La reine du slopestyle Kaya Turski prend sa retraite

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Kaya Turski a dominé son sport dans la dernière décennie.

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Sophie Allard
La Presse

Kaya Turski, reine du slopestyle, se décrit comme une guerrière. Au fil des ans, elle a plusieurs fois fait rapiécer son corps en morceaux, meurtri par le sport. À tous les coups, la Montréalaise de 29 ans est revenue au sommet. Mais cette fois, c'en est trop, elle rend les armes. Et range ses skis.

Une douleur à la tête, lancinante, la terrasse au quotidien. Celle-ci s'installe parfois dès le saut du lit et ne la quitte plus de la journée. «Ça revient jour après jour depuis cinq ans et ça empire avec les années, confie-t-elle en entrevue téléphonique de Vancouver. Préserver ma santé m'est primordial. J'ai subi un lot de blessures durant ma carrière, mais la tête, c'est là où je trace la ligne à ne pas franchir.»

Le slopestyle, discipline mêlant les figures sur rails et les sauts spectaculaires, est extrêmement dur pour le corps. «En raison de forts impacts répétés, les muscles et les nerfs de mon cou sont en mode défensif, toujours tendus, d'où mes maux de tête. J'ai aussi subi de légères commotions cérébrales.»

Sa décision, même si elle a été longuement réfléchie, s'imposait d'elle-même. «J'ai un pincement au coeur, je quitte le seul univers que je connaisse. Mais je suis fière de ce que j'ai réalisé dans ma carrière, des obstacles que j'ai surmontés.»

Palmarès bien garni

Huit fois championne des X Games d'hiver et cinq fois championne du monde AFP, Turski a littéralement dominé le sport chez les femmes dans la dernière décennie. À sa façon, elle a agi à titre de défricheuse.

«J'ai voulu apporter ma touche personnelle avec un style créatif, gracieux, plus lent, axé sur le contrôle, résume-t-elle. J'ai travaillé fort pour montrer que les filles avaient leur place dans le sport, pas comme simples figurantes, mais pour performer. Dans les sports extrêmes, les commentaires peuvent être très durs, voire agressifs, envers les filles. J'espère avoir aidé à faire changer les choses.  Je me réjouis de voir de plus en plus de jeunes skieuses suivre mes traces.»

Kaya Turski a été la première femme à réussir un switch 1080 en compétition en 2011. C'est sa plus grande fierté et ça demeure à ce jour un souvenir très émotif. Elle a réalisé cet exploit historique quelques mois avant le décès, en janvier 2012, de son amie Sarah Burke, icône du halfpipe.

«Quand j'ai tenté ce trick en Autriche, j'étais très nerveuse. Sarah m'a prise à l'écart et m'a secouée: "Tu es capable, vas-y!" Elle croyait en moi, ça valait de l'or à mes yeux.» Aux X Games d'hiver, quelques jours après le décès de Burke, la skieuse a répété son exploit, bon pour la victoire. «La perte de Sarah m'a complètement dévastée, elle était mon héros absolu.» Au portillon de départ, elle a pensé à son amie disparue. Elle a exécuté son saut à la perfection. «C'était sa victoire autant que la mienne.»

Kaya Turski a livré une contre-performance crève-coeur aux... (Photo Jonathan Hayward, archives La Presse canadienne) - image 2.0

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Kaya Turski a livré une contre-performance crève-coeur aux jeux olympiques de Sotchi.

Photo Jonathan Hayward, archives La Presse canadienne

Déception olympique

Un seul morceau de puzzle manque à la collection de médailles de Kaya Turski: un titre olympique. «Je n'ai pas de regrets, mais j'aurais aimé revivre l'expérience olympique en Corée du Sud. Aux JO de 2014, j'ai l'impression d'être passée à côté.»

En raison d'un virus foudroyant et d'un retour hâtif après une opération au genou, elle a livré une contre-performance crève-coeur à Sotchi, où elle n'a pas franchi le stade des qualifications. Elle en a été fortement ébranlée. Pendant 18 mois, elle n'a pas touché à ses skis. Elle a passé quelques semaines à Montréal et elle a disparu à Los Angeles. La reine du slopestyle, adulée par tous, avait échoué et trahi ses fidèles, pensait-elle. «Ç'a été une dure épreuve. Cet échec, je l'ai vécu, a été une confrontation avec moi-même. Mais j'ai appris à me connaître.»

Le succès sportif passe avant tout par une bonne préparation mentale, insiste-t-elle. «J'ai beaucoup travaillé sur moi, j'ai appris à changer ma perception des choses. Parfois, on ne peut modifier ce qui nous entoure, ce qui nous arrive, mais on a le contrôle sur la façon dont on perçoit les choses.»

Sa carrière, malgré les apparences, a été ardue, marquée de sérieuses blessures: déchirures répétées du ligament croisé antérieur, luxations des épaules, rupture du pancréas. «La moitié de ma carrière, je l'ai passée en réadaptation, en convalescence. J'aurais pu m'écraser, me retirer. Résiliente, je suis toujours revenue forte. J'espère que les gens retiendront ça.»

Elle embrasse déjà sa nouvelle vie, a des projets plein la tête. Elle étudie à l'Université de Colombie-Britannique en psychologie. Elle souhaite se spécialiser dans le domaine de la performance. «J'aimerais travailler avec les jeunes, les athlètes, les aider à bâtir la confiance afin de mieux performer.»

La jeune retraitée doit apprendre à ralentir le rythme. «Je suis en transition. Comme athlète, c'est toujours go, go, go! La vie est orientée sur l'intensité, les objectifs à court terme. On vit d'une compétition à l'autre, centrés sur nous-mêmes.» Le temps est arrivé de redonner, dit-elle. Et d'aspirer à une vie sans céphalées.




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