Habiller les enfants coûte moins cher qu'avant

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Des t-shirts de différentes couleurs sont empilés sur les étagères d'un magasin.

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Dans le catalogue Sears de 1982, on trouve des jupes plissées d'écolière vendues de 9,99 $ à 12,99 $. Trente-deux ans plus tard, l'Aubainerie offre des jupes semblables à 14,98 $. Au cours de la même période, le prix moyen des maisons unifamiliales a bondi de 50 000 $ à 250 000 $ au Québec.

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Le prix des vêtements pour enfants n'a pas beaucoup augmenté depuis le temps où Karine Forget était enfant. «Mais il y a d'autres choses qui ont augmenté beaucoup», observe la résidante de Saint-Lin-Laurentides. On la voit ici avec sa mère, Carole, et ses enfants, Jeanne, 5 ans, et les jumeaux Charlotte et Xavier, 4 ans. Les enfants portent des vêtements de seconde main sur la photo, sauf le pantalon de Xavier, payé 15$ chez Children's Place.

Bonne nouvelle pour les parents : les vêtements sont un des rares biens et services dont le prix n'a presque pas augmenté, dans les dernières années.

LA RENTRÉE SCOLAIRE ÉTAIT CHÈRE EN 1985

Trente dollars. En 1985, c'est ce qu'a payé la mère de Karine Forget pour un ensemble pantalon-chandail, chez Sears, quand elle avait 5 ans. Presque 30 ans plus tard, on peut encore vêtir une fillette pour 30 $.

« Ma mère trouve que le prix des vêtements n'a pas beaucoup changé », observe Mme  Forget, à son tour maman de trois jeunes enfants.

Aujourd'hui, « pour 100 $, nous arrivons à habiller un enfant pour la rentrée, calcule Geneviève Boisvert, mère et belle-mère de 36 ans. Nous revenons du DIX30, où ma belle-fille s'est trouvé des jeans indigo à 3 $ chez H & M, en plus de vestes et de chandails, tous très beaux. Mes parents dépensaient beaucoup plus pour m'habiller, à l'époque. Quelques centaines de dollars, facilement. »

Alors qu'on s'escrime à régler les factures liées à la rentrée, c'est difficile à croire, mais vrai : vêtir les enfants coûte moins cher aux parents de 2014 qu'à leurs propres parents. Au Canada, « le prix des vêtements est revenu à peu près à ce qu'il était à la fin des années 80 et au début des années 90, confirme Hendrix Vachon, économiste principal chez Desjardins. Étant donné que les revenus ont crû beaucoup et que les prix des vêtements ont peu augmenté, surtout depuis les années 90, c'est clair qu'il est plus facile aujourd'hui d'acquérir des vêtements comparables. »

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Source: Hendrix Vachon, économiste principal chez Desjardins, à partir des données de Statistique Canada

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Source: Hendrix Vachon, économiste principal chez Desjardins, à partir des données de Statistique Canada

BAISSE DEPUIS 2000

Dans les années 70 et 80, au Canada, le coût des vêtements - et de l'ensemble des biens et services - montait constamment (voir graphique). « Il y avait une forte inflation généralisée, et les vêtements ne faisaient pas exception », indique M. Vachon. En janvier 1991, le prix de l'habillement a même subitement bondi en raison de l'introduction de la TPS à 7 %.

Le coût des chandails, pantalons et robes s'est ensuite stabilisé dans les années 90. « Et là, on voit que, depuis les années 2000, la tendance s'est renversée », poursuit l'économiste. L'habillement fait de moins en moins grimacer à la caisse des magasins, contrairement à tout le reste ou presque. « C'est vraiment l'effet de la mondialisation et de la hausse de la valeur du dollar canadien, qui a contribué à faire baisser le prix de nos importations de vêtements », explique M. Vachon.

« C'est vrai que c'est moins cher actuellement, mais pour quelle qualité ? s'interroge Monique Dulude, mère et grand-mère. Quand on regarde les vêtements qui sont fabriqués au Bangladesh, au Pakistan, au Vietnam, on voit que ce ne sont pas les mêmes fibres. » Les salopettes de velours côtelé qu'elle commandait pour son fils chez Sears, dans les années 70, « étaient très résistantes », souligne-t-elle.

« Dans ce temps-là, c'était peut-être 40 $ ou 45 $ pour avoir une belle robe dans un magasin comme Au Coin des petits, se rappelle Mme  Dulude. Certaines coûtaient jusqu'à 80 $. Maintenant, je ne sais pas si les parents investissent dans des robes. Notre mode de vie était différent. On avait des vêtements pour l'école, d'autres pour jouer dehors et d'autres encore pour les occasions spéciales. Aujourd'hui, on va à un mariage et on voit des enfants qui sont habillés comme s'ils allaient au terrain de jeu. »

LARGE ÉVENTAIL DE PRIX

« On a désormais plus de choix pour les vêtements, estime Geneviève Boisvert. On peut s'en tirer à très bon compte ou dépenser une fortune dans les boutiques spécialisées. » Joe Fresh, Old Navy et Children's Place côtoient Souris Mini et Clément, dans les centres commerciaux comme en ligne.

Karine Forget magasine généralement dans les friperies. « Lorsque je n'ai pas le choix, je vais à l'Aubainerie, chez Walmart, etc., dit-elle. Je ne mets jamais les pieds chez Clément ou dans d'autres boutiques de ce genre. Avec trois enfants, dont des jumeaux qui ne peuvent se passer leurs vêtements quand ils sont trop petits, je n'ai pas les moyens d'y aller. »

Sa mère payait peut-être autant qu'aujourd'hui pour l'habiller, mais, à l'époque, « on pouvait s'acheter une maison pour 50 000 $ », souligne Mme Forget. « Combien coûtait alors un cours de danse ? demande-t-elle. Un cours de karaté ? Les articles scolaires ? Je pense sincèrement que ça finit par s'équilibrer. »

L'avis de deux détaillants québécois

« Depuis des années, un t-shirt vaut 15 $ et un polo vaut 20 $ dans l'esprit des gens, constate François Bovet, directeur d'Uniformes Sauvé, une bannière du Groupe Bovet. Les fabricants sont obligés de garder le polo à 20 $, mais en baissant la qualité, dans bien des cas. On le voit chez H & M, Zara, Forever 21 et Joe Fresh. Ils vendent 15 $ des vêtements faits en masse au Bangladesh qui leur coûtent 3,50 $. Le parent se dit : c'est le bon prix. Mais produire au Québec coûte plus cher. Le prix de la qualité a augmenté. »

Spécialisé dans les uniformes scolaires, Uniformes Sauvé continue de fabriquer une partie de ses collections au Québec et au Canada. « On y arrive parce qu'on est capables d'avoir de grands volumes, qui permettent de stabiliser les prix, indique M. Bovet. Dans certains cas, il y a aussi eu un changement dans la matière utilisée, ou une légère augmentation du prix. Mais ça ne suit pas l'inflation. »

FERMETURE DE CLUB GARÇONS

Le Groupe Bovet a toutefois fermé ses magasins Club Garçons, « parce que la compétition était forte et que c'était marginal pour nous », indique M. Bovet. La fast-fashion - la mode à bas prix, fabriquée ailleurs et renouvelée de plus en plus rapidement en boutique - a fait mal. « Beaucoup d'indépendants disparaissent, souligne M. Bovet. Au Carrefour Laval, par exemple, on ne trouve à peu près plus que des chaînes internationales. »

Les familles sont particulièrement réticentes à ouvrir leurs goussets pour des vêtements pour jeunes. « Vendre un pantalon pour enfant plus cher que 40 $ ou 50 $, c'est difficile, illustre M. Bovet. Pourtant, les hommes paient leurs pantalons bien plus cher, alors qu'il y a juste un peu plus de tissu. Tous les pantalons ont une fermeture éclair, une boutonnière, des poches et une couture le long de la jambe. »

Le hic, « c'est que les parents d'aujourd'hui ont beaucoup d'autres dépenses que les vêtements, reconnaît M. Bovet. Les enfants veulent un iPad, un cellulaire, d'autres bébelles, alors que dans le temps, ce n'est pas tout le monde qui avait un Commodore 64 ou un Atari. »

LE MOUTON NOIR DE LA MODE POUR ENFANTS

Dans Rosemont, la designer Chantal Laperrière résiste toujours à l'envahisseur bangladais. Son atelier-boutique La Petite Ferme du Mouton noir n'offre que des vêtements cousus sur place, depuis 1991. « Je ne vends pas plus cher qu'ailleurs, parce que je n'ai pas d'intermédiaire », fait valoir Mme Laperrière.

Les t-shirts pour enfants du Mouton noir, faits de jersey de coton tricoté au Québec, coûtent 18 $ ou 20 $. Les chandails kangourou sont offerts à 29,99 $. « Ils sont en coton ouaté de super qualité, qui ne peluche pas du tout », fait valoir la designer.

Pour réduire ses frais, Mme Laperrière a déménagé en banlieue sa salle de coupe et n'a gardé à Montréal que son atelier de couture et sa boutique. « C'est la meilleure solution que j'aie trouvée », explique la designer.

Y a-t-il tout de même des parents qui entrent à la boutique de la rue Beaubien, puis déclarent que c'est trop cher comparé à Joe Fresh ? « C'est sûr qu'il y en a, dit Mme  Laperrière. Mais il y a aussi des gens qui recherchent les vêtements pour enfants faits au Québec, durables. Ça m'amène une clientèle. »




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