Garde partagée: dans le coeur des parents

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Louise Leduc
La Presse

Dans Le temps d'aimer, Paul Piché parle de ces berceaux qui ne peuvent « rien contre le temps ni contre l'amour en partance ». Mais pourquoi « ce temps d'aimer » est-il de plus en plus court ?

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Pourquoi ces familles éphémères?

Pourquoi les personnes qui se séparent le font-elles si rapidement, de nos jours, après l'arrivée d'un bébé ?

« C'est parce que le couple s'est émancipé de la famille, répond le sociologue Daniel Dagenais, professeur à l'Université Concordia. La mise en couple n'a plus comme but la fondation d'une famille. »

Le couple, le bonheur conjugal, c'est ce à quoi on donne la priorité, à son avis. « Dit comme ça, ça a l'air moralisateur, mais ça ne l'est pas. On est rendu là, tout simplement. »

Rose-Marie Charest, présidente de l'Ordre des psychologues du Québec, ne lui donne pas tort et elle va même plus loin. « Je dirais que l'individu est devenu plus important que le couple et le couple, plus important que la famille. »

« Auparavant, le couple était au service de la famille. Aujourd'hui, le couple est au service de l'individu, poursuit-elle. La question, aujourd'hui, est la suivante : mon couple me rend-il heureux comme individu ? »

La maternité et la paternité obligent par ailleurs à des renoncements, à des sacrifices, « autant de mots qui ne font plus beaucoup partie de notre vocabulaire », souligne-t-elle.

« Quand on a des enfants, on ne veut pas pour autant se priver de nos amis. On veut aussi continuer d'avoir une belle carrière, d'aller au gym, de faire du sport. On s'est un peu donné l'illusion qu'on peut avoir des enfants et continuer comme si de rien n'était. »

Il y a aussi beaucoup de personnes qui se sont mises en couple en se disant que, si ça ne marchait pas, elles pourraient toujours partir. « Puis, l'enfant arrive et le fait qu'il n'y ait plus de porte de sortie peut créer un sentiment d'étouffement qui donne d'autant plus envie de fuir », avance Mme Charest.

« Au début de ma carrière, dans mon bureau, raconte Marie-Christine Kirouack, avocate en droit de la famille, j'entendais plein de clients me dire qu'ils avaient enduré leur conjoint pendant 5 ou 10 ans, le temps que les enfants grandissent. Ce discours, je ne l'entends plus jamais. »

Ce n'est sans doute pas plus mal, quand on sait à quel point les enfants vivent mal les conflits entre leurs parents.

Goût de nouveauté

Dans le New York Times, il y a quelques mois, la professeure de psychologie Sonja Lyubomirsky a attribué les amours éphémères à ce goût de nouveauté qui serait plus que jamais imbriqué en nous de nos jours.

« Quand les couples atteignent la marque des deux ans, souligne la Dre Lyubomirsky, ils confondent la transition de l'amour-passion vers l'amour amical pour de l'incompatibilité et un déficit de bonheur. Pour plusieurs, la possibilité que les choses soient différentes - plus excitantes, plus satisfaisantes - avec quelqu'un d'autre se révèle presque irrésistible. »

Quels enfants vivent en garde partagée?

> Les enfants dont les parents ont vécu en union libre. Environ 30 % des enfants nés d'ex-conjoints de fait vivent en garde partagée (Selon l'étude longitudinale du développement des enfants québécois, 1998-2010)

> Les enfants issus de parents riches à double carrière. (Selon les recherches d'Émilie Biland, professeure adjointe au département de science politique à l'Université Laval)

> Les enfants qui vont à l'école primaire. (Toujours selon les recherches d'Émilie Biland)

> Les enfants dont les cas ont été réglés par des juges pas très âgés. (Selon Johanne Clouet, doctorante en droit)

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Séparés... et heureux?

On ne fonde pas une famille pour la détruire. Mais une fois les éclats retombés, après la rupture, si douloureuse soit-elle, une nouvelle vie se dessine. Synonyme, pour certains, d'un épanouissement retrouvé.

Une fois la douleur de la séparation passée et si, seulement si, la garde partagée se déroule bien, que les parents constatent qu'ils ont désormais du temps. Ils peuvent prendre soin d'eux. À leur grande surprise, certains parents avouent qu'ils sont heureux de retrouver une vie sociale riche et équilibrée.

