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«Sois poli, dis merci»: l'éducation à la française

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Pour la Dre Edwige Antier, pédiatre et auteure de nombreux livres à succès, il ne fait aucun doute que l'éducation à la française est un modèle admiré. Notre journaliste Olivia Lévy a discuté avec elle de politesse et bonne tenue chez les enfants, qu'ils soient québécois, français ou d'ailleurs.

L'art d'éduquer

La pédiatre Edwige Antier est une référence pour les Français, un peu à l'image de notre Dr Jean-François Chicoine. Dans son plus récent livre, Sois poli, dis merci - L'éducation à la française, tout un art, elle dresse sous forme d'abécédaire toutes les facettes de cette fameuse éducation à la française en les comparant à d'autres cultures. « La parentalité à la française inculque aux enfants une façon d'être que le monde entier nous envie, que ce soit la politesse, la bonne tenue à table et le respect », affirme-t-elle. Interview.

Qu'est-ce qui a changé dans l'éducation en France des enfants d'hier à aujourd'hui ?

L'éducation très stricte à la française a été adoucie et s'est ouverte avec Françoise Dolto. Nous restons attachés à la tradition des codes de bonne conduite qui vont permettre de bien s'insérer dans la société. Ce sont des règles fondamentales de politesse et de respect envers les autres. Je compare souvent cette éducation avec les jardins à la française, qui sont très bien dessinés et taillés de façon très rationnelle. L'éducation à la française, c'est ce raffinement.

Les Français ne sont pas trop stricts ?

Oui, l'éducation est stricte, mais je dirais que le problème, c'est que les parents français essaient d'inculquer certains principes de manière trop précoce. Par exemple, je vois souvent à mon cabinet des enfants qui n'ont pas encore 18 mois et à qui la mère demande : « Est-ce que tu as dit bonjour au docteur ? » J'entends ça à chaque consultation alors que ce sont encore des bébés. On ne peut pas dire bonjour à 18 mois ! Ou encore, les parents vont emmener leur petit de 2 ou 3 ans au restaurant en espérant qu'il se tienne à table pendant deux heures, c'est beaucoup trop tôt ! Il a raison, le petit, d'avoir envie de bouger. Et ils vont ensuite revenir en me disant que leur enfant ne se tient pas bien ! Les principes sont bons, mais le calendrier n'est pas conforme au développement de l'enfant. 

Et l'éducation au Québec ?

Nous, les pédiatres français, nous considérons l'approche québécoise de la petite enfance comme un exemple. Au Québec, vous êtes particulièrement en avance sur nous au sujet de la protection des enfants et le respect des besoins de la petite enfance. Peut-être est-ce dû à votre influence anglo-saxonne et votre ouverture. Comme les parents français, je pense que vous essayez de maintenir les traditions de codes de bonne conduite. En même temps, la parole de Françoise Dolto a été comprise. Elle disait que le bébé est une personne, qu'il faut parler à nos enfants et les comprendre. Ce message est venu modifier la pratique de l'éducation. Cette alchimie entre vouloir donner les codes et en même temps la volonté de bien comprendre l'enfant, vous l'avez bien mise en pratique. 

Qu'est-ce que c'est qu'être bien élevé ?

Dans le sens commun, être bien élevé, c'est être agréable et attentif à l'autre. Être agréable, c'est savoir se tenir à table de façon plaisante, et ne pas parler la bouche pleine, par exemple. Tous les codes d'éducation correspondent à ne pas être déplaisant pour l'autre, ce qui est quand même très important. On ne peut pas jeter par-dessus bord ces principes, et c'est pour ça qu'ils font l'admiration d'autres pays. Si je dis « bonjour » comme ça à la volée, ça n'a pas la même valeur que si je dis « bonjour Juliette » ou « bonjour madame », ce qui signifie que je me souviens de son prénom et que c'est à elle que je m'adresse. Je lui donne ainsi une forme de reconnaissance. Le « bonjour » seul n'est pas, en soi, suffisant. Le « bonjour madame », « bonjour docteur » a beaucoup plus de portée de bonne éducation. Il faut l'adapter au développement de l'enfant et ne pas lui inculquer trop tôt, sinon il va se braquer dans le refus. Cette habitude de dire bonjour et au revoir doit rester charmante et délicate. 

