Nallua: devoir de mémoire

Ruth Sangoya est la dernière survivante d'un drame... (PHOTO FOURNIE PAR SPIRA)

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Ruth Sangoya est la dernière survivante d'un drame qui a décimé la petite communauté de Qarmaarjuit en 1943. Pour le film Nallua, elle est retournée sur les lieux de son enfance pour la deuxième fois seulement de sa vie.

PHOTO FOURNIE PAR SPIRA

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Le devoir de mémoire est un acte par lequel on empêche un événement de sombrer dans l'oubli. Avec son film Nallua, le cinéaste et documentariste Christian M. Fournier exerce ce principe dans sa forme la plus extrême, pour ne pas dire la plus pure.

Qui se souvient en effet du drame survenu en 1943 dans la microscopique communauté de Qarmaarjuit, dans l'île de Baffin (péninsule Borden), où 27 membres de 5 familles, soit la moitié de la population, sont morts dans des circonstances mystérieuses?

On a longtemps cru que la cause se trouvait dans les baies sauvages ramenées de l'île Bylot par les hommes partis à la chasse. Mais les plus récentes études par des scientifiques de Ressources naturelles Canada attribuent plutôt celle-ci à la viande de morse ou de narval contaminée, sans doute par la bactérie E. coli.

Largement bâti autour du travail scientifique de José Gérin-Lajoie, spécialiste en écologie végétale de l'Université du Québec à Trois-Rivières, le documentaire de M. Fournier revient sur cette affaire en la traitant avec humanité et avec un sens historique à toute épreuve.

Avec lui, nous partons sur les pas de Ruth Sangoya, la toute dernière survivante de la tragédie, et d'Elisapee Ootoova, une femme dont la famille a, après le drame, accueilli et hébergé Ruth à Nallua, la communauté la plus rapprochée de Qarmaarjuit.

Dans le film, on voit ces deux femmes, vivant aujourd'hui à Pond Inlet, retourner pour la deuxième fois seulement à Nallua et Qarmaarjuit. Les images de ce périple sont d'une beauté hallucinante, mais sont aussi très poignantes.

C'est le cas lorsque Ruth, Elisapee et quelques autres membres de la communauté visitent les ruines des anciennes habitations (des huttes de terre) et découvrent la sépulture d'un enfant à Nallua.

«L'intention derrière le film était de permettre aux gens de retourner sur leurs lieux d'origine, de revivre avec eux leur enfance, mais aussi de poser un regard sur le passé, le présent et le futur», dit Christian Fournier en entrevue téléphonique.

Effectivement, l'histoire de Qarmaarjuit trouve une forte résonance dans le présent. Car les minuscules communautés du Grand Nord n'existent plus, les gens ayant été forcés de se regrouper, à Pond Inlet par exemple. Face à cela, les Inuits s'inquiètent pour la survie de leurs langue, culture et mode de vie. Ce que le film nous montre.

«On arrive là-bas et on ressent que ce peuple est en mode survie, dit M. Fournier. Les habitants veulent conserver leurs traditions. Ils ont conscience de la fragilité de leur communauté. Ils craignent de perdre leur langue, mais ils continuent à la parler.»

Très silencieux, souvent contemplatif, ancré dans le quotidien des Inuits, Nallua n'a pas peur d'exposer les éléments qui menacent la survie de ce peuple. Mais le film sait aussi s'arrêter sur certains aspects positifs: la résilience, l'absence de problèmes d'alcool. Et le devoir de mémoire des Inuits pour leurs martyrs est beau à voir.

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Vendredi, à 18h30, à la salle Jean-Claude-Lauzon de l'UQAM.

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