Le Beaujo pas nouveau

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Véronique Rivest

Collaboration spéciale

La Presse

Le Beaujolais produit presque autant de vins que toute la Bourgogne. Et les vins nouveaux représentent encore une grande partie du lot, même si l'engouement des consommateurs n'est plus ce qu'il était il y a 30 ans. Par contre, beaucoup associent encore automatiquement Beaujolais à vin nouveau. Et c'est dommage! Le Beaujolais, le vrai bon Beaujolais, est pour moi l'un des vins les plus gourmands et digestes qui soit, et de plus, d'une énorme polyvalence à table.

Le Beaujolais nouveau vendu dans le monde entier était un coup de marketing de génie. Le vin nouveau en soit est tout ce qu'il y a de plus traditionnel. Toutes les régions viticoles, particulièrement celles dotées d'une longue histoire, célèbrent chaque année la nouvelle vendange avec le jus des premiers raisins pressés. Ce jus, à différents stades de fermentation, parfois encore sucré et doté de gaz carbonique, est dégusté sur place, dans les vignobles et les auberges, pour marquer l'aboutissement de toute une année de travail. C'est une tradition aussi vieille que le vin lui-même. Et ce vin nouveau, dégusté sur place, est délicieusement simple et joyeux.

C'était une belle idée que de vouloir faire partager cette tradition avec le monde entier, mais le vin nouveau, justement parce qu'il n'est pas tout à fait fini, ne voyage pas particulièrement bien. Le désir de le mettre en marché au même moment chaque année, alors que chaque année est différente et qu'on ne peut pas prédire quand le vin sera prêt, a conduit à l'élaboration d'un vin très commercial, bourré d'additifs pour mieux le conserver. On a voulu faire partager la tradition avec le monde entier, mais le produit qui en a résulté s'est avéré à des lieues du vrai vin nouveau. À la place, le consommateur s'est retrouvé avec un vin manipulé à outrance, aux arômes de banane et rarement d'un bon rapport qualité-prix!

Le plus grand malheur dans tout ça? Trop de consommateurs aujourd'hui pensent encore que le Beaujolais, ce n'est que ça. Si c'est votre cas, je vous encourage fortement à redécouvrir le bon Beaujolais.

Une nette cassure dans la composition des sols explique la dominance du gamay dans la région. Les sols plus argilo-calcaires de la Bourgogne, où le pinot noir règne en maître, laissent place dans le Beaujolais, particulièrement dans sa partie nord*, à des sols granitiques où le gamay trouve ses plus belles expressions. Nulle part ailleurs le cépage s'exprime-t-il avec autant de verve, de fruité éclatant et de fraîcheur. Le mot gouleyant semble avoir été inventé pour les vins du Beaujolais. Et malgré leur immense buvabilité, ils ne sont pas simples pour autant. Les meilleurs d'entre eux, souvent parmi les crus, savent faire preuve de complexité et de profondeur, sans ne rien perdre de leur très grand charme. Ils peuvent même se bonifier dans le temps, une dizaine d'années sans problème pour les meilleurs crus, si vous pouvez leur résister!

À table, ce sont les meilleurs amis de la charcuterie sous toutes ses formes, du jambon, d'un poulet rôti, d'un tartare de boeuf. Cuisinés avec des petits fruits rouges ou accompagnés de chutney de canneberges, de gadelles, de framboises, c'est encore meilleur. Toujours mieux servi frais, autour de 14-15 °C, ils sont parfaits pour l'apéro, même par temps de canicule (ça s'en vient!), avec des taux d'alcool généralement tout à fait raisonnables.

* La grande région du Beaujolais se divise en deux: plus au sud, on retrouve les vins d'appellation Beaujolais tout court, plus simples, moins aptes à la garde. Au nord, où dominent les sols de granite, on retrouve les Beaujolais-Villages et les 10 crus du Beaujolais (Morgon, Brouilly et cie).

Carnet: Garder un vin ouvert

Je ne suis pas très fan de gadgets. Et ils sont nombreux à vouloir conserver vos bouteilles de vin entamées. Assez pour qu'un jour je décide de mener un test élaboré, étalé sur une semaine, comparant plusieurs gadgets de conservation couramment offerts, sur six vins de prix et de styles différents. Résultat des courses? Rien de concluant, si ce n'est qu'aucun système ne fonctionne vraiment bien. La solution qui a donné les meilleurs résultats? Simplement remettre le bouchon dans le goulot et placer le vin, rouge ou blanc, au réfrigérateur. Comme pour tant de choses, la solution la plus simple est souvent la meilleure!

À découvrir

Château Cambon Beaujolais 2013, 23,45$ (12454991)

Il n'y a qu'à mettre le nez dans le verre pour tomber sous le charme: quel parfum! Affriolant et appétissant, avec des notes de pomme et de petits fruits rouges, une pointe de fleurs et d'épices. Hyper frais, gourmand et digeste, sans manquer de complexité. Long et savoureux. Du pur bonheur! Tout ça à 11,5% d'alcool.

Georges Descombes Brouilly 2013, 24,80$ (12494028)

Plus retenu au nez, avec toujours ces délicieux arômes de griottes et de framboise, mais aussi des notes de terre fraîche, d'épices douces et d'anis. Plus de matière en bouche, avec des tanins fins, soyeux, juste assez fermes. Et toujours aussi gouleyant. Irrésistible, il vieillira aussi très bien de quatre à six ans. 12,5% d'alcool.

Domaine Foillard Morgon Cuvée Corcelette 2012, 37,50$ (12201643)

J'adore quand un vin aussi complet ne titre que 12% d'alcool! Hyper aromatique. Aux notes de fruits mûrs s'ajoutent des arômes d'herbes, de terre et d'épices, ainsi que quelques notes animales. Frais et gourmand, mais aussi complexe, avec des tanins mûrs, une légère amertume et une certaine fermeté qui lui confère beaucoup de caractère. Le plus apte au vieillissement du lot (au moins quatre à six ans, voire beaucoup plus), il est déjà délicieux et évolue beaucoup à l'aération.

Jean-Paul Brun L'Ancien Beaujolais 2013, 20,10$  (10368221)

Un vigneron discret, qui ne fait pas de bruit, mais nous livre année après année des vins francs, authentiques et sans chichi. Du vrai bon jus, comme on dit dans le métier. Tout le fruit gourmand du bon Beaujolais, et de la fraîcheur, dans un ensemble fin et harmonieux. Il ne manque que la bonne compagnie! 12% d'alcool.

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