Les parents sont-ils plus laxistes, moins sévères ?

On trouve toujours que les enfants des autres sont mal élevés et insupportables ! On parle beaucoup d'enfants rois, mais nos enfants ne sont pas des petits rois parce que le miracle de la société d'aujourd'hui est d'arriver à concilier travail et vie de famille, et c'est dur pour l'enfant, car les mots qu'il entend le plus fréquemment sont « vite, vite, dépêche-toi ! ». L'enfant vit très tôt en collectivité et il doit s'adapter rapidement. Ce n'est pas parce qu'on lui donne des gadgets à la caisse du supermarché parce qu'il trépigne qu'il est un enfant roi. À mon avis, les enfants sont appelés à beaucoup plus d'efforts qu'il y a un siècle. Les parents sont stressés, fatigués, ils se séparent, l'école c'est difficile, et ils doivent s'adapter à tout ça. L'enfant n'est pas le roi du tout, il faut regarder au fond des choses. On culpabilise, alors on compense. 

Est-ce qu'il y a des comportements inacceptables que vous voyez et qui vous choquent ?

Les enfants sont bien méritants de devoir s'adapter aux adultes, qui ont parfois des comportements absurdes. C'est une situation que je prends à l'envers : il y a des enfants qui ont des parents insupportables ! Aller faire les courses au supermarché avec les enfants c'est parfois très long, c'est vrai, mais ils ont chaud, ils sont fatigués, ils pleurent et parfois ils se roulent par terre, et on va dire : « Mais qu'est-ce que cet enfant est mal élevé ! » Moi je dis, mais qu'est-ce qu'il fait dans ce supermarché depuis deux heures ? Il ne faut pas le juger trop vite. On a des comportements absurdes avec les enfants et les enfants ne savent plus se faire comprendre. 

La fessée est une chose qui est très choquante pour nous, mais elle semble encore exister en France...

C'est mon grand combat. J'ai été députée et j'ai déposé en 2010 une proposition pour l'abolition des châtiments corporels qui ne sont pas abolis dans la loi, en France. On va finir par y arriver. Il faut répéter l'importance d'abolir la fessée. Heureusement, grâce à de nombreux articles et débats sur le sujet, les parents semblent être prêts. En 2000, 80 % des parents français avouaient lever la main sur leurs enfants, et ils ne sont plus que 40 % aujourd'hui. Je sais que c'est encore beaucoup trop, mais au moins ils comprennent que c'est très mal, mais ne savent pas faire autrement. Dans leurs têtes, ils se disent : j'en ai eu, des fessées, ça ne m'a pas traumatisé. La fessée, c'est très mauvais et vous avez raison à ce sujet, vous les Québécois. 

Est-ce qu'on est moins sévères quand on a ses enfants plus tard ?

Bien sûr, on ne regarde pas la vie de la même façon à 40 ans qu'à 25 ans. À 40 ans, c'est un vrai projet que celui d'avoir un enfant ou une surprise délicieuse parce qu'on n'y comptait plus. À cet âge, on a déjà réglé beaucoup de problèmes avec soi-même et on se concentre sur l'enfant, alors on sera plus en admiration, limite en adoration devant ce petit être. À 25 ans, on est dans une grande lancée professionnelle, on est plus en mouvement et il faut que l'enfant s'adapte. Chaque période apporte sa qualité, que ce soit à 25 ou à 40 ans. 

Vous parlez aussi des problèmes de sommeil quand les enfants sont petits ?

Le sommeil ! Alors ça ! C'est vraiment amusant, car les petits ont besoin de présence quand ils font un rêve ou qu'ils ont une petite angoisse nocturne. Les parents sont dans un déchirement entre le dogme du « chacun dans sa chambre » et comprendre le petit en dormant avec lui. 

Cette transhumance nocturne me fait sourire. Dans toutes les civilisations, on a longtemps dormi avec ses enfants et je pense que là encore, il ne faut pas être trop pressé de les rendre autonomes ! On se calme. Il y a un conflit entre le dogme et la compréhension. Françoise Dolto a permis une alchimie plus nuancée, qui est de dire qu'il ne faut pas dresser les enfants, mais plutôt les comprendre. 

« Attends ! » Un mot que semblent comprendre les petits Français ?

Un enfant bien élevé sait attendre que sa maman ait fini sa conversation ou que sa soeur soit servie. C'est un mot que l'enfant français intègre et c'est d'autant plus important aujourd'hui, car on va être dans une nouvelle civilisation que celle du multimédia. 

Sois poli, dis merci - L'éducation à la française, tout un art, Dre Edwige Antier, Robert Laffont, 301 p., 29,95 $

Deux extraits du livre

COUPLE« MAINTENANT, C'EST LE TEMPS DE PAPA ET MAMAN ! »

La mère française est avant tout une femme complète : très concernée par l'éducation de ses enfants, elle n'en mène pas moins sa vie de couple avec toute l'attention que cela suppose ; consacrant du temps à son élégance et à la valorisation de son compagnon, elle confie régulièrement les enfants aux grands-parents et plébiscite les vacances avec mini-club pour se préserver des tête-à-tête réparateurs avec son conjoint... 

AILLEURS AUTREMENT

L'Américaine Pamela Druckerman admire cette capacité à préserver son couple : La Française ne laisse pas l'enfant prendre toute la place ! C'est le fameux « temps des parents », notion inconnue aux États-Unis. Le soir, les parents répètent à leur progéniture que c'est le moment des adultes. C'est non négociable. Presque tous les parents français que j'ai rencontrés prennent du temps pour eux. Ils partent 10 jours par an en amoureux ou ils laissent leurs enfants aux grands-parents certains week-ends. L'autonomie des enfants est valorisée. Aux États-Unis, il n'est pas rare qu'un enfant de 6 ans ne soit encore jamais resté seul chez ses grands-parents. Confier un bébé à un tiers, pour une mère américaine, c'est parfois impensable. 

MON CONSEIL

Pour celles qui n'arrivent pas à sauver leurs soirées, je recommande de s'organiser le dimanche matin : mamie ou une jeune fille vient prendre les enfants à 9 h et les sort jusqu'à 13 h. Ainsi les parents se réveillent à leur rythme, en étant sûrs de ne pas être dérangés.

SIESTE

« CHUT ! BÉBÉ DORT ! »

Les parents français sont convaincus que le nourrisson a besoin de silence et d'obscurité pour ses périodes de sommeil diurne. Ce petit panneau est souvent apposé sur la porte de la chambre d'enfant. Mais dans les crèches (garderies), il est interdit, pour des raisons de sécurité, de laisser un enfant dormir sans surveillance et les parents comprennent de mieux en mieux que les petits aient besoin de bruit et de présence pour dormir sereinement. 

AILLEURS AUTREMENT

Il suffit d'aller dans un marché asiatique ou africain pour voir comment les jeunes enfants dorment bien dans le bruit et la lumière, dès lors que leur mère est présente. Dans toutes les coutumes traditionnelles, un enfant ne dort jamais dans le noir, le silence et la solitude. 

MON CONSEIL

Ce que l'enfant n'aime pas, c'est la solitude. Comme il est triste d'entrer dans une chambre et de trouver le petit assis, attendant résigné avec sa suce qu'on vienne le chercher ! Ne fermez pas la porte de sa chambre !

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