Adi Badenhorst, l'enfant terrible des vignes sud-africaines

André Adriaan Badenhorst, est l'un de ces viticulteurs... (Photo JENNIFER BRUCE, AFP)

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André Adriaan Badenhorst, est l'un de ces viticulteurs qui ont trouvé leur terre promise dans le Swartland, à une centaine de kilomètres au nord du Cap, loin des impératifs commerciaux et des recommandations des critiques.

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Jean LIOU
Agence France-Presse
KALMOESFONTEIN

«Ne marchez pas sur la route après avoir bu, vous pourriez être tué.» Sur ses étiquettes comme dans la vie, le vigneron sud-africain Adi Badenhorst ne rate pas une occasion de plaisanter, mais il prend ses vins très au sérieux.

Déjà une institution à 42 ans, «Adi», de son vrai nom André Adriaan Badenhorst, est l'un de ces viticulteurs qui ont trouvé leur terre promise dans le Swartland, à une centaine de kilomètres au nord du Cap, loin des impératifs commerciaux et des recommandations des critiques.

«La plupart de nos produits n'ont pas un grand succès commercial, mais on s'amuse», dit-il entre deux éclats d'un rire communicatif. Faut-il le croire, alors qu'il exporte 60% de sa production? «En général, nous gardons nos meilleurs vins pour nous-mêmes, et nous vendons le reste!»

«C'est peut-être une grosse commande de France», s'excuse ce bon vivant aux tee-shirts colorés quand son portable sonne, avant de faire goûter son «grand vin». Et de conseiller: «Si vous ne pouvez pas vous payer du bourgogne, achetez le mien.»

Un brin défraîchi au bout d'un chemin de terre, le domaine de Kalmoesfontein où Adi Badenhorst s'est installé en 2007 n'a rien d'un château prestigieux. Des jeux d'enfants traînent sur la pelouse. On écoute du reggae dans le chai où des affiches de Mohamed Ali et de jeunes femmes dénudées accompagnent l'indispensable machine à expresso.

«Nous croyons faire ce qu'il faut, essentiellement», dit le maître des lieux, chevelure poivre et sel au vent, en faisant visiter des vignes qu'il n'irrigue pas. «Elles n'ont jamais d'eau, elles sont très heureuses, et elles produisent!»

Les rangs de vignes feraient s'arracher les cheveux à un spécialiste tant ils sont irréguliers, de nouveaux plants venant s'intercaler entre des pieds plus anciens. Il compte même planter l'an prochain cinsault, grenache et carignan sur la même parcelle. «Pour moi, c'est mieux de mettre tout ensemble!», se réjouit-il à l'avance.

Premier vin à 13 ans

Le vin, Adi Badenhorst est né dedans: son grand-père a dirigé pendant quarante-six ans le domaine historique de Groot Constantia, dans la banlieue du Cap, et son père a notamment travaillé à Buitenverwachting, autre grand château des environs où le maître de chai lui a permis d'assembler son premier vin dès l'âge de 13 ans.

Après avoir fait ses classes dans un domaine réputé de Stellenbosch, la capitale sud-africaine du vin, le jeune Adi a acheté Kalmoesfontein avec son cousin. L'exploitation, alors à l'abandon, est située sur la montagne du Paarderberg, paradis des nouveaux vignerons du Swartland où s'était déjà installé son ami Eben Sadie, devenu la vedette de la région.

Mais contrairement à lui, Adi Badenhorst ne s'est pas lancé dans les grands crus. Ses vins restent bon marché. Sur les étiquettes particulièrement imaginatives, un petit signe indique qu'on arrive à la moitié de la bouteille.

S'il jure tous les deux mots, il sait aussi placer quelques mots de français choisis dans la conversation, héritage de ses saisons dans les vignes de Saint-Emilion et de Crozes-Hermitage.

Parcourant son domaine, Adi Badenhorst désigne un coteau dénudé: «Un jour, je m'assiérai ici, à l'ombre. C'est mon putain de but.» Il sera fier, dit-il, de léguer son domaine à ses enfants, encore petits. Sa fille s'appelle Ana Kalander, hommage à un parasite de la vigne.

Il veut aussi planter des citronniers, pour ses gin tonics. «Nous buvons beaucoup de gin tonic, et nous trouvions que le tonic du commerce est de la m..., trop sucré. Alors nous avons décidé de faire le nôtre», poursuit-il.

Du tonic, donc, et tant qu'à faire, le gin pour aller avec. Mais n'espérez pas en acheter, il n'y en a jamais de disponible.

Le savant fou des vignobles produit aussi de la bière, du «vin blanc funky» (du vin jaune) et maintenant du vermouth, en ressuscitant le Caperitif, une ancienne recette à base de vin blanc et quinquina qui existait au Cap dans les années 1920, grâce à la mystérieuse intervention d'un mixologue danois.

Ouvrant une bouteille, il pointe son nez, et sourit: «Il y a de la garrigue là-dedans!»

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