Avoir un enfant seule

Alphée Beauchamp a fait le deuil du prince... (Photo Olivier Jean, La Presse)

Agrandir

Alphée Beauchamp a fait le deuil du prince charmant avant de fonder une famille seule.

Photo Olivier Jean, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

Olivia Lévy
La Presse

Du courage. Une volonté de fer. Un désir d'enfant plus fort que tout. C'est ce qu'il faut pour avoir un bébé seule. Au milieu de la trentaine, plusieurs femmes se sentent bousculées par l'horloge biologique. Celles qui souhaitent devenir mères s'inquiètent sérieusement lorsqu'elles sont toujours célibataires. Et si elles passaient à côté du rêve de leur vie, avoir un enfant?

Sur les 88 700 naissances survenues au Québec en 2012, 2361, soit 2,7 % des enfants, n'avaient pas de père déclaré sur l'acte de naissance. Ce chiffre, qui se maintient depuis une dizaine d'années, comprend toutes les situations de mères célibataires, des adolescentes aux femmes plus âgées. Des femmes qui, dans certains cas, voyant leur âge avancer, décident de ne pas attendre de rencontrer l'amour avant d'avoir un enfant. Quelles sont les motivations de ces femmes qui ne voient plus d'autre option que de se lancer seules dans la maternité? 

Faire le deuil du prince charmant

Alphée Beauchamp, 40 ans, est enceinte de huit mois. Elle est radieuse. «C'est une fille!», s'exclame-t-elle. Elle a eu recours à l'insémination artificielle dans une clinique de procréation de Montréal. Elle a choisi et payé le sperme d'un donneur américain. Elle tenait absolument à ce que le donneur accepte plus tard d'être joint par son enfant, une possibilité offerte par les banques de sperme américaines, mais pas canadiennes. «J'ai sélectionné en fonction de mes goûts et de la personne vers qui j'aurais été attirée tout naturellement. C'est un homme qui a des origines irlandaises comme beaucoup d'Américains. Il est grand et sportif, a une bonne moyenne à l'école et un bon QI.»

Avant de faire le grand saut vers la maternité, la réflexion est parfois longue et difficile. «C'est une étape essentielle, pour aller de l'avant, faire le deuil du prince charmant, du mariage et de la famille traditionnelle. Ça a remué beaucoup de choses en moi, mais il faut passer à travers.»

Le désir d'enfant doit également être extrêmement fort. «Je vibrais à la seule vue de poussettes et lorsque je prenais dans mes bras des nouveau-nés. J'ai six neveux et nièces que j'adore et il était temps à mon tour de devenir mère.»

«J'ai toujours pensé que j'allais rencontrer l'homme de ma vie, que c'était une question de temps», raconte-t-elle. Six mois avant de fêter ses 40 ans, c'est le choc: «C'est maintenant ou jamais», s'est-elle dit. Trois mois plus tard, Alphée est enceinte. «Mes proches ont été très compréhensifs, mais mes parents ont été déstabilisés. Ils auraient préféré qu'il y ait un père et un mari pour moi. Leurs valeurs ont été ébranlées et je comprends.» 

Alphée est aujourd'hui certaine de son choix. «Je n'ai plus la pression de rencontrer l'homme idéal, mais celle maintenant d'être une bonne mère. Et qui sait? Je vais peut-être rencontrer quelqu'un une fois devenue mère?»

Le meilleur choix

Caroline* a 39 ans. Elle est célibataire. Elle réfléchit très sérieusement au projet d'avoir un bébé, seule. Après avoir essuyé quelques échecs amoureux, elle se rend à l'évidence: elle ne peut plus attendre l'homme de sa vie, même si elle souhaite de tout coeur le rencontrer. Elle est déçue et n'arrive pas à croire qu'elle n'a trouvé personne avec qui fonder une famille. «Peut-être que je ne rencontre personne parce qu'il est écrit bébé sur mon front!», s'exclame-t-elle.

«Je sais que ce sera la décision de ma vie. C'est extrêmement douloureux. Je suis torturée. Même si ma mère et mes soeurs me disent qu'elles seront très présentes pour moi, à 3 h du matin, en détresse, je serai seule. C'est une énorme responsabilité.»

Pour elle, un bébé se fait à deux. «J'ai peut-être une vision romantique, mais j'ai envie de partager ce moment de bonheur avec un amoureux. J'ai envie qu'il soit émerveillé pendant la grossesse et qu'il soit à mes côtés à l'accouchement. Priver un enfant de père, ça me dérange. Il y a quelque chose de très égoïste de vouloir un enfant à soi, seule, ce n'est pas naturel et c'est ce qui freine mon désir d'enfant.»

Se lever un matin et aller se faire inséminer? «Ça me paraît complètement abstrait et absurde! Ce n'est pas de cette façon que j'ai envie de concevoir un bébé et c'est pour ça que c'est un vrai déchirement. En même temps, passer à côté de la maternité... J'ai envie d'avoir des enfants depuis toujours.»

Elle a encore un peu de temps devant elle. Un ou deux ans, se dit-elle. «Peut-être, si je me décide, qu'une fois avec mon enfant, ça va élargir mon cercle d'amis et que je rencontrerai un jeune et beau père séparé dans un parc!»

*nom fictif

Élever un enfant seule comporte son lot de... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE) - image 2.0

Agrandir

Élever un enfant seule comporte son lot de difficultés, remarque Annie Marcon, maman de Charlotte, trois ans et demi.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

«Le plus grand bonheur de ma vie»

Annie Marcon a une fille de trois ans et demi. Elle l'a eu, seule, à 42 ans par fécondation in vitro. Elle qui rêvait d'une famille nombreuse et d'un amoureux attentionné a dû revoir ses plans. À 40 ans, célibataire et sans enfant, elle a pris rendez-vous dans une clinique de procréation. «Ce n'est pas la vie que j'avais imaginée. Évidemment, j'aurais préféré être en couple et que ma fille ait un père, mais je suis vraiment la mère la plus comblée du monde», s'exclame Annie. Elle a choisi un donneur aux yeux et aux cheveux bruns, comme elle, afin que la petite Charlotte ressemble à sa maman le plus possible. 

Elle ne s'est pas sentie jugée. Sauf peut-être par certains collègues masculins, qui ont murmuré dans les couloirs qu'elle n'avait pas besoin d'hommes, même pour faire un enfant! Sa fille commence à poser des questions, en voyant que ses amies ont un père. «Je lui dirai la vérité quand elle sera en âge de comprendre», assure Annie. Elle en a déjà discuté avec une psychologue qu'elle consulte régulièrement. 

Élever un enfant seule comporte évidemment quelques difficultés. «Je n'ai jamais de répit. Je n'ai pas de conjoint sur qui compter. Heureusement, j'ai un bon réseau d'amis. J'entends beaucoup de mères qui sont séparées se plaindre de la garde partagée. Elles m'envient, car je décide seule de tout. J'avoue que ça me fait sourire.»

Évidemment, elle craint que sa fille veuille trouver ses origines. «J'ai peur, par exemple, de ne pas savoir quoi répondre quand il y aura des travaux à l'école sur son arbre généalogique», dit-elle. Annie croit toujours en l'amour et ne désespère pas. «Je souhaite rencontrer quelqu'un de bien qui aimera aussi ma fille.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Vivre

Tous les plus populaires de la section Vivre
sur Lapresse.ca
»

publicité

la boite:1600172:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer