Les maisons du Bas-Canada: entre quatre murs de pruche

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La maison du loyaliste et forgeron Simon Lyster, sur la rive de la baie Missisquoi du lac Champlain.

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(PHILIPSBURG) Le temps où le Québec se nommait Bas-Canada commence par des vagues de réfugiés loyalistes, et se termine sur le soulèvement des patriotes. Dans ce premier reportage d'une série de cinq sur les maisons de l'époque, voici celle de Simon Lyster, l'un des premiers colons loyalistes à s'installer aux abords du lac Champlain.

Au rez-de-chaussée: de l'espace en masse pour prendre... (Photo Charles Laberge, collaboration spéciale) - image 1.0

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Au rez-de-chaussée: de l'espace en masse pour prendre ses aises, au coin du feu.

Photo Charles Laberge, collaboration spéciale

Le temps où le Québec se nommait Bas-Canada... (PHOTO CHARLES LABERGE, COLLABORATION SPÉCIALE) - image 1.1

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PHOTO CHARLES LABERGE, COLLABORATION SPÉCIALE

À l'heure où les tendances se déclinent en mini-espaces, matériaux bruts et énergie solaire, les rustiques maisons de colons se retrouvent plutôt dans le coup. Comme celle du pionnier loyaliste Simon Lyster, arrivé à la baie Missisquoi (Philipsburg) en 1784.

C'est la traditionnelle habitation de colon en pièce sur pièce: petite - 20 pi sur 20 pi -, un plafond bas pour conserver la chaleur, des coins en queue d'aronde. Sa façade est orientée plein sud, en oblique par rapport à la rue qui borde le lac Champlain.

Depuis 1990, l'écrivain québécois Yves Préfontaine - un des poètes des Éditions de l'Hexagone - et sa compagne Louise-Esther Fortin en ont fait leur résidence secondaire.

«C'est toujours impressionnant, dans notre contexte - on n'est pas en Europe -, d'occuper un carré de maison et un solage qui remontent à une date semblable», commente M. Préfontaine. 

Le couple n'en est pourtant pas à sa première maison ancestrale, car M. Préfontaine avait déjà reconstruit lui-même, morceau par morceau, une maison en pièce sur pièce au lac Ouareau, à Saint-Donat.

«Cette résidence des Laurentides était épuisante à entretenir, se souvient Louise-Esther Fortin. Nous l'avons vendue et avons cherché une autre maison de campagne. Yves voulait naviguer sur son voilier, et moi, je rêvais de la plus petite habitation de la terre...»

Assise sur le marbre 

Fait étonnant, les murs des fondations, très épais, sont en blocs de marbre. La carrière de marbre Missisquoi, à Philipsburg, a longtemps été considérée comme l'une des trois plus importantes de l'est de l'Amérique du Nord. «Sauf que l'arrivant n'avait pas de dix-roues pour charroyer les pierres, fait observer Michel Martel, président fondateur de Piecesurpiece.com. Il les a prises sur place, en dérochant son terrain. Elles provenaient de la même couche géologique que la carrière.»

Le rez-de-chaussée contient les espaces cuisine, salle à manger, vivoir et bureau. À la mezzanine: une chambre à coucher et une salle de bains. «À l'origine, pas de mezzanine, mais un plancher complet séparant le rez-de-chaussée du grenier, indique Michel Martel. Le même madrier servait à la fois de plafond en bas et de plancher en haut. L'hiver, on vivait au rez-de-chaussée seulement. Dans le grenier, on entreposait le foin, l'avoine, le métier à tisser...»

«Les principes de construction des habitations pionnières de Nouvelle-Angleterre ou de Nouvelle-France sont les mêmes. C'étaient des maisons de survie.»

Michel Martel
de Piecesurpiece.com
Le temps où le Québec se... (Photo Charles Laberge, collaboration spéciale) - image 3.0

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Photo Charles Laberge, collaboration spéciale

Le temps où le Québec se... (Photo Charles Laberge, collaboration spéciale) - image 3.1

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Photo Charles Laberge, collaboration spéciale

«On distingue toutefois de petites différences entre les charpentes d'influences anglaise et française, poursuit M. Martel: les chevrons [la forme de V soutenant le toit] à la française reposent sur les murs par leurs extrémités, alors que les chevrons à l'anglaise dépassent légèrement des murs.»

Vents violents 

Poussé par la curiosité, M. Préfontaine, les premières années, interrogeait les vieux du village et se faisait montrer des photos. La maison a déjà été exceptionnellement longue, présentant sur un même alignement le carré d'origine, la cuisine d'été, la forge et l'étable pour les chevaux. «Pour s'exposer ainsi, dit M. Préfontaine, les arrivants ne connaissaient pas les vents violents, du nord-ouest et de l'ouest, qui déferlent sur la baie Missisquoi. On dit qu'ils ont construit assez rapidement une autre maison, au coeur du village, celle-là.»

Louise-Esther Fortin apprécie particulièrement la proximité de l'immense plan d'eau. «Lorsque le lac «moutonne», on a l'impression d'être sur le bord de la mer, explique-t-elle. C'est la fin des Cantons-de-l'Est, un pays de ciel et de lumière, avec d'incomparables couchers de soleil.»

Maison de poupée

Mais cette «maison de poupée», comme la nomme son propriétaire, n'est-elle pas un peu petite, même comme résidence secondaire? «Pas quand on passe son temps sur l'eau ou sur des skis», assure Yves Préfontaine.

Et qu'est-ce que ça fait de succéder, en ces murs, à des générations de loyalistes? «Je me dis que c'est la reconquête des Cantons-de-l'Est», répond l'écrivain avec humour.

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