Georges St-Pierre: la nuit des longs couteaux

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Au terme de cinq rounds âprement disputés le 16 novembre dernier, Georges St-Pierre (à droite) et Johny Hendricks se sont félicités avant d'attendre le résultat des juges.

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Un mensonge de Dana White. Une employée de l'UFC qui interdit à Georges St-Pierre de participer à une conférence de presse. Le champion qui doit se faufiler entre des agents de sécurité pour pouvoir parler aux journalistes.

Georges St-Pierre a donné sa version des événements qui sont survenus dans la drôle de nuit du 16 novembre dernier à Las Vegas. Et selon ce qu'il raconte, l'UFC aurait préféré qu'il garde le silence sur son projet de pause dans les heures qui ont suivi sa victoire controversée sur Johny Hendricks.

Vendredi, La Presse a demandé à St-Pierre s'il avait trouvé que le patron de l'UFC avait «manqué de classe» dans ses propos d'après-combat. Dana White avait alors dit qu'Hendricks l'avait emporté à plate couture, que St-Pierre n'avait pas le droit de partir en pause sans offrir de combat revanche et que son annonce était «bizarre».

Le patron de l'UFC, Dana White.... (Photo Ivanoh Demers, La Presse) - image 2.0

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Le patron de l'UFC, Dana White.

Photo Ivanoh Demers, La Presse

Georges St-Pierre en avait long à dire. «Voilà ce qui est arrivé le 16 novembre», commence-t-il.

Dans les instants qui suivent le combat, il se rend dans un vestiaire du MGM Grand pour recevoir des points de suture sous les yeux. Il doit attendre de longues minutes l'arrivée des médecins.

Pendant ce temps et dans le même bâtiment commence la traditionnelle conférence de presse d'après-combat. Le président de l'UFC, Dana White, est au micro. Il annonce dès le début qu'Hendricks arrivera sous peu et que St-Pierre n'assistera pas à la conférence.

«Georges est sorti de l'octogone, est monté dans une ambulance et est parti directement à l'hôpital», dit-il. Ce qui est faux.

Dans le vestiaire, le médecin arrive finalement. St-Pierre a eu le temps de prendre une douche, d'enfiler un complet. Il a l'intention de rencontrer les médias. Il est champion. Il a la ceinture. Il sait que le combat a été serré et il veut s'expliquer.

Les points de suture faits, St-Pierre se lève et demande à l'attachée de presse de l'UFC où a lieu la conférence de presse. À ce moment, celle-ci va bon train. Johny Hendricks s'y trouve et répète qu'il a gagné le combat. Une seule chaise est vide sur la scène: celle de Georges St-Pierre.

- Tu n'as pas besoin d'aller à la conférence de presse, lui répond l'employée de l'UFC, selon ce que soutient St-Pierre.

- Je dois aller à la conférence de presse parce qu'il y a eu de la controverse après mon combat, j'aimerais ça m'expliquer et mettre les choses au clair!, répond le combattant.

- Non, non, vraiment, tu n'as pas besoin d'y aller!

- Non, non, j'ai besoin d'y aller!, tranche St-Pierre, qui commence à marcher vers le lieu où se déroule la conférence.

- Georges, tu n'as pas le droit d'y aller, tu n'es pas censé y aller!, lui crie l'attachée de presse.

«J'ai dit ah oui! Ben j'y vais pareil. J'ai tassé la sécurité. Ça, je jure que c'est vrai», raconte-t-il.

Blancs comme des draps

Un murmure parcourt la salle quand St-Pierre apparaît. «Je suis arrivé sur la scène à la conférence de presse et tout le monde était blanc comme un drap. Je ne comprenais pas pourquoi. Je me suis dit que peut-être quelque chose était arrivé.»

St-Pierre s'assoit. Tout de suite, on lui demande s'il pense avoir gagné. Puis les questions s'enchaînent sur ses intentions; après le combat, dans l'octogone, il a annoncé avoir besoin d'une pause. Est-ce la retraite? Reviendra-t-il un jour?

«Je ne sais pas. J'ai besoin de réfléchir», dit-il.

À un certain moment, Dana White coupe un journaliste qui s'apprête à demander à St-Pierre de parler de son projet de pause. «Ne réponds pas à cette question. Ne lui posez plus de questions sur ce sujet. On va parler. Il ne veut pas vous en parler. Moi et lui on va quitter la conférence et on va aller parler», lance le patron de l'UFC.

Puis Dana White s'éclipse avec Georges St-Pierre. Il revient une quinzaine de minutes plus tard. St-Pierre lui a confié la nature de ses problèmes personnels. «Il pense qu'ils sont très graves, mais ce n'est pas la fin du monde», dit-il aux journalistes encore présents.

Puis White balaie du revers de la main les projets de pause de St-Pierre. Selon lui, tout est réglé. Le combat revanche contre Johny Hendricks va avoir lieu sans problème. Son plus grand champion, la vache à lait de l'UFC, va revenir à l'octogone.

Il n'y a rien à voir, circulez, semble dire Dana White.

On sait maintenant que les choses ne se sont pas déroulées ainsi. Le combat revanche n'aura pas lieu. Georges St-Pierre a abandonné son titre. Il a tourné le dos - pour l'instant - à l'argent, aux honneurs et à l'UFC.

Rattrapage

Dana White nie avoir tenté de faire taire son champion. En fin de semaine, il a soutenu qu'il avait été mal informé par ses attachés de presse, que ce sont ces derniers qui lui ont dit que St-Pierre s'était rendu à l'hôpital et ne serait pas de la conférence de presse.

«On ne dit pas à des gars de ne pas aller à la conférence de presse. On ne dirait surtout jamais ça à Georges St-Pierre après un combat de championnat», a-t-il assuré.

Puis White a laissé entendre que les médias américains n'avaient pas bien compris la version de St-Pierre puisqu'elle avait été livrée en français vendredi. «On en a perdu dans la traduction quand Georges a raconté cette histoire», a-t-il dit. Ce qui est faux, encore une fois.

Le lendemain de cette nuit des longs couteaux, le journaliste de La Presse a envoyé un courriel au mentor de St-Pierre pour en savoir plus sur ce qui était arrivé après le combat.

Kristof Midoux, son premier entraîneur, a eu une réponse lourde de sens, surtout à la lumière des explications de Georges St-Pierre.

«Dana peut acheter ou faire baisser les yeux à plusieurs combattants, a écrit Midoux. Mais Georges est libre et hier il a pris sa liberté comme un gladiateur. Il n'est plus le jouet de personne.»

On ne saura jamais tout à fait ce qui s'est réellement passé dans la nuit mouvementée du 16 novembre dernier. À part peut-être que St-Pierre a refusé de se laisser museler, qu'il a tenu tête à celui que plusieurs craignent, qu'il a refusé de courber l'échine. En somme, qu'il a été un champion jusqu'à la fin.

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