Prises en sandwich

Certains enfants acceptent seulement quelques aliments, «souvent riches... (Photo: Alain Roberge, archives La Presse)

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Certains enfants acceptent seulement quelques aliments, «souvent riches en énergie, en sel et en sucre», précise l'étude.

Photo: Alain Roberge, archives La Presse

La confection de la boîte à lunch des enfants engendre divers sentiments chez les mères québécoises, «allant de la confusion, à l'embarras et au stress», indique une nouvelle étude. Tant l'enfant que l'école et la société imposent leurs contraintes. À lire avant de préparer un (autre) sandwich.

Presque la moitié (46%) des élèves de 5 à 12 ans, au Québec, apportent leur repas à l'école. Une nouvelle recherche portant sur les «Comportements alimentaires de jeunes utilisateurs de boîtes à lunch, selon des mères québécoises», vient d'être réalisée par Julie-Michèle Mondou, dans le cadre de sa maîtrise en nutrition à l'Université de Montréal.

Qu'y apprend-on sur les dîners? Que la majorité des écoles n'ont pas de cafétéria, si bien que les enfants cassent la croûte en classe, au gymnase ou dans une salle polyvalente. Que même si le ministère de l'Éducation suggère de réserver au moins 20 minutes au dîner, 31% des écoles n'offrent pas ce temps. Que seuls 30% à 40% des enfants, selon les groupes d'âge, ne consomment jamais de repas commercial surgelé.

Deux chercheuses de l'Université de Montréal - Marie Marquis, professeure de nutrition, et Diane Bisson, professeure à l'École de design industriel - ont voulu en savoir plus. Elles ont interrogé 18 mères de Lachine et de Saint-Sauveur, à propos des repas qu'elles préparent encore et encore.

«Les résultats démontrent que la mère est une actrice très importante de la boîte à lunch», a indiqué Mme Mondou, qui a analysé ces entrevues. C'est maman qui achète la boîte, décide de son contenu et le prépare. Tout un casse-tête: comment faire une boîte santé, qui ne finira pas à la poubelle, écolo, variée sans être déroutante, vite, vite, vite, puisque le temps file? «C'est une corvée!», a témoigné une mère de trois enfants de 9, 12 et 14 ans.

Très présente, l'information sur la nutrition «devient une contrainte», selon les mères. «Quand on discute du contenu de la boîte à lunch, je me sens toujours coupable», a dit une mère de garçons de 7 et 10 ans.

«L'enfant reste le grand décideur»

Peu importe les efforts maternels, «l'enfant reste le grand décideur», a observé Mme Mondou. Au moment d'ouvrir la boîte à lunch - parfois dès 11h -, lui seul décide ce qu'il mangera, même si les amis et l'école l'influencent. «Il y a beaucoup, beaucoup de troc, a noté la chercheuse, mais les parents ne le savent pas.» Certains enfants acceptent seulement quelques aliments, «souvent riches en énergie, en sel et en sucre», précise l'étude.

Les règlements des écoles sont pourtant stricts. «Des enfants disent que leur prof va leur enlever leur collation, si ce n'est pas un fruit, a rapporté Mme Mondou. D'autres ont peur des surveillants, qui vont chialer s'ils ont encore un repas à réchauffer au four à micro-ondes.»

Quant à la boîte comme telle, les enfants la veulent à leur goût (changeant), les mères la souhaitent lavable et durable. Une maman de trois enfants a «passé au moins une vingtaine de boîtes à lunch, parce que souvent c'est l'intérieur qui brise».

«Aujourd'hui, beaucoup plus d'enfants dînent à l'école qu'il y a 20 ans, a observé Mme Mondou, qui a 25 ans. Les services de garde débordent à l'heure du dîner. Les enfants ont 20 minutes pile pour manger, c'est tant pis s'ils n'ont pas fini. Ils sont très, très bousculés.»

Ce qu'elles disent...

«C'est toujours un sandwich avec un jus. Toujours trois collations, maximum quatre.»

-Mère d'enfants de 6 et 9 ans

«Si je veux que mon fils mange un peu, je suis obligé de respecter ses goûts.»

-Mère de quatre enfants

«Je fais une quantité industrielle de pâté chinois ou de spaghettis que je congèle en portions.»

-Mère d'enfants de 11 et 13 ans

«Ils mangent vite et peu à l'école. Ils veulent vite aller jouer dehors.»

-Mère d'enfants de 5, 9 et 11 ans

«Il y a beaucoup d'écoles qui ont décidé de retirer les micro-ondes pour régler le problème des repas surgelés ou des Pogo.»

-Mère nutritionniste

«Parfois, l'enfant mange gelé parce qu'il y a une trop grosse file d'attente pour le micro-ondes. Ou l'enfant se brûle parce qu'il a mal calculé le temps.»

-Mère nutritionniste

La politique alimentaire de l'école, «je trouve que c'est exagéré. C'est le parent qui juge quoi donner à son enfant.»

-Mère d'enfants de 8 et 12 ans

«Je trouve qu'à l'école, ils sont trop drastiques. Ils sont rendus qu'ils ont le droit seulement à de l'eau, des fruits et des légumes, that's it! On ne peut même pas amener du yogourt à l'école, comme collation.»

-Mère d'enfants de 7 et 11 ans

«Ma philosophie dans la vie, c'est «hakuna matata», il arrivera ce qui arrivera. Mais quand on discute du contenu de la boîte à lunch, je me sens toujours coupable.»

-Mère d'enfants de 7 et 10 ans

«Je me fie beaucoup aux publicités. Si c'est santé, je vais aller vers ça.»

-Mère d'enfants de 6 et 9 ans

«Je trouve que l'école n'en fait pas suffisamment pour informer les élèves sur la nutrition.»

-Mère de quatre enfants

«Ça commence à puer, à la longue, la boîte à lunch.»

-Mère d'enfants de 5, 9 et 11 ans

Faire les lunchs, «c'est une corvée! L'été, je pense que le plus grand plaisir qu'on a, c'est qu'on n'a pas besoin de faire de boîtes à lunch.»

-Mère d'enfants de 9, 12 et 14 ans

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