Dominique Léandre-Chevalier, viticulteur rebelle en Bordelais

Dominique Léandre-Chevalier dans son domaine de trois hectares.... (PHOTO AFP)

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Dominique Léandre-Chevalier dans son domaine de trois hectares.

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Pierre Feuilly
Agence France-Presse
ANGLADE

Dominique Léandre-Chevalier, viticulteur rebelle dans le monde très codifié du Bordelais, est un apôtre du labour au cheval, cultivant des vignes avec jusqu'à plus de 33 000 pieds à l'hectare, densité triple de celle de grands crus, et vend ses meilleures cuvées sous le label Vin de France et non pas Bordeaux.

À 53 ans, il porte ainsi haut le flambeau de ses aïeux qui ont créé le domaine à la fin du XIXe siècle, en 1895, et lui ont aussi transmis le savoir-faire de leur activité de pépiniériste et de charretier.

Lui-même reprend le domaine en 1985, à la mort de son père dans un accident du travail au chai. Rapidement, il est rebuté par «la mécanisation introduite dans la vigne» et veut «revenir à un travail de vigneron artisanal», se «réapproprier le savoir-faire de ses ancêtres», déclare-t-il à l'AFP. Et, première décision, il décide de réduire la superficie du Domaine Léandre-Chevalier (DLC) de douze à trois hectares.

En dehors des tendances et des modes, il cherche «à accompagner avec grand respect les cycles de la nature», car «le vin c'est comme la cuisine, ce qui compte avant tout c'est le produit brut: la terre, la vigne et le raisin». «Le caractère d'un vin se fait à la vigne et non au chai», souligne-t-il.

Labour au cheval

À Anglade, près de l'estuaire de la Gironde, non loin des prestigieux châteaux du Médoc, sur sept parcelles avec huit terroirs différents, il a réintroduit le labour au cheval de trait, à l'ancienne: «Le cheval est le meilleur allié pour le travail des sols», aime-t-il dire. Des chevaux de trait qui sont en action même sur sa parcelle de l'île de Patiras, au milieu de l'estuaire, entre Blaye et Pauillac, amenés chaque fois sur une barge.

Ce retour à un travail ancestral ne l'empêche pas d'avoir recours à la technologie moderne, car «le cheval et la technologie sont la symbiose entre une viticulture innovatrice et le respect de la nature». Ainsi, pour passer dans les vignes, il utilise un engin léger, avec peu de puissance, donc peu d'émission de CO2, qui enjambe deux rangs de ceps. L'objectif est de «limiter les passages répétitifs et de diminuer la compression du sol par le poids afin de mieux respecter la vie du sous-sol».

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Le labour se fait avec un cheval.

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En revanche, le travail de la taille de la vigne, de l'attache au jonc, du sarclage à la houe, des vendanges et du tri manuels des raisins «restent l'apanage des femmes et des hommes qui travaillent toute l'année dans les vignes», souligne celui qui se définit parfois comme «jardinier avant d'être vigneron». Et «pas de chaptalisation, pas de collage, pas de filtrage».Le jardinier-vigneron a replanté des vignes allant d'une densité de 3500 pieds à l'hectare jusqu'à 33.333 pieds, soit, dans ce dernier cas, une densité triple de celle de beaucoup de grands crus bordelais. «C'est ce qui se faisait dans les siècles passés, avec peu de grappes sur chaque souche - de deux à trois - afin d'économiser l'énergie du cep».

Vigne en cercle

Autre innovation, la plantation d'une vigne en cercle, avec un cépage petit verdot préphylloxérique, donc du XIXe siècle, en francs de pieds (ceps originaux), vinifié avec la méthode ancienne du provignage, les pieds de cep étant déplacés chaque année.

À rebours de la tendance à l'uniformisation du goût des vins de Bordeaux, notamment sous l'influence du dégustateur américain Robert Parker, Dominique Léandre-Chevalier aspire «à faire des vins de caractère» et sa «philosophie du vin s'inspire plutôt du Bourgogne que du Bordeaux».

Par voie de conséquence, si trois de ces vins (Le Queyroux, Les Soeurettes et le Joyau) sont en Appellation d'origine contrôlée (AOC) Blaye Côtes de Bordeaux et un (Mouton noir, issu des vignes de l'île de Patiras) en AOC Bordeaux, ses meilleures cuvées sont commercialisées en Vin de France (anciennement «vins de table»): L'Homme Cheval, C... que du Bonheur, 100% Provocateur et La Tricolore.

À raison de 66 000 bouteilles par an, ses vins - rouge, blanc, rosé - se trouvent à la carte de grands restaurants parisiens et de cavistes réputés, y compris en Asie, aux États-Unis, en Allemagne ou en Suisse.

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