La petite histoire des jumelles

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Après avoir connu plusieurs occupants, la maison, qui date de 1845, abrite maintenant un couple avec quatre jeunes enfants.

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C'est l'histoire d'une jolie maison en pierre des champs. Solide et classique, elle était toutefois trop petite pour accueillir la famille qui venait d'en faire l'acquisition. Appelé en renfort, l'architecte Pierre Thibault a créé une réplique exacte de la maison d'origine, mais en version contemporaine. Les propriétaires ont accepté de nous ouvrir les portes de leurs maisons jumelles.

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L’esquisse du projet

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Afin de ne jamais perdre de vue le... (PHOTO FOURNIE PAR L’ATELIER PIERRE THIBAULT) - image 1.1

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Afin de ne jamais perdre de vue le concept, les architectes ont conçu des petites maquettes qui les ont accompagnées tout le long du processus.

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Au début de cette histoire, il y avait une petite maison en pierre des champs nichée quelque part en Estrie. Avant même d'avoir une jumelle, la maison avait déjà une fratrie : elle faisait partie d'un ensemble de trois habitations semblables, construites dans la même région pour trois soeurs de la même famille.

Après avoir connu plusieurs occupants, la maison, qui date de 1845, abrite maintenant un couple avec quatre jeunes enfants. Les propriétaires savaient qu'ils seraient à l'étroit dans la maison existante, surtout que leur famille élargie est tout aussi nombreuse. Ils souhaitaient donc y greffer un ajout, mais dans le plus grand respect de la résidence d'époque.

Pierre Thibault a examiné plusieurs solutions pour ajouter une touche moderne, sans toutefois dénaturer le cachet de l'ancienne demeure. Après quelques croquis, la solution s'est presque imposée d'elle-même : l'architecte a dessiné une réplique juste à côté de la maison existante, créant un effet miroir. « Je fais toujours beaucoup de croquis, et un moment donné, je me suis amusé et j'ai doublé la maison », explique-t-il. C'est ainsi que la jumelle est née, un peu au hasard du coup de crayon.

« Dès qu'on a fait ce dessin-là, même si c'était juste un petit croquis, on s'est rendu compte que c'était vraiment fort. Il y a comme un dialogue entre l'ancien et le nouveau. » - L'architecte Pierre Thibault

L'intervention est discrète et, à partir du chemin, on la discerne à peine. Le projet respecte donc la volonté des clients et laisse la vedette à la maison d'origine, tout en permettant à la partie moderne de s'exprimer harmonieusement.

Les propriétaires ont pleinement adhéré à l'idée des Jumelles, même s'ils ont été confrontés à plusieurs contraintes d'espace. Pour que le concept fonctionne, il était important que la nouvelle partie ait exactement les mêmes dimensions que l'ancienne. S'ils souhaitaient agrandir une pièce, ils devaient automatiquement réduire la taille d'une autre.

Mais les propriétaires ont joué le jeu jusqu'au bout et ont refusé de tricher, ne serait-ce que d'un pied. « Quand un client a adhéré à une idée, il peut comprendre que ce n'est pas intéressant sur tous les aspects, mais que pour respecter le concept, on peut sacrifier quelques petites commodités », souligne l'architecte.

Tous ces efforts semblent avoir été récompensés, puisque les Jumelles sont en nomination aux prix d'excellence de l'Ordre des architectes du Québec cette année ! Les projets gagnants seront connus le 21 novembre prochain.

DE LA PIERRE DES CHAMPS AU CÈDRE BLANC

Les derniers propriétaires ne s'étaient pas beaucoup occupés de la maison, qui était dans un piètre état. Les architectes ont donc dû tout enlever et recommencer, mais en gardant l'esprit de la maison telle qu'elle avait dû être construite. Avec les propriétaires, ils ont reconstitué au mieux de leurs connaissances les poutres, les boiseries et les fenêtres. Le plus difficile dans cette démarche étant de faire la différence entre les éléments d'origine et ceux ajoutés au fil des époques.

La nouvelle partie, avec ses bardeaux de cèdre peints en blanc, se glisse tout doucement dans le paysage. La maison est belle chaque saison : autant dans la lumière jaune de l'automne que sous la neige, en plein hiver. « Le blanc, je trouve que ça convient bien au paysage québécois », note Pierre Thibault.

Le projet a d'ailleurs ramené l'architecte à la maison familiale de son enfance, en bardeaux blancs elle aussi, dont il a hérité. Quand il était enfant, il avait cloué des bardeaux lui-même, se souvient-il. « J'ai toujours aimé les maisons en bardeaux blancs, et je trouve aussi que dans un contexte campagnard, c'est lumineux. »

Sauvez la maquette !

Afin de ne jamais perdre de vue le concept, les architectes ont conçu des petites maquettes qui les ont accompagnées tout le long du processus. Malgré la technologie, les maquettes restent la meilleure façon de visualiser un projet en trois dimensions, en complément aux plans et aux coupes. Leurs lignes simples sont aussi un rappel constant du concept de départ, qui peut facilement nous filer entre les doigts au fur et à mesure que les contraintes s'ajoutent. « On garde nos maquettes pour ne pas perdre l'idée, la limpidité d'un projet, résume Pierre Thibault. C'est tellement facile de briser un projet pour faire passer une hotte, par exemple. »

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À l'étage, une passerelle qui fait le lien.

Photo Alain Roberge, La Presse

ANCIEN, NOUVEAU ET ESPACE-TEMPS

Jumelle ancienne, jumelle contemporaine : chaque maison a des usages bien précis. Entre les deux, un espace transitoire où l'on se sent comme dans une machine à voyager dans le temps.

LA JUMELLE ANCIENNE

LE SALON

Située au rez-de-chaussée de l'ancienne partie, cette pièce rassemblait à l'origine tous les espaces de vie de la maison : cuisine, salon, salle à manger. Les architectes ont enlevé toutes les divisions pour en faire un grand espace ouvert. Le plancher de bois est d'origine.

D'ailleurs, puisqu'il s'agit de leur résidence secondaire, les propriétaires ont gardé plusieurs meubles qui se trouvaient dans la maison au moment de l'achat.

LES CHAMBRES DES ENFANTS

À l'origine, il y avait trois chambres en haut. Les divisions ont été repensées pour accueillir quatre petites chambres d'enfants et une salle de bains.

Les portes des chambres et des garde-robes sont d'origine. Trouver la bonne quincaillerie s'est avéré un petit défi, car les portes d'époque sont plus minces que celles d'aujourd'hui. Les espaces creusés autour des fenêtres sont d'origine, mais les tablettes en dessous sont l'idée de la propriétaire.

LA JUMELLE CONTEMPORAINE

LA CUISINE ET LA SALLE À MANGER

Au-dessus de la salle à manger, la double hauteur de plafond a été conservée. « C'est le seul endroit à l'intérieur où l'on comprend les toits à deux versants », indique l'architecte. La petite fenêtre en haut donne sur la chambre des adultes, à l'étage.

LA CHAMBRE DES PARENTS

Comme les chambres des enfants, celle des parents est située à l'étage, mais du côté de la nouvelle partie. L'espace des adultes compte aussi une salle de bains et un walk-in. La lucarne tapissée de bois en fait un cocon idéal pour lire ou simplement contempler le paysage.

LE SOUS-SOL 

Dans la nouvelle partie, le sous-sol prend des allures de salle de jeux. On y trouve deux chambres supplémentaires : une pour un couple d'adultes et une autre qui a presque des allures de dortoir avec ses deux lits à deux étages. Pour les soirs de fête où les petits invités sont nombreux, on peut même ajouter un lit pliant !

L'ENTRE-DEUX

AU REZ-DE-CHAUSSÉE : L'ENTRÉE

La distance entre les deux maisons a été savamment étudiée. Ni trop grande ni trop petite, elle devait avant tout laisser place à l'escalier. C'est là aussi qu'on entre, à l'avant, tandis qu'à l'arrière se déploie une pièce moustiquaire. Entre les deux maisons, l'espace-temps semble osciller entre ancien et nouveau.

À L'ÉTAGE : UNE PASSERELLE QUI FAIT LE LIEN

À l'étage, une passerelle sert de passage entre la chambre des adultes et celle des enfants. Comme au rez-de-chaussée, on s'y promène entre deux époques : la chambre des enfants est située dans la maison du XIXe siècle, alors que celle des adultes a été créée au XXIe siècle...

À l'extérieur, ce volume sert à faire un lien visuel entre les deux maisons. Les architectes ont volontairement choisi de ne pas mettre de fenêtres, pour accentuer l'effet « comble » dans le passage. « La seule percée vraiment importante, c'est celle au bout de l'axe », affirme Pierre Thibault.

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