Écosse: les producteurs de whisky profitent des effets du Brexit

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Le recul de la livre a rendu les exportations moins chères, donnant un coup de pouce non négligeable aux ventes de whisky qui se font à 90% hors du Royaume-Uni.

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Mark McLaughlin
Agence France-Presse
GLASGOW

Si la majorité des Écossais ont voté pour rester dans l'Union européenne, les producteurs de whisky trinquent, eux, discrètement aux bienfaits d'un effet secondaire du futur Brexit: la chute de la valeur de la livre.

Le recul de la monnaie britannique - qui a perdu environ 9% face à l'euro et 15% face au dollar depuis le référendum du 23 juin - a rendu les exportations moins chères, donnant un coup de pouce non négligeable aux ventes de whisky qui se font à 90% hors du Royaume-Uni.

Alors que les terres écossaises sont réputées pour leurs distilleries pittoresques posées dans les vertes contrées des Highlands, la Glasgow Distillery Company, installée dans un entrepôt anonyme et grisâtre de la capitale économique écossaise, dénote. Pourtant, à l'intérieur, l'humeur est au beau fixe.

«Depuis juin, il y a eu une augmentation de 200 à 300% des demandes pour les fûts» de whisky, se félicite Liam Hughes, à la tête de la distillerie.

Fondée en 2015 seulement, elle n'a encore vendu aucune bouteille de whisky mais Liam Hughes note néanmoins une hausse conséquente des précommandes depuis le vote des Britanniques en faveur d'une sortie de l'UE.

Pour Graham Hutcheon, le directeur opérationnel de la distillerie Edrington, qui possède notamment les whiskys Macallan et The Famouse Grouse, la chute de la livre est synonyme de «fête».

David Williamson, le responsable de la communication pour l'association des Scotch Whisky, a également souligné qu'un certain nombre de ses membres ont constaté une hausse de leurs exportations.

Tony Reeman-Clark dirige la distillerie Strathearn dans le Perthshire, productrice de whisky depuis trois ans. Il est également le fondateur de la Scottish Craft Distillers Association.

«Nous avons eu des demandes d'Auckland, de Pékin, d'Hong Kong, d'Israël, d'Allemagne, des États-Unis, de partout dans le monde», se félicite-t-il alors que ses 100 premières bouteilles se sont arrachées aux enchères le 1er décembre pour 4150 livres (6860 $).

Incertitude «néfaste»

Plus de 10 000 personnes travaillent dans l'industrie du whisky écossais, un chiffre en hausse de 6% sur les trois dernières années, tandis que 30 000 autres travaillent dans la chaîne d'approvisionnement, de la mise en bouteille à la distribution.

Sur les six premiers mois de l'année, les principaux marchés ont été les États-Unis (357,4 millions de livres), la France (193,1 millions) et Singapour (99,6 millions), avec des exportations totales équivalant à 533 millions de bouteilles de whisky, représentant 1,7 milliard de livres de chiffre d'affaire annuel.

Parmi ces exportations, celles de Single Malt, le nec plus ultra de ce nectar ambré, ont représenté plus de 48 millions de bouteilles, pour un chiffre d'affaires de 432 millions de livres sur l'année achevée en juin.

Pour autant, la hausse de la livre ne constitue pas qu'une bonne nouvelle pour la boisson nationale écossaise. Car elle signifie aussi une hausse des produits importés, comme les fûts.

Liam Hughes les achète tous à Kelvin Cooperage qui a quitté les rives de la rivière Kelvin à Glasgow pour s'installer dans le Kentucky, aux États-Unis, dans les années 1990.

«Comme la livre s'est effondrée face au dollar, le prix des fûts a augmenté de façon substantielle, donc ce que l'on gagne d'un côté on le perd de l'autre», constate-t-il.

Spiros Malandrakis, un analyste spécialisé dans les boissons alcoolisées à Euromonitor International, estime qu'il va y avoir «une hausse» des ventes à court terme. Mais cela devrait, selon lui, être suivi par une période «d'incertitude qui pourrait potentiellement s'avérer assez néfaste».

Une incertitude qui pourrait culminer si l'Ecosse décide de se lancer dans un nouveau référendum d'indépendance.




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