Vassilis Dimitriou, 80 ans et toujours à l'affiche

Vassilis Dimitriou à l'oeuvre.... (Photo: AFP)

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Vassilis Dimitriou à l'oeuvre.

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Sophie Makris
Agence France-Presse
Athènes

Depuis plus de soixante ans, Vassilis Dimitriou passe ses journées en tête à tête avec des stars. Le vieil homme connaît chaque trait, chaque ombre de leur visage tant il les a peints sur ces affiches de cinéma qu'il est l'un derniers, en Europe, à réaliser à la main.

Sa montée des marches à lui, l'octogénaire au bonnet ou béret vissé sur la tête, a lieu tous les mercredis soirs sur une artère bruyante d'Athènes: avec précaution il grimpe sur l'escabeau maintenu par son gendre et supervise l'installation de son ouvrage au-dessus de l'entrée du cinéma Athinaion, non loin du centre-ville.

Cet établissement familial est le dernier de la capitale grecque à être resté fidèle à la technique de l'affiche peinte, emportée par l'impression digitale.

Pour eux, Vassilis continue de s'enfermer plusieurs heures par jour dans son atelier de la banlieue d'Athènes, domptant la maladie de Parkinson qui raidit sa main gauche, pour livrer la toile attendue.

Le rituel a évolué depuis cet âge d'or où il était l'un des peintres d'affiches les plus demandés de la capitale et répondait chaque semaine aux commandes d'une dizaine de cinémas.

Fini l'atelier en centre-ville, ses deux assistants et sa femme virevoltant pour lui préparer ses fonds de couleur, intervenir sur la calligraphie tandis que Vassilis restait le maître des visages. Il sait «à force d'expérience où poser les ombres et les lumières, quelle ride reproduire ou pas», explique-t-il.

Peindre ceux qu'on aime

Aujourd'hui il s'est replié dans un petit studio au fond de son jardin. Façades extérieures blanchies à la chaux, murs intérieurs aux dimensions de l'affiche qu'il doit composer et qui se déploie sur plusieurs mètres de long. Lui qui bouclait une commande en une journée, prévoit aujourd'hui trois jours de travail.

À venir sur les écrans de l'Athinaion: Anarchy, grosse production américaine avec Ethan Hawke et Milla Jovovich. Vassilis Dimitriou recule de quelques pas pour apprécier l'effet d'une touche de couleur crème sur le visage de la jeune femme.

De Sinatra à Di Caprio, ses pinceaux ont immortalisé des générations d'acteurs, «mais ceux que j'aime, je pourrais les peindre les yeux fermés», assure-t-il, avec un regard complice en direction de Penélope Cruz, représentée sur une des petites affiches de cinéma, photographiques celles-là, accrochées aux murs.

Chez les hommes, son préféré est Clint Eastwood qu'il a peint «au moins cinquante fois».

Les vedettes ont défilé, les modes aussi: «au début des années 60, j'avais préparé une affiche pour un film un peu «osé» de l'époque, en représentant l'actrice principale en bikini. Le patron m'a appelé car il y avait un groupe de harpies en colère devant son cinéma et j'ai dû rappliquer avec mes pinceaux pour couvrir un peu la demoiselle».

Mais quelques années plus tard, «j'ai dû intervenir in situ pour «dévêtir» Sophia Loren dont j'avais trop couvert la poitrine. Quand je suis descendu de l'échelle, il y avait un attroupement de messieurs qui applaudissaient».

C'était l'époque où, le jour du changement des programmes de cinéma, ce perfectionniste faisait «le tour de la ville pour comparer (son) travail à celui des autres».

Faire mieux

Vassilis Dimitriou, né en 1935, a grandi à Kypseli, un quartier populaire d'Athènes. «J'étais un enfant très pauvre pendant la guerre avec les Allemands. On avait faim. Ma mère disait sans arrêt «nos enfants vont mourir»».

Avec ses amis, il avait l'habitude de grimper aux arbres près d'un cinéma en plein air pour voir les derniers films. Un soir, délogé par les employés, Vassilis Dimitriou est tombé dans l'enceinte du cinéma.

«Finalement ce fut ma chance, le projectionniste m'a proposé de donner un coup de main en échange du droit de regarder les films. Puis le directeur a remarqué mes dessins et m'a suggéré de me former auprès d'un peintre d'affiches».

Il se souvient encore avec émotion d'un de ses maîtres: «en voyant la calligraphie de ses affiches, tu rentrais dans le film, tu savais tout de suite si c'était une comédie musicale, un policier...»

Vassilis voudrait continuer à peindre «encore longtemps» car il a «toujours l'impression de pouvoir faire mieux».

Mais cet amateur de films policiers, français notamment, ne va plus au cinéma. Il est trop nostalgique de l'époque «où on s'habillait bien pour y aller et où on se retrouvait à l'entracte pour boire un verre au foyer».

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