel tempérament. Une réalité encore méconnue, déplorent des parents de BABI. Un dossier de notre collaboratrice Marie Lambert-Chan

Annick Bourbonnais et sa fille Liliane âgée de 3 ans... (PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE) - image 2.0

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Annick Bourbonnais et sa fille Liliane âgée de 3 ans

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Attention, bébés hypersensibles!

Annick Bourbonnais était enthousiaste à l'idée d'être mère. « J'étais prête à me dévouer entièrement à mon nouveau rôle, mais je ne m'attendais pas à ça », avoue la maman de 34 ans. « Ça » étant Liliane, un adorable bébé de 9,9 livres, qui, à peine sortie du ventre de sa maman, a réclamé le sein pour ne plus le lâcher pendant trois jours; qui refusait de vivre ailleurs que dans les bras de sa mère, incapable de la déposer ne serait-ce que quelques minutes sous peine d'endurer une « méga crise »; qui était allergique au sommeil et hypersensible aux sons, à la lumière et aux textures... Aujourd'hui âgée de 3 ans, Liliane était ce qu'on appelle un BABI, un bébé aux besoins intenses.

Quiconque navigue quelques minutes sur les groupes de discussion de mères finira par tomber sur cet acronyme qui en fait tiquer plusieurs. Certains disent que ce ne sont que des enfants capricieux. D'autres estiment que c'est le fruit du laisser-aller des parents. Le BABI n'est pourtant pas issu de l'imagination de mères et de pères au bout du rouleau. Il existe bel et bien.

« Ce sont des bébés dont les fonctions biologiques sont moins régulières, ce qui influe entre autres sur leur appétit et leur cycle d'éveil et de sommeil, explique Alexandra Paquette, psychoéducatrice au CLSC de Saint-Laurent. Ils s'adaptent moins facilement au changement, prennent plus de temps à s'ajuster, se montrent plus colériques, pleurent souvent et sont difficilement consolables. »

Intenses, mais pas irritables

Selon une étude américaine menée dans les années 50, environ 10 % des poupons viendraient au monde avec un « tempérament difficile », une expression courante dans la littérature scientifique que des professionnels en périnatalité n'apprécient guère en raison de sa connotation négative. Voilà pourquoi l'appellation « bébés aux besoins intenses » - ou enfants « réactifs », ou encore « plus sensibles » - a été remise au goût du jour depuis quelques années. En effet, le concept n'a rien de nouveau. Il a été inventé dans les années 80 par le DWilliam Sears, un pédiatre américain très médiatisé, reconnu pour vanter les mérites du cododo, du portage et de l'allaitement prolongé. Le Dr Sears a d'ailleurs consacré un ouvrage entier au BABI, Que faire quand bébé pleure? Vivre avec un bébé aux besoins intenses.

Ingrid Bayot, infirmière, sage-femme de formation et formatrice en périnatalité, émet une réserve par rapport au livre du Dr Sears. « Il ne fait pas suffisamment la différence entre les bébés intenses et les bébés irritables, signale-t-elle. L'un comme l'autre dorment peu, pleurent beaucoup et leurs parents sont épuisés, mais le bébé irritable vit un inconfort permanent qui le rend maussade, agité, tendu. Une visite chez le médecin pourrait mettre en évidence des allergies alimentaires, une infection ou un reflux. »

Au contraire, poursuit-elle, le bébé intense n'aura d'intense que son tempérament. « Quand il perce une dent, tout le quartier est au courant. En revanche, quand il s'amuse, il rit à gorge déployée. On dit de lui qu'il est difficile, mais c'est parce qu'il ne correspond pas au modèle de bébé des magazines, sage comme une image. »

Dur, dur d'être parent de BABI

« Mon fils est fantastique... et fantastiquement épuisant! », laisse tomber Michèle, 30 ans, doctorante en enseignement des mathématiques et maman d'un garçon de 17 mois. Dès la naissance, il pleurait sans cesse, à moins d'être au sein ou de dormir sur sa mère qui ne pouvait bouger, au risque de le réveiller. Pour l'endormir, Michèle devait l'insérer dans le porte-bébé et piquer une course dans la maison. « Rien d'autre ne fonctionnait », dit-elle.

Exténuée, courbaturée et en proie à des migraines, la nouvelle maman se présente à la clinique d'allaitement de son CLSC alors que son fils a à peine 3 mois. C'est là qu'une infirmière lui parlera des BABI. « J'étais réticente à l'idée d'étiqueter mon enfant, mais le fait qu'une personne ait mis un mot sur ce que je vivais m'a soulagée, déclare-t-elle. Mon bébé n'était pas le seul à réagir ainsi. Et ce n'était pas ma faute! »

Même son de cloche du côté de Marie Noelle Marineau, 30 ans, une blogueuse de Drummondville dont le deuxième enfant, Benjamin, est un BABI. « Cela n'avait rien à avoir avec notre aîné, se remémore-t-elle. Il buvait tout le temps, pleurait fréquemment et la seule chose qui le réconfortait, c'était mes bras. En fait, il a passé la première année de sa vie dans le porte-bébé. C'est notre superinfirmière qui m'a parlé des BABI et après quelques lectures, je me suis rendue à l'évidence que ça décrivait en bonne partie mon fils. Ce fut une découverte réconfortante. Mon fils n'était pas malade. Il avait juste un tempérament différent. »

Avec le temps, les parents finissent par apprivoiser leur BABI. Pour la plupart, la meilleure technique consiste à répondre rapidement aux besoins de leur bébé afin de le rassurer, lui qui est un grand anxieux de nature. Malheureusement, cela n'a pas l'air de plaire à tous. « Tu le gâtes trop. » « Dépose-le. Il va s'habituer. » « Tu n'as qu'à l'emmailloter. » « Je vais te montrer comment faire. » Voilà comment se font souvent admonester les parents de BABI. « Le regard des autres me pesait, confie Annick Bourbonnais. Dans les rencontres familiales, je tentais de camoufler le fait que mon bébé n'était pas facile. »

Les parents de BABI ont aussi du mal à trouver une oreille attentive dans le milieu de la santé. « J'aurais aimé que l'infirmière qui a constaté mon épuisement m'offre un suivi », remarque Michèle. Elle s'estime chanceuse d'avoir pu compter sur sa famille. « Ça te prend au moins deux paires de bras, sinon tu vires fou! », ajoute-t-elle. Pour le moment, les ressources d'aide ciblant spécifiquement les parents de BABI n'existent pas. C'est pourquoi plusieurs vont chercher du réconfort dans des groupes de discussion sur les réseaux sociaux.

Néanmoins, la vie avec un BABI n'est pas un combat perpétuel. Leurs parents aiment bien dire qu'ils sont très intelligents, curieux, affectueux et empathiques. « Avec toute son intensité, Liliane fait de nous de meilleures personnes, plus tolérantes, bienveillantes, patientes et aimantes, observe Annick Bourbonnais. Je ne l'en remercierai jamais assez! »

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BABI un jour, BABI toujours?

Il y a les BABI, mais il y a aussi les EABI, les « enfants aux besoins intenses ». Seront-ils un jour des AABI, des « ados aux besoins intenses », puis des « adultes aux besoins intenses »? Autrement dit, celui qui naît ainsi le sera-t-il toute sa vie?

Non, répond Andrée-Anne Bouvette-Turcot, doctorante en psychologie à l'Université de Montréal, qui s'intéresse au tempérament et au développement de l'enfant. « Longtemps, on a cru que le tempérament était un trait strictement inné et, par conséquent, immuable, explique-t-elle. Certes, le tempérament est en partie inné, mais les études actuelles démontrent qu'il peut être influé par l'environnement de l'enfant, par exemple la sensibilité maternelle, les soins parentaux, la santé mentale des parents, etc. »

Cela est particulièrement vrai chez les bébés aux besoins intenses qui, de par leur tempérament réactif, sont davantage perméables à ce qui les entoure. « Ce sont de véritables petites éponges, s'émerveille Andrée-Anne Bouvette-Turcot. Ils tireront plus de bénéfices d'un milieu qui les stimulent, les rassurent et les soutient que les autres enfants. L'inverse est aussi vrai: si un parent est plus stressé ou contrarié, plus l'enfant aux besoins intenses le ressent et réagit négativement, ce qui peut entraîner un cercle vicieux. »

Autre bonne nouvelle: il devient généralement plus facile de vivre avec des bébés intenses lorsqu'ils savent se déplacer par eux-mêmes et mieux se faire comprendre. « C'est comme s'ils s'ennuient dans leur corps de bébé et qu'ils n'attendent que ce moment, observe Ingrid Bayot, une infirmière belge qui est sage-femme de formation. Bien entendu, ils demeurent intenses, mais ils sont plus autonomes et peuvent enfin combler certains de leurs besoins par eux-mêmes. » C'est ce que constate Michèle chez son garçon de 17 mois. « Plus il gagne en indépendance, moins il est frustré, remarque-t-elle. Il est plus heureux... et nous aussi! »

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Conseils pour parents dépassés

Quand votre rejeton pleure depuis des heures, que vous n'avez pas assez de deux bras pour le calmer et que vous manquez cruellement de sommeil, il est facile de vous laisser aller au découragement. Voici quelques conseils d'expertes qui pourraient vous être utiles.