Olivia Leblanc, 32 ans, est séparée depuis un peu plus d'un an du père de sa fille de 4 ans. « C'est le bonheur, ose-t-elle avouer. J'ai retrouvé un équilibre de vie. J'ai du temps pour moi, j'ai pu recommencer à m'entraîner et je fais de petites escapades les week-ends où je n'ai pas ma fille. » 

Que l'on se rassure, elle n'était pas aussi enchantée il y a un an et demi lors de sa séparation. « J'étais complètement désemparée, mais aujourd'hui, je me sens très bien. Je pense que plusieurs parents sont heureux de vivre de cette façon. »

Selon elle, il n'y aurait aucun tabou à nommer tout haut les bons côtés de ces jours sans enfants. « Pourquoi ça ne serait pas accepté ? Je me sens très bien dans ce mode de vie. Je ne vois pas pourquoi ce serait mal vu d'avouer qu'on a du temps pour soi et qu'on s'épanouit. »

Denyse Côté, sociologue, professeure et directrice de l'Observatoire sur le développement régional et l'analyse différenciée selon les sexes (OREGAND), n'est pas étonnée. « Il y a quelques années, j'entendais déjà des couples affirmer sans complexe que la garde partagée était devenue un idéal pour eux. » 

La société évolue, les rôles et les responsabilités des parents aussi. « La mère n'est plus obligée d'être là sept jours sur sept comme avant. Il y a une trentaine d'années, quand une mère de famille voulait faire une activité seule comme s'entraîner, elle se sentait coupable » explique Denyse Côté. Elle ajoute que le loisir est devenu une activité individuelle et non plus familiale.

Prendre soin de soi

« Je prends soin de mon individualité et, dans ce contexte, la garde partagée correspond mieux à l'idée qu'on a du bonheur aujourd'hui. Les gens cherchent de nouveaux modèles. La garde partagée est une réussite parce qu'il y a un renversement des normes sociales et elle est devenue le modèle dominant, estime Denyse Côté. Elle correspond aussi à l'idée qu'on se fait de la nouvelle famille où les parents ont une responsabilité partagée. Même les couples qui sont toujours ensemble doivent se créer des espaces individuels importants qui leur sont réservés. »

« Franchement, qui ne peut pas être un bon parent 50 % du temps ? », s'exclame Mathieu St-Denis, 36 ans, qui partage la garde de son garçon de quatre ans et demi, en alternance tous les deux jours. Celui qui vient d'une famille unie a eu du mal à se faire à cette idée, lorsqu'il s'est séparé, il y a un peu plus d'un an. « Aujourd'hui, c'est la nouvelle réalité, la séparation des parents et la garde partagée. Mais on peut aussi pousser la réflexion sur la monogamie à long terme. Les soudures des couples sont moins solides aujourd'hui ? Est-ce qu'on se quitte parce qu'on est égoïste ou est-ce la fatalité du couple ? », s'interroge Mathieu.

Pour faciliter la vie de famille, il habite dans le même quartier que son ex-conjointe avec qui il a fondé une entreprise d'importation de meubles design. Pour lui, la relation avec son fils est précieuse. « Avec un jeune enfant, c'est toujours la maman qui est en première ligne, c'est elle qui allaite, le lien reste très fort. En étant séparé, ce lien est désormais partagé et j'approfondis de manière extraordinaire ma relation avec mon fils en étant seul avec lui », souligne Mathieu.

Il évoque aussi les inconvénients, qu'ils soient d'ordre financier (tout est en double) ou émotionnel. L'échec amoureux est difficile à surmonter. « C'est une montagne russe émotionnelle même si on accepte la réalité. Si mon ex-conjointe a un nouveau chum, si jamais un jour elle a un autre enfant... On reste toujours en lien avec la mère de son enfant », constate Mathieu, qui voit son fils tous les deux jours. « Quand il n'est pas avec moi, je me dis qu'il s'amuse avec sa mère, je suis réconforté... Et la beauté d'être libre la moitié du temps, c'est que je garde une vie sociale qui ressemble à la vie de célibataire d'autrefois ! »

« "J'envie mes amies en garde partagée, car j'aurais une semaine juste pour moi." J'entends ça depuis 10 ans dans les couloirs de l'université », raconte Denyse Côté, sociologue. Y a-t-il moins de complexes à le déclarer aujourd'hui ? « Vous savez, beaucoup de mères ont intégré émotivement la garde partagée et sont bien contentes de vivre ainsi. C'est une preuve que la garde partagée est devenue socialement le modèle dominant. »

- Avec Olivia Lévy




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