Le cri de la poule libre

Les producteurs d'oeufs bios se comptent sur les... (Photo: Bernard Brault, La Presse)

Agrandir

Les producteurs d'oeufs bios se comptent sur les doigts d'une main au Québec.

Photo: Bernard Brault, La Presse

En Allemagne, depuis le 1er janvier, les supermarchés ne vendent plus d'oeufs pondus par des poules qui vivent en cage. Et toutes les pondeuses ont droit à un espace de vie plus grand qu'une feuille de papier mobile, ce qui était précédemment la norme. Tous les agriculteurs européens devront suivre cet exemple d'ici deux ans.

Au Québec, les producteurs d'oeufs de consommation changent aussi leurs normes cette année: les poules auront droit à de nouvelles cages de 64 pouces carrés. C'est moins grand qu'une feuille mobile. Toutes les poules doivent avoir droit à cette superficie de vie au 31 décembre 2010.

 

«On est encore très loin des standards européens», dit Michel Lefrançois, professeur au département de santé animale de l'Université Laval, qui croit que le Québec s'en va dans cette direction, lentement. À chaque ajustement de règlement, les poules gagnent un peu d'espace, précise-t-il.

En Californie aussi les poules ont regagné leur liberté. La décision s'est prise par référendum, le jour de l'élection de Barack Obama. Les producteurs ont tout de même plus de quatre ans pour ajuster leur production.

Pourquoi une si grande disparité entre les mesures européennes et californiennes et les nôtres?

«Ce sont souvent des demandes qui viennent de groupes de pression», explique Philippe Olivier, de la Fédération des producteurs d'oeufs de consommation.

Ici, le sort des poules pondeuses ne semble pas beaucoup préoccuper les consommateurs. Il faut dire que le bien-être de la poule est directement lié au prix de ses oeufs, en épicerie.

«L'élevage de poules en liberté est nettement plus dispendieux, rappelle Michel Lefrançois. Et les consommateurs, devant les rayons du supermarché, achètent selon le prix.»

Il ne faut pas oublier que la demande commande l'élevage industriel, note aussi le professeur Jean-Pierre Vaillancourt, de la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal. «On ne reviendra jamais aux basses-cours de nos grands-parents, dit-il. Ça n'empêche pas d'avoir aussi des produits de niche intéressants, mais pour le gros de nos besoins, ça prend l'élevage industriel.»

Les consommateurs qui veulent manger des oeufs provenant de poules qui n'ont pas connu la cage doivent se tourner vers les oeufs biologiques ou les oeufs de poules en liberté qui sont élevées sur parquet.

Les poules dont les oeufs sont certifiés biologiques ont, de plus, droit à une alimentation bio et elles doivent pouvoir mettre le bec dehors, lorsque la saison le permet.

Moins de 2% des producteurs d'oeufs de consommation du Québec font des oeufs biologiques ou de poules en liberté. «Les producteurs sont prêts à répondre à la demande», précise Philippe Olivier. Mais la demande n'est tout simplement pas là, dit-il.

Huit Québécois sur dix achètent des oeufs blancs réguliers, qui vivent dans des cages conventionnelles.

Michel Lefrançois rappelle toutefois que les oeufs sont un des trois produits agricoles protégés par le système de gestion de l'offre - avec le lait et le poulet. Les producteurs québécois n'ont donc pas à vivre avec une concurrence étrangère.

Le bonheur de la poule

Dans ce dossier, les producteurs d'oeufs de consommation défendent la cage. Il n'y a pas de preuves scientifiques selon lesquelles le bonheur de la poule est lié à sa superficie de vie, explique Philippe Olivier, porte-parole des producteurs québécois. Il prévient aussi que les «systèmes de logement» sont difficilement comparables, d'un pays à l'autre.

«Si la poule n'est pas bien, elle ne pond pas», note-t-il.

Jean-Pierre Vaillancourt précise à ce sujet qu'une poule, heureuse ou malheureuse, va pondre son oeuf dès qu'elle obtient des conditions de vie un tant soit peu acceptables.

«Il y a beaucoup de réflexion à faire sur le plan du bien-être animal», indique ce spécialiste de l'aviculture. Et les solutions ne sont pas toujours aussi simples qu'on le croit. Lors d'une expérience aux États-Unis, le vétérinaire a participé à l'implantation d'un système de cages ouvertes, où le volatile pouvait pondre en cage puis sortir, à sa guise. Les chercheurs se sont vite retrouvés avec des poules sans plumes, les pondeuses s'étant mutuellement déplumées.

Les poules qui vivent sur un grand parquet peuvent parfois être très agressives.

Michel Lefrançois abonde dans ce sens. L'élevage en cage n'a pas que des défauts, dit-il. Il assure moins de contamination entre les animaux. Même les oeufs risquent moins d'être contaminés, puisqu'ils sont retirés de la cage dès qu'ils sont pondus. Le taux de mortalité est aussi généralement plus bas dans un élevage en cage, précise le professeur.

Au Québec, le poulailler moyen compte 35 000 poules. Aux États-Unis, certains poulaillers comptent plus d'un million de poules. Elles sont en cage.

 

LES OEUFS DE SPÉCIALITÉ: PAS SI POPULAIRES...

Ils occupent une belle place sur les tablettes d'épicerie, mais, après avoir connu une popularité fulgurante, les oeufs de spécialité ont vu leurs ventes stagner au Québec. Les oeufs oméga-3, lutéine, de poules en liberté et même les oeufs bruns et biologiques ont représenté moins de 15% des ventes d'oeufs au Québec, l'an dernier. Une légère augmentation par rapport aux ventes de l'année précédente. Les oeufs oméga-3 sont de loin les plus populaires du créneau spécialité, alors que les producteurs d'oeufs bios se comptent sur les doigts d'une main au Québec. La faible croissance du créneau ne devrait pas en inciter plusieurs à faire le saut bio. La Fédération des producteurs d'oeufs de consommation estime que la récession a quelque chose à voir avec ces résultats décevants, les clients d'oeufs de spécialité ayant peut-être décidé de faire des omelettes avec des oeufs blancs pour quelque temps.

 

L'INDUSTRIE DE L'OEUF EN BREF

En 2009, au Québec

91 489 589 douzaines d'oeufs ont été produites par 3 661 048 poules

Une douzaine d'oeufs blancs, calibre gros, coûte 2,51$ au détail. Le producteur reçoit 1,63$ pour cette douzaine.

Source: Rapport annuel 2009-2010, Fédération des producteurs d'oeufs de consommation

Consommation annuelle d'oeufs, par habitant

Canada: 181

France: 248

États-Unis: 248

Chine: 333

Mexique: 345

Source: Commission internationale des oeufs, rapport annuel 2009, consommation pour 2008

 

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Vivre

Tous les plus populaires de la section Vivre
sur Lapresse.ca
»

publicité

la boite:1600172:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer