Jeunes parents: quand tout n'est pas rose

Julian et sa mère Dileni regardent un livre... (Photo Olivier Pontbriand, La Presse)

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Julian et sa mère Dileni regardent un livre avec Eve Lemay, coordonatrice des résidences Augustine-Gonzalez.

Photo Olivier Pontbriand, La Presse

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Cassandre a pu compter sur son copain Alexandre et sur leurs familles. Julie a pu compter sur le père de son enfant même s'ils ne sont plus ensemble. Émilie, qui élève sa fille toute seule, a eu une autre chance : elle a abouti aux résidences Augustine-Gonzalez quand sa fille avait 6 mois.

« Je me sens comme si j'avais gagné à la loterie », avoue joyeusement la maman de 21 ans, qui habite dans l'un des 15 appartements supervisés destinés aux jeunes mamans, dont 9 se trouvent dans un immeuble de La Petite-Patrie et les 6 autres près du parc Molson. Sans « les Augustine », elle aurait sans doute dû rester chez sa mère et n'aurait pas eu l'espace dont elle avait besoin pour éduquer sa fille à sa manière.

La majorité des filles qui arrivent aux appartements Augustine-Gonzalez sont en rupture avec leur famille et le père de l'enfant. Certaines viennent de milieux instables et sont passées par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), plusieurs ont vécu dans des milieux où la violence, physique ou psychologique, était présente et plusieurs ont également été mises à la porte par des parents qui refusaient leur grossesse.

Eve Lemay, coordonnatrice de ces résidences supervisées, explique que l'organisme offre sécurité, confort, soutien éducatif et accompagnement personnalisé aux jeunes mamans. « On essaie de les avoir le plus tôt possible », dit-elle. Le contexte de fonctionnement et les programmes en place font toutefois qu'elle ne peut accueillir de future maman avant la 20e semaine de grossesse.

« Aux Augustine », comme elle dit, les jeunes femmes peuvent vivre dans un appartement propre et accueillant de deux chambres en ne payant qu'environ 25 % de leur revenu en loyer, compter sur des intervenantes qualifiées et se refaire un réseau.

« Leurs amies leur disent toutes qu'elles vont être là quand elles vont avoir leur bébé, mais non. Le réseau social disparaît souvent. Elles sont isolées. », soutient Mme Lemay.

D'une part, le décalage entre leur vie et celle de leurs amies qui sortent jusqu'aux petites heures est trop important. D'autre part, elles ont des tonnes de choses à apprendre pour prendre soin d'elles et de leur enfant : faire à manger, faire les courses, gérer les factures, etc. « Ce qu'on souhaite, c'est leur offrir une stabilité », dit encore la coordonnatrice.

Confort et réconfort

Avoir un toit et du soutien permet aussi aux futures mamans de se préparer à devenir mamans, justement. « Quand elles sont en situation de survie, elles ne sont pas disponibles à leur grossesse », explique Eve Lemay. Parfois, ce n'est qu'une fois là que la jeune femme se met à porter attention au bébé qui grandit en elle - tiens, il bouge ! - et commence à vraiment envisager la maternité.

De la grossesse à 6 mois après la naissance, l'accent est mis sur les soins à apporter au nouveau-né et au développement de l'attachement entre la maman et le bébé. Après, sans délaisser l'enfant, les intervenantes intègrent les projets de la mère : que veut-elle pour l'avenir ? Puisque plusieurs n'ont pas terminé le secondaire, le retour aux études est encouragé. Le projet est à la fois simple et ambitieux : outiller ces jeunes femmes pour les aider à se sortir de la pauvreté, élargir le champ de leurs possibilités.

Eve Lemay insiste : ces jeunes femmes qu'elle côtoie quotidiennement depuis trois ans, elle les trouve immensément courageuses. « Chacune des mères qui sont ici veut le meilleur pour son enfant, renchérit-elle. Elles veulent apprendre, elles font le maximum. » Vouloir le meilleur pour son bébé, c'est aussi vouloir qu'il connaisse son papa. Or, de manière générale, ils sont peu présents, encore moins impliqués et constants.

Est-ce que les filles qui passent par les résidences Augustine-Gonzalez s'en sortent bien ? Eve Lemay ne répond pas tout de suite. Puis, un léger sourire illumine son visage. Elle a la conviction que les mères repartent avec « de beaux apprentissages et de nouvelles cordes à leur arc ». Elle reçoit par la bande des nouvelles encourageantes d'anciennes pensionnaires. La personne qui a fait les rapports d'impôt des mamans cette année est une ancienne résidante. Oui, elle est optimiste.

Des choses à donner ?

L'objectif des appartements supervisés Augustine-Gonzalez est d'offrir un « petit nid » aux jeunes mamans. L'organisme accueille donc avec plaisir les dons qui peuvent lui être utiles : vaisselle, vêtements et accessoires de bébé, jouets, articles de décoration, etc. Les résidantes ont accès au matériel gratuitement et prennent souvent la peine de ramener ce qui ne leur sert plus et qui est encore bon, précise la coordonnatrice. Les gros meubles ne sont pas acceptés. Les vêtements d'adultes non plus. Ces jeunes femmes ont 18 ou 21 ans. Ne le prenez pas mal, mais vos beaux vieux vêtements, elles risquent fort de les trouver horribles ! Pour faire un don : 514 722-1125.

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