Château Margaux se dote d'un chai signé Norman Foster

Couvert des mêmes tuiles orangées et soutenu par... (PHOTO JEAN-PIERRE MULLER, AFP)

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Couvert des mêmes tuiles orangées et soutenu par douze « arbres » stylisés en acier blanc, le nouveau chai rappelle les halles agricoles de la région.

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Jordane BERTRAND
Agence France-Presse
MARGAUX

Grand cru mythique du bordelais, dans le sud-ouest de la France, Château Margaux est aussi un palais à colonnades, resté intouché depuis sa construction en 1815: pour célébrer son bicentenaire, un nouveau chai vient d'être inauguré, oeuvre du Britannique Norman Foster.

« C'était un pari inouï », reconnaît Corinne Mentzelopoulos, 62 ans, à la tête de Château Margaux depuis la mort de son père, André Mentzelopoulos, en 1980. L'homme d'affaires d'origine grecque qui avait fait fortune dans le commerce des céréales, avait acquis en 1977 la prestigieuse propriété du Médoc.

« Le domaine n'avait jamais été agrandi. Mon père n'avait pas osé. La seule chose qu'il avait ajoutée c'était un chai souterrain, achevé en 1982 », rappelle sa fille.

Pas facile de s'attaquer à une institution dont le nom, à lui seul, évoque un nectar célèbre dans le monde entier. Dès 1784, le futur président américain, Thomas Jefferson (1743-1826), alors ambassadeur des États-Unis en France, estimait qu'« il ne peut y avoir une meilleure bouteille de Bordeaux ».

Situé à moins d'un kilomètre des rives de l'estuaire de la Gironde, non loin de ses illustres collègues « Premiers grands crus classés 1855 » de la commune de Pauillac (Latour, Lafite Rothschild, Mouton Rothschild), le domaine, classé monument historique dès 1946, offre une exceptionnelle harmonie entre nature et architecture.

Il y a d'abord le somptueux château, rare exemple français du style néo-palladien, construit au début du XIXe siècle sur un ancien manoir par l'architecte bordelais Louis Combes (1754-1818). Et tout autour de ce « Versailles du Médoc », une véritable petite cité viticole de pierres blondes et de tuiles claires, où avaient été répartis dès cette époque les bâtiments nécessaires à la production du vin (chais, cuviers, tonnellerie, ateliers...).

Finesse et discrétion 

Mais la nécessité de s'adapter aux plus récentes innovations en matière de vinification pour produire les 300 000 bouteilles annuelles du domaine, essentiellement en rouge - dont 130 000 de « premier grand cru » - se faisait plus pressante.

« Nous avions besoin de plus de cuves avec des contenances différentes, correspondant à diverses parcelles, pour faire des expérimentations, des comparaisons », explique Corinne Mentzelopoulos qui passe plusieurs mois par an sur l'exploitation de 262 hectares, dont une centaine dédiée à la vigne.

Confrontées aux mêmes exigences, d'autres grandes propriétés viticoles bordelaises ont sollicité, ces dernières années, de grandes signatures de l'architecture. À Saint-Emilion, Cheval Blanc, premier grand cru classé A, avait ouvert le bal en 2011 en osant une construction moderne signée de l'architecte français Christian de Portzamparc.

Pour Norman Foster, lauréat du prix Pritzker en 1999, qui a officié dans le monde entier, le défi était à la hauteur du mythe médocain. « Il est venu passer un week-end à Château Margaux. Je l'ai vu s'imprégner de cette architecture, de ses moindres détails », raconte la propriétaire.

Cinq ans plus tard, le nouveau chai se déploie tout en finesse et discrétion, s'intégrant dans l'ensemble des bâtiments agricoles. Couvert des mêmes tuiles orangées et soutenu par douze « arbres » stylisés en acier blanc, il rappelle les halles agricoles de la région.

« Le contrepoint entre l'ancien et le moderne ne se révèle que lorsqu'on y regarde de plus près », explique l'architecte dans la présentation du projet. « Le nouveau bâtiment n'entre pas en compétition avec le château, qui reste le personnage principal de Margaux », souligne-t-il.

Autre particularité, « l'intérieur » du chai, qui abrite plusieurs dizaines de cuves en inox et un laboratoire de recherches, « pourra être modifié à n'importe quel moment » au fil des innovations technologiques, sans avoir besoin de toucher à la canopée métallique qui s'ouvre par endroits sur le ciel.

« On a l'impression que ce chai a toujours été là, alors que l'intérieur propose le comble de la technicité », se félicite Corinne Mentzelopoulos. L'architecte a aussi réalisé une vinothèque souterraine d'une capacité de 200 000 bouteilles.

Aussi belle soit-elle, l'architecture n'est cependant qu'« un hommage au vin », insiste la dynamique propriétaire. « L'extraordinaire, c'est notre tradition, notre savoir-faire: le vin existait ici il y a cinq cents ans, nous ne sommes qu'un maillon de la chaîne », glisse-t-elle.

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