La culpabilité 

Tous les parents de BABI vous le diront: ils ont cru un jour ou l'autre (et c'est encore parfois le cas) qu'ils étaient responsables du comportement de leur enfant. « Mais non! s'exclame Ingrid Bayot. Votre enfant est tricoté ainsi. Il ressent tout intensément et il a 20 ans devant lui pour apprendre à mieux gérer et exprimer ses émotions. Vous pouvez l'aider à y arriver. » Allez, ouste! la culpabilité!

Des méthodes d'apaisement 

Anxieux, le BABI a besoin de chaleur humaine. Pour libérer les mains de papa et de maman, le porte-bébé se révèle un accessoire indispensable. Vous pouvez aussi pratiquer le contact peau à peau, apprendre des techniques de massage pour bébé ou donner un bain à votre enfant pour le relaxer. Privilégiez un environnement feutré. « Les bébés aux besoins intenses sont plus sensibles aux bruits et à la lumière », rappelle Alexandra Paquette, psychoéducatrice au CLSC de Saint-Laurent.

Les pleurs 

« Les pleurs fréquents sont la plus grande particularité des BABI, signale Valérie Leclair, psychoéducatrice au CLSC de Saint-Laurent. C'est important d'y répondre rapidement. Cependant, comme les bébés ne naissent pas avec un mode d'emploi, il peut être ardu au départ de décoder leurs pleurs. Mais ça s'apprend! »

Quelques astuces? 

Vérifiez si bébé n'a pas chaud ou froid en touchant ses avant-bras, ses jambes et sa nuque. Si ses pleurs atteignent les aigus, cela indique qu'il est inconfortable. Changez-le de position ou encore examinez ses vêtements. Certains BABI sont plus sensibles aux textures. Si votre enfant pleure très fort, c'est qu'il est sans doute fatigué. Si jamais vous êtes à court de solutions, prenez-le, tout simplement. « C'est la meilleure chose à lui offrir, car c'est ainsi que bébé apprend à faire confiance à ses parents », indique Valérie Leclair.

L'entourage 

« Certains parents deviennent tellement gênés à l'idée que les pleurs de leur enfant dérangent leurs proches qu'ils finissent par diminuer leurs sorties et s'isoler. Je pense que c'est ce qui leur est le plus préjudiciable », affirme Valérie Leclair. Autrement dit, la famille et les amis doivent apprendre à être plus tolérants à l'égard des BABI et de leurs parents, d'autant plus que ces derniers auront besoin d'eux pour ne pas craquer. Annie Dufresne, spécialiste en coaching parental sur la Rive-Sud de Montréal, invite les proches à offrir de leur temps, que ce soit pour garder, cuisiner des petits plats ou faire du ménage. C'est aussi bon pour les parents (et leur vie de couple) que pour le bébé. « Les BABI ont besoin de parents calmes et patients. Pour cela, un bon équilibre de vie est essentiel », dit-elle.

La discipline 

Passé un an, les besoins intenses se transforment parfois en désirs intenses, voire en réels caprices. Pour ne pas y succomber, il est important d'instaurer très tôt de bonnes habitudes éducatives, tant chez le parent que chez l'enfant. Même si le BABI est facilement contrarié, rien n'empêche d'être ferme avec lui tout en se faisant rassurant. « Dès le plus jeune âge, vous pouvez mettre des mots sur des besoins et lui apprendre à attendre, dit Alexandra Paquette. Par exemple, s'il est l'heure de manger, vous pouvez dire à bébé tout en lui jetant un regard: "Oui, tu as faim. Attends, maman revient." Vous avez ainsi reconnu son besoin tout en mettant des limites. » « Il faut lui enseigner à accepter et à gérer les désagréments pour ne pas qu'il devienne capricieux et s'en sorte toujours avec une crise », résume Annie Dufresne.

Les ressources 

Bien qu'il n'existe pas de ressources qui les visent exclusivement, les parents de BABI peuvent faire appel à d'autres formes d'aide, entre autres dans le secteur communautaire: les maisons de la famille, les maisons de parents et les haltes-répit. Sur le web, il y a des groupes Facebook dédiés aux BABI. Les sites de Naître et grandir (naitreetgrandir.com) et Maman pour la vie (www.mamanpourlavie.com) offrent aussi de bons conseils, que ce soit pour la gestion des pleurs et de la colère, le sommeil, le tempérament, etc. Remis à tous les parents à la naissance de leur enfant, le guide pratique Mieux vivre avec notre enfant de la grossesse à deux ans est une bonne source d'information également.

Enfin, si vous êtes à bout de nerfs et souhaitez vous épancher, vous pouvez toujours appeler l'un des numéros suivants: 

La ligne Info-Santé: 8-1-1 

LigneParents: 1 800 361-5085 

Première ressource, aide aux parents: 1 866 329-4223 

Tel-Aide: 514 935-1101

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