Patrimoine modeste: stratégiques maisons de vétérans

Les maisons de vétérans sont implantées en alignements plus... (PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE)

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Les maisons de vétérans sont implantées en alignements plus ou moins réguliers, souvent avec de bonnes surfaces de gazon dans la cour avant.

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Les habitations anciennes modestes, on l'oublie souvent, constituent elles aussi un patrimoine précieux, un album photo de notre histoire collective. On s'éveille maintenant à leur valeur, on commence à les protéger. Cette semaine, dernier volet: les maisons de vétérans.

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Olivier Boulianne et Karine Guay dans le salon de leur maison de la rue Haig.

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Après avoir vécu en condo pendant quelques années, Karine Guay et Olivier Boulianne ont voulu une maison unifamiliale. Avoir une cour était très important pour la première, qui jardine et qui composte.

«Un jour, nous avons remarqué une maison de vétéran près du boulevard Pie-IX, se souvient M. Boulianne. Nous avons décidé d'examiner ce créneau immobilier.»

En mai 2010, le couple découvre une propriété qui répond à ses critères, dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve: abordable, avec une grande cour et à 10 minutes de marche de la station de métro Langelier, ce qui permet de n'avoir qu'une seule voiture.

Un ensemble pour vétérans

Leur résidence, qui date de 1949, appartient à un ensemble construit par la Société canadienne d'hypothèques et de logement pour loger les soldats de retour de la guerre. C'est la maison de vétérans classique, solide, sobre et bien conçue: un carré de 25 pieds sur 25, un étage mansardé, un toit à deux versants et, unique fantaisie, un porche ouvert, devant l'entrée principale.

Le terrain, comme souvent à l'époque, est appréciable: 3609 pi². Les fondations créent un vide sanitaire de 5 pieds, bien aéré par deux fenêtres. Un petit bloc en saillie, non isolé, côté cour, sert de salle de lavage, ajout typique de ces maisons d'après-guerre, conçues peu avant la démocratisation des laveuses et sécheuses. Malgré la cave de terre battue, le plancher des pièces du rez-de-chaussée n'est pas froid, même en hiver. La chaudière électrique et deux ou trois conduits à air pulsé le chauffent par en dessous. En été, un déshumidificateur est nécessaire.

La salle à dîner, avec bois de grange... (PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE) - image 2.0

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La salle à dîner, avec bois de grange et banquette intégrée.

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La chambre principale, sous les combles.... (PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE) - image 2.1

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La chambre principale, sous les combles.

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Le goût de l'histoire

Le secteur qu'habite le couple Guay-Boulianne n'est pas protégé sur le plan patrimonial, contrairement à d'autres du même arrondissement.

Toutefois, les deux jeunes propriétaires veillent à ne pas dénaturer cette habitation, et ils se plaisent, au contraire, à faire ressortir son caractère historique.

Par exemple, ils ont remis à nu la brique de la cheminée, souvenir de l'ancien chauffage au charbon. «Certains voisins enlèvent la cheminée pour récupérer de l'espace, dit Olivier Boulianne. Mais nous préférons la conserver. Elle fait partie de l'âme de la maison.»

Bientôt un agrandissement

Tout en conservant le corps de maison d'origine, avec son ambiance des années 40, les propriétaires ajouteront bientôt, à l'arrière, un agrandissement d'environ 25 pieds sur 15, en aire ouverte.

«On le finira avec des matériaux de caractère, dit Karine Guay, comme le béton et le cèdre, qui s'harmonisent bien avec le style "vétérans".» Cet ajout, sans étage, reposera sur une cave de béton, qui accueillera un établi avec ses outils.

«L'agrandissement nous donnera plus de place pour recevoir les parents d'Olivier, qui viennent du Lac-Saint-Jean», se réjouit la propriétaire.

Aménagements sur mesure

Olivier Boulianne s'est découvert un certain talent de bricoleur en procédant à des aménagements créatifs. Un des murs de la salle à manger a été recouvert d'un chaleureux bois de grange, et doté d'une banquette flanquée de deux meubles d'appoint. Une finition semblable recouvre un des murs de l'étage: des lattes de cèdre, d'érable et de pruche, longtemps entreposées, qui ont acquis de riches nuances, par oxydation.

Les caissons de la cuisine ont été conservés et les portes d'armoire, refaites en teck. Le propriétaire y a ajouté deux modules Ikea blancs, l'un au sol et l'autre au mur, pour créer un garde-manger. L'ancien et le nouveau sont unifiés par un épais comptoir de teck.

M. Boulianne a rénové la salle d'eau de l'étage, ce qui lui a donné l'occasion de parfaire l'isolation du toit, avec de la laine de roche.

Quant à Mme Guay, dès la première année, elle a tracé un carré de jardin, avec tomates, laitues, aubergines... «C'est ma façon de relaxer, en rentrant de travailler, rapporte-t-elle. L'été, nous sommes presque autonomes en légumes.»

Le jardin donne sur une large ruelle, ou presque personne ne passe. Comme les voisins de derrière bénéficient eux aussi d'une vaste cour, il en résulte un grand sentiment d'espace, une vue qui porte loin.

«Nous sommes comme en banlieue, mais avec toutes les commodités de la ville, fait valoir Karine Guay. Un plus: nos amis n'ont pas besoin d'auto pour venir nous voir.»

De maison de guerre à bungalow de banlieue

On distingue trois phases de construction de maisons de type vétérans, explique Diane Archambault-Malouin, historienne de l'architecture et commissaire d'une exposition sur les maisons de type vétérans, il y a quelques années, au Musée des maîtres et artisans du Québec, à Saint-Laurent.

Phase 1: loger les ouvriers (1941-1945)

Les premières maisons de guerre sont érigées en 1941, par la Wartime Housing Limited, une société de la Couronne créée pour héberger les employés d'usines militaires. « Il fallait amener les travailleurs près des lieux de production », explique Bernard Vallée, de Montréal explorations.

La Wartime devait produire, au moindre coût, des habitations de standard avancé, autrement dit raccordées aux réseaux d'électricité, d'eau potable et d'égout. « Des facilités loin d'être acquises pour toutes les maisons de l'époque », souligne Diane Archambault-Malouin.

Démontables facilement, les bâtiments reposaient sur des pilotis de cèdre. La Wartime Housing demeurait propriétaire et louait les maisons aux ouvriers.

Des ensembles comme ceux d'Arvida, pour les travailleurs de l'Alcan, ou du « village Norvick » de Saint-Laurent, pour les travailleurs de l'aéronautique, sont nés de cette première vague.

Aujourd'hui, on observe, dans ces lotissements, que les rez-de-chaussée des demeures sont à différentes hauteurs. « Les occupants, une fois devenus propriétaires, ont fait couler des fondations, mais sans souci d'uniformité », explique Mme Archambault-Malouin.

Phase 2: loger les vétérans (1945-1950)

La guerre terminée, la crise du logement se fait plus aiguë que jamais. Le gouvernement fédéral se voit poussé par l'opinion publique à produire des maisons pour les anciens combattants. La Wartime les construit, durablement cette fois, sur des fondations de béton. Les quartiers aménagés dans cette phase présentent des hauteurs uniformes de maisons.

En 1946, la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) prend la relève de la Wartime Housing, et à la fin de 1947, elle met sur le marché les maisons d'ouvriers et de vétérans. Les résidences sont presque toutes achetées par ceux qui les habitent déjà, qui réalisent ainsi un rêve autrefois inaccessible, celui d'être propriétaires.

Phase 3: les promoteurs privés

Dès 1946, et jusqu'aux années 60, la SCHL offre gratuitement les plans des maisons Wartime à des entrepreneurs privés, afin qu'ils livrent des maisons abordables. En 1954, d'autres mesures facilitent l'accès à la propriété, comme une modification de la Loi sur les banques et la création d'un programme d'assurance prêt hypothécaire.

Avec le temps, les constructeurs se permettent des matériaux plus raffinés, une forme plus allongée, des pentes de toit moins accentuées et, tant qu'à y être, un sous-sol fini. Le bungalow de banlieue est né.

Des maisons très transformées

Les maisons de type vétérans ont été largement transformées depuis leur arrivée.

De plus, « restaurer l'apparence d'origine de ces bâtiments ne leur ajoute pas de valeur », fait observer Réjean Charbonneau, directeur archiviste de la Société d'histoire Hochelaga-Maisonneuve. Une bonne façon d'honorer leur mémoire, estime-t-il, serait que la Ville en achète un ou deux et les conserve intacts.

De son côté, l'architecte Claude-May Ambroise, de l'arrondissement de Mercier - Hochelaga-Maisonneuve, rappelle que la réglementation protège les maisons de vétérans dans certains secteurs seulement. « On accepte un agrandissement par l'arrière, qui conserve le premier corps de la maison et respecte l'alignement, explique-t-elle. Ajouter un étage, en revanche, est l'exemple de ce qu'il ne faut pas faire! »

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