L'enfant du désir

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On ne fait plus le don de la vie ; désormais, on s'offre un enfant. (Photo: La Presse)

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Isabelle Hachey
La Presse

On ne fait plus le don de la vie ; désormais, on s'offre un enfant.

C'est le constat auquel est parvenu Philosophie Magazine, au printemps dernier, après avoir interrogé de grands penseurs et mené un sondage auprès des habitants de l'Hexagone.Pas moins de 60% des Français estiment qu' «un enfant rend la vie de tous les jours plus belle, plus joyeuse». Enjoliver sa propre existence est d'ailleurs la toute première motivation à engendrer.

«Il y a de l'égoïsme dans la décision d'avoir un enfant», constate Alexandre Lacroix, rédacteur en chef du magazine. «On le fait pour soi, pour se faire plaisir. Un enfant, c'est comme une sorte d'animal de compagnie, en mieux.»

À l'ère de l'individualisme et du rejet des traditions, tous les Français ont embrassé cette «révolution de l'enfant du désir», quel que soit leur sexe, leur classe sociale ou leur niveau d'étude, souligne M. Lacroix, qui voit dans ce phénomène une «privatisation hédoniste de l'enfantement».

Tout porte à croire que les Québécois, eux aussi, ont sauté à pieds joints dans cette révolution. «Quand on fait des enfants, on ne les fait pas pour la société, ni à la rigueur pour l'enfant lui-même. On les fait pour soi», affirme Irène Krymko-Bleton, psychanalyste et professeur à l'UQAM qui a beaucoup étudié le désir d'enfant.

«Je n'ai pas encore rencontré quelqu'un qui, de façon désintéressée, aurait fait des enfants pour offrir la vie, poursuit-elle. Il y a toujours des motivations profondes liées à nous-mêmes. Elles peuvent être très positives pour l'enfant, qui doit en effet s'inscrire dans le désir de ses parents. Mais ça peut devenir négatif quand on fait un enfant pour compenser notre vie malheureuse, notre solitude. On demande alors à l'enfant de répondre à nos besoins plutôt que de répondre aux siens.»

Si l'on fait des enfants par égoïsme, on est prêt à sacrifier pour eux temps, argent et petits plaisirs en quantité industrielle. C'est le grand paradoxe de cette histoire. «On fait des enfants pour soi, puis on découvre qu'ils demandent beaucoup d'investissement, qu'il faut s'oublier un peu», remarque Mme Krymko-Bleton.

Adieu les soirées en amoureux et les sorties impromptues au cinéma. Bonjour les couches, les pleurs et les virées obligatoires au parc. À la revendication hédoniste se mêle l'abnégation la plus totale. Ainsi conclut Philosophie Magazine : «Véritable ruse de la morale, la procréation conduit l'ego à se dépasser en croyant se satisfaire.»

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