Architecte: un métier qui prend son temps

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Les médias ont contribué à rendre l'architecture plus accessible.

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Qu'est-ce que les architectes d'aujourd'hui apprennent aux architectes de demain? La société a-t-elle une influence sur ce qui se passe dans les facultés? À moins que tout ne parte de l'université... Réflexion sur un métier qui rentre de plus en plus dans nos vies.

Qu'est-ce que les architectes apprennent durant les cinq années de leur formation? Réponse: énormément de choses, mais cette matière ne représente, somme toute, qu'une infime partie de leur métier...

L'école d'architecture a pris un parti et elle s'y tient: celui de montrer aux étudiants à penser, à développer leur sens critique, afin d'être prêts à prendre les bonnes décisions quand ils se retrouveront sur le marché du travail. Le reste - la gestion, le chantier, la technique -, c'est en pratiquant la profession qu'ils l'apprendront, auprès des firmes qui les auront pris sous leur aile.

«À l'université, on apprend à penser. Et quand on commence à travailler, on apprend vraiment la profession», affirme Jeanne Cayer-Desrosiers, 28 ans, diplômée en architecture de l'Université McGill.

«C'est sûr à 100 % qu'un architecte n'est pas architecte en sortant de l'école. Dans le fond, il faut vraiment regarder son éducation en incluant les trois ans de stage en entreprise qui suivent la maîtrise», poursuit celle qui a justement obtenu son sceau cette année, après avoir obtenu son diplôme en 2012.

Il est vrai que l'école forme des généralistes, affirment unanimement les professeurs que nous avons interrogés. «Je pense qu'il y a un enseignement de base un peu incontournable en architecture. Le b.a.-ba est quand même assez large et prépare à travailler dans différents projets», soutient Anne Cormier, professeure à la maîtrise à l'Université de Montréal, qui a passé huit ans à la tête de l'École d'architecture de la faculté de l'aménagement.

Un apprentissage de plusieurs années

Même son de cloche du côté de la Vieille Capitale. «Ce qu'on enseigne, c'est quand même un programme de base», explique Jacques Plante, professeur agrégé à l'École d'architecture de l'Université Laval, à Québec. «Le métier d'architecte, ça prend des années avant d'être à l'aise. On part avec un baccalauréat et une maîtrise et on essaie de se débrouiller avec ça selon nos intérêts. Par exemple, moi, je fais beaucoup de salles de spectacle», poursuit celui qui travaille justement sur le théâtre Diamant de Robert Lepage, à Québec, ainsi que sur le nouveau siège social du cirque Les 7 doigts de la main, à Montréal.

Signe de cette tendance, les spécialités qui étaient auparavant enseignées à la maîtrise (patrimoine, design urbain, gestion...) tendent à disparaître au profit d'une formation plus générale. «Avec la nouvelle maîtrise, on est revenus à une façon plus globale de concevoir la formation supérieure en architecture», précise Anne Cormier, également cofondatrice de l'Atelier Big City.

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Résidence Le Bic

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Un milieu foisonnant

Si l'école évolue en même temps que la société - en mettant de plus en plus l'accent sur l'architecture verte, par exemple -, elle constitue aussi un milieu de vie dynamique où naissent de nombreuses idées.

On gagnerait d'ailleurs à prêter une oreille plus attentive à ce qui se passe dans les écoles, suggère Alain Carle, architecte en pratique privée, qui donne également des ateliers à la maîtrise à l'Université de Montréal. «Les idées les plus fraîches sont là. C'est vraiment un lieu d'exploration, un laboratoire», fait-il valoir.

«Après, tout le monde part avec ce bagage-là et fait son bout de chemin dans la vie», enchaîne Alain Carle, précisant qu'il peut s'écouler de longues années avant qu'un jeune diplômé puisse vraiment exprimer sa vision. «Il ne faut pas se le cacher, quand un étudiant sort de l'école, il se retrouve un peu "back seater" dans un bureau. Avant qu'il touche à la conception et présente ses idées devant un client, c'est long.»

Quant aux jeunes, ils mettent le pied à l'école avec leurs propres façons de vivre, de voir la vie, et cela inspire le corps professoral, souligne Anne Cormier.

«On est motivés non seulement par ce que la société attend de nous, mais aussi par les attentes des étudiants. Par exemple, ils sont beaucoup plus sensibles au développement durable aujourd'hui qu'ils pouvaient l'être il y a 20 ou 30 ans», pense Anne Cormier, professeure à l'Université de Montréal.

L'université représente aussi un lieu d'avancement grâce aux recherches des professeurs, note de son côté Jacques Plante. «L'école est censée être en avant de la société. Elle suscite, initie des choses», dit-il. C'est ainsi que, pendant ses années d'études, au milieu des années 70, M. Plante a notamment assisté aux balbutiements de l'informatique et de l'énergie solaire. «S'il n'y avait pas eu des profs qui avaient commencé à potasser des capteurs solaires et à jouer avec des ordinateurs dans des garde-robes noires, on n'en serait pas là aujourd'hui», croit celui qui est devenu professeur à son tour.

Selon Anne Cormier, la recherche et l'enseignement devraient vivre davantage en communion. «J'ai l'impression qu'on en parle de façon séparée: la tâche enseignement, la tâche recherche. Mais la recherche nourrit aussi beaucoup l'enseignement... En ce sens, les écoles se retrouvent dans un milieu qui peut être très foisonnant.»

Il faut toutefois laisser le temps au changement de faire son oeuvre. «Les universités sont quand même des institutions lourdes. Donc, il faut voir ça comme un plat qui mijote longtemps au four et auquel on ajoute des ingrédients au fur et à mesure», illustre Anne Cormier.

Pour apprendre le métier de l'art de vivre, il faut donc savoir prendre son temps.

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