Le FFM envers et contre tous

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La vingtaine d'irréductibles en ligne aux guichets de l'Impérial, hier, n'avait pas l'air de savoir sur quel pied danser à la veille du 40e Festival des films du monde de Montréal.

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Hugo Meunier
Hugo Meunier
La Presse

L'incertitude s'accentue autour de l'événement de Serge Losique, qui débute aujourd'hui.

Serge Losique a beau affirmer que la démission en bloc de plusieurs de ses employés et la dissociation de partenaires n'empêcheront pas la tenue du 40e Festival des films du monde de Montréal, l'incertitude et la confusion demeuraient palpables sur le terrain, a constaté La Presse à la veille de l'ouverture de l'événement controversé.

Au cinéma Impérial, hier autour de midi, une image valait 1000 mots.

Celle de cette jeune guichetière, l'air désemparé, tenant d'une main un téléphone vissé à son oreille et pianotant de l'autre main sur son ordinateur, pour tenter de trouver comment faire payer les billets à la poignée de festivaliers venus faire la file au cinéma de la rue De Bleury.

Moins de 24 heures plus tôt, plusieurs employés du FFM avaient décidé de claquer la porte en raison de l'incertitude financière du festival et de son organisation chaotique. Depuis 2014, les trois ordres de gouvernement ont d'ailleurs cessé de financer le festival.

Lors d'un entretien téléphonique accordé mardi soir à La Presse, le président-directeur général du FFM, Serge Losique, niait en bloc l'apparent naufrage, assurant que son festival aura lieu comme prévu, dans les endroits prévus et avec les employés requis.

«Ce sont trois ou quatre employés qui sont partis. Et qui ont voulu faire un coup médiatique. Mais tout est prêt. Et nous présenterons du beau cinéma.»

Du beau cinéma, sans doute, mais dans un climat de désorganisation totale. La vingtaine d'irréductibles en ligne aux guichets de l'Impérial, hier, n'avait pas l'air de savoir sur quel pied danser. «Les problèmes liés au festival sont chroniques et récurrents depuis longtemps, mais là je pense qu'on a atteint la limite», a commenté Michel, qui trouve regrettables les déboires liés au festival. «Le concept est bon et les films sont de qualité. Il [Serge Losique] paye le prix de sa propre turpitude», a écorché le cinéphile, venu se procurer des billets pour le film Embrasse-moi comme tu m'aimes d'André Forcier, qui ouvre ce soir le festival.

Même le gérant de l'Impérial, Lotfi Benamara, avait l'air dépassé par les événements et semblait agité à l'ouverture des portes. «C'est sûr qu'il y aura un festival, mais là, je suis vraiment occupé», a-t-il dit sèchement, avant de tourner les talons.

Cineplex Forum se dissocie

Il y aura un festival, certes, mais les films seront projetés uniquement sur l'écran géant de l'Impérial.

Le complexe Cineplex Forum, qui devait aussi être l'un des lieux de projection, a en effet annoncé hier après-midi qu'il se dissociait de l'événement. «Bien que nous ayons travaillé d'arrache-pied pour soutenir et coordonner l'édition 2016 du festival depuis un certain temps déjà, en raison de préoccupations relatives aux finances, au calendrier et aux activités du festival en soi, nous avons dû prendre la décision difficile de ne pas nous y associer cette année», a déclaré dans un communiqué Daniel Séguin, vice-président des opérations pour l'est du Canada et directeur général de Cineplex Québec.

À notre passage au Cineplex Forum hier en début d'après-midi, cette nouvelle tuile semblait aussi prévisible qu'une scène de Guillaume Lemay-Thivierge torse nu dans un film. 

«On n'est au courant de rien et on n'a aucune salle réservée encore», a indiqué un employé en train de déchirer des billets pour la représentation 3D de Ghostbusters. Le divorce du cinéma avec le FFM était annoncé une heure plus tard.

Cette incertitude expliquait la zone grise entourant la vente des billets du festival, puisque les billets et forfaits de 85 $ pour 10 films prévoyaient des représentations à l'Impérial ET au Cineplex Forum. «C'est normal, c'est toujours à la dernière minute», soulignait en respirant par le nez cet habitué du festival - le premier à mettre la main sur des billets - au sujet du brouhaha ambiant. «Au-delà des controverses, c'est un bon festival. On a accès à de super films qu'on ne verrait pas ailleurs», a louangé cet assidu, venu notamment voir le film brésilien My Hindu Friend, mettant en vedette Willem Dafoe.

Cette guichetière avait l’air désemparé, hier, cherchant un... (PHOTO PATRICK SANFAÇON, archives LA PRESSE) - image 2.0

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Cette guichetière avait l’air désemparé, hier, cherchant un moyen de faire payer les billets à la poignée de festivaliers venus faire la file au cinéma Impérial.

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Annulation des activités au Hyatt

Ce dernier et l'actrice française Isabelle Adjani ont d'ailleurs été annoncés au nombre des invités de marque du festival. Le maître d'hôtel du Hyatt de Montréal, Henry Gonzalez, a pour sa part confirmé hier l'annulation de toutes les activités liées au festival.

L'établissement hôtelier servait de quartier général au FFM depuis la nuit des temps. Les points de presse y étaient organisés et les invités, membres du jury et festivaliers avaient l'habitude d'y poser leurs valises. «Ça fait 25 ans que je suis ici et ç'aurait été mon 25e festival», a déploré hier le concierge Yvan Godin, un peu déçu de ne pas avoir pu franchir ce cap symbolique. Il se souvient avec nostalgie de ses premiers festivals, «ceux avant l'internet», à une époque où la conciergerie était assiégée de toutes parts. 

«Les gens passaient nous voir pour organiser des cocktails, passer des messages, organiser des rencontres. On avait deux fax qui roulaient sans arrêt. Pour un concierge, c'était impossible de prendre congé durant cette période», s'est remémoré M. Godin, qui a assisté au déclin du festival au fil du temps. «C'est dommage pour l'aspect culturel de Montréal. Il y avait de beaux moments dans le lobby, avec des gens de partout dans le monde. Ce festival d'automne finissait bien la saison des festivals», a résumé le concierge, déplorant aussi la perte de retombées économiques pour l'hôtel.

Au moment d'envoyer ces lignes, personne du FFM n'avait rappelé La Presse. Une réceptionniste visiblement débordée a pris nos coordonnées en après-midi, mais personne ne semblait encore officiellement affecté aux relations avec les médias.

Et même si le festival semble ne tenir qu'à un fil effiloché, tout porte à croire qu'il s'ouvrira normalement ce soir et s'étirera jusqu'au 5 septembre au cinéma Impérial, qui, tel un certain village gaulois, résiste fin seul à la tourmente.

Envers et contre tous.

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