Les chemins intérieurs de Jean-Marc Vallée

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(Toronto) Fort d'un accueil très favorable au festival de Telluride, où des rumeurs d'Oscars ont déjà été lancées, Jean-Marc Vallée s'est amené au TIFF avec Wild, un film beaucoup plus personnel qu'on ne pourrait le croire.

Dans Wild, la transformation de Reese Witherspoon n'est pas aussi spectaculaire que celle de Matthew McConaughey dans Dallas Buyers Club. On ne trouve pas non plus dans ce nouveau film de personnage secondaire flamboyant comme celui qu'a incarné Jared Leto. Il y a pourtant, dans la manière même qu'emprunte Jean-Marc Vallée pour aborder cette histoire et ceux qui la vivent, une quête d'authenticité qui ne peut qu'émouvoir. Wild est une réussite.

La quête intérieure de Cheryl Strayed, une jeune femme à la dérive qui, pour se reconstruire, entreprend en solo la dure randonnée de 1500 km de la Pacific Crest Trail, trouve dans Wild un écho vibrant. Point d'artifices ici. Qu'une femme dans la nature, comme une espèce de Jeremiah Johnson des temps modernes, partie voir dans les montagnes si elle y est.

S'étant créé une société de production dont le mandat spécifique est de trouver des rôles féminins forts, avec des personnages qui, si possible, ne se définissent pas seulement dans le regard des hommes, Reese Witherspoon a acquis les droits d'adaptation du récit de Cheryl Strayed avant même sa publication.

Nick Hornby (High Fidelity, An Education) fut chargé d'en tirer un scénario. Lequel fut ensuite envoyé au cinéaste québécois.

«Quand est venu le moment de trouver un réalisateur, on m'a suggéré Jean-Marc, a raconté Reese Witherspoon lors d'une conférence de presse tenue hier. J'ai discuté avec lui par Skype et nous avons pleuré ensemble. Le lien s'est établi tout de suite. J'ai senti chez Jean-Marc un véritable enthousiasme. Les autres réalisateurs que nous avons approchés semblaient animés de quelques craintes. Pas lui.»

Vallée se familiarisait alors avec cette histoire pour une première fois.

«Le scénario m'a plu à la lecture, a déclaré le réalisateur au cours d'un entretien avec La Presse. Mais c'est au moment où j'ai lu le livre que j'ai vu à quel point on pouvait tirer un film riche à partir de cette histoire.»

Lien maternel

Vallée a ainsi travaillé avec Nick Hornby afin de faire du lien mère-fille l'élément clé du film. Laura Dern, l'interprète de la mère de Cheryl, disparue trop tôt, apparaît ainsi grâce à des retours en arrière. Pour le cinéaste, l'histoire prenait aussi une résonance inattendue, très personnelle.

«Cheryl en veut à sa mère d'être morte d'un cancer aussi jeune. Il est rare d'entendre un adulte affirmer que sa mère est l'amour de sa vie. Je trouve cela beau et un peu étrange à la fois. Dans cette histoire, la mère m'a beaucoup fait penser à la mienne, décédée il y a quelques années pendant que je faisais Café de Flore. C'est probablement à cause de ça que le livre de Cheryl m'a tellement touché. J'ai pleuré en le lisant. À l'étape du montage du film, je n'arrêtais pas de pleurer non plus. Je me demandais bien quand ça allait finir par finir. Je pensais avoir vécu ma peine, du moins en partie, mais un moment donné, je me suis aperçu que ce film me permettait de faire un deuil que je croyais avoir déjà fait. Les hasards de la vie ont fait que ce projet est arrivé à point nommé.»

Reese Witherspoon et lui étaient au même diapason à cet égard. L'actrice, lauréate d'un Oscar grâce à sa performance dans Walk the Line, veut clairement franchir une nouvelle étape de sa carrière.

«Reese m'a choisi après avoir vu Dallas Buyers Club, indique le cinéaste. On s'est bien entendus dès le départ: il n'y aurait rien de «show-off «dans ce film-là. Nous n'avons pas joué la «game» du cinéma. Avec Yves Bélanger à la photo, on n'a pas essayé de faire de belles images ni de beaux éclairages. Il y a seulement la lumière naturelle. Il n'y a pas de beaux maquillages non plus, ni de beaux cheveux, ni de beaux décors. Il n'y a rien de tout ça. Je ne voulais même pas qu'il y ait de miroir dans la roulotte de Reese. Elle a accepté ça.»

Une belle ride...

Jean-Marc Vallée a un peu l'impression de revivre cette année au TIFF ce qu'il a vécu l'an dernier lors de la présentation de Dallas Buyers Club. À la différence qu'il arrive cette fois de Telluride, où son film fut très bien accueilli.

«Vraiment, j'ai eu l'impression d'avoir le public idéal devant moi là-bas, dit-il. J'ai senti que les gens ressentaient toutes les nuances, tous les silences, tous les détails et, surtout, l'émotion. Ce fut une expérience formidable.»

Très sollicité, Jean-Marc Vallée enchaîne deux autres projets américains. La semaine prochaine, il commence le tournage de Demolition, dont les têtes d'affiche sont Jake Gyllenhaal et Naomi Watts. Il a ensuite le projet de réaliser Janis Joplin: Get It While You Can, avec Amy Adams dans le rôle de la rockeuse. Un projet français, dont le scénario sera coécrit avec Tonino Benacquista, figure aussi au programme.

«Je réaliserai ensuite mon film québécois, promet-il. Ce sera dans quatre ans. C'est une belle ride hein?»

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Wild prendra l'affiche au Québec au mois de décembre.




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