Élise Guilbault, l'anti-Juliette

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Depuis quelques années, Élise Guilbault est souvent appelée à jouer des personnages de femmes solides et tourmentées. Elle en est bien consciente.

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C'est peut-être parce qu'elle n'a jamais pu incarner les jeunes premières qu'aujourd'hui Élise Guilbault semble être une comédienne qui peut tout jouer. Nous avons profité de la sortie du film L'origine des espèces de Dominic Goyer pour questionner l'actrice sur ses 30 ans de métier. Portrait d'une interprète dont on ne pourrait plus se passer.

«Je suis toujours émue quand un jeune réalisateur qui me voit jouer depuis 30 ans se dit: "C'est d'elle que j'ai besoin."» Dominic Goyer, qui propose son premier long métrage avec L'origine des espèces, a su trouver les mots pour convaincre Élise Guilbault de jouer un rôle très dur, dans ce drame très sombre sur la filiation.

«Je me suis complètement abandonnée à lui, parce que j'ai aimé l'homme, son discours, son scénario, alors il n'y avait pas grand-chose qui m'arrêtait», dit-elle. Élise Guilbault incarne Agathe, mère de David (Marc Paquet), une dessinatrice qui cache depuis toujours un lourd secret. Sa présence à l'écran est courte, mais intense, et hante le film du début à la fin.

Par certains aspects, ce rôle nous fait penser à celui de Kim dans Unité 9. L'arrivée d'Élise Guilbault dans cette populaire série apporte un vent de fraîcheur dans une distribution féminine cinq étoiles, formée des meilleures actrices du moment. Kim n'a pas le même parcours que les autres détenues de Lietteville, c'est une femme de tête, forte, sûre d'elle, éduquée, avec ses zones d'ombre puisqu'elle mène une double vie.

Depuis quelques années, Élise Guilbault est souvent appelée à jouer des personnages de femmes solides et tourmentées. Elle en est bien consciente. «Ça veut dire qu'il y a comme une espèce de passage intéressant, dans la mesure où je ne suis plus une jeune actrice et que je ne suis pas encore une vieille actrice, analyse-t-elle. Peut-être est-ce un passage vers les femmes matures. Je les aime toutes, ces femmes, hein! Elles ont chacune quelque chose qui leur est propre, même si quelque chose les unit. C'est-à-dire que ce sont des femmes très assumées, très indépendantes, très battantes, des femmes de carrière.»

«J'ai l'honneur d'être une femme», ajoute-t-elle en souriant, paraphrasant une chanson de Véronique Sanson.

Élise Guilbault appartient à cette classe de comédiennes qui voient leur talent éclater et être reconnu dans la maturité. La plus belle des revanches pour celles qui n'ont jamais pu jouer les jeunes premières - un privilège qui, de toute façon, est toujours de courte durée. 

«Le casting, on pourrait en parler pendant des heures, mais c'est sûr qu'il y a un moment dans la vie où il faut accepter quelque chose de l'ordre de... Je n'ai jamais joué Juliette. Je n'avais pas le profil, ni cette morphologie.»

Elle avait peut-être quelque chose de mieux que seul le temps peut révéler. Car en plus de cette force qu'elle dégage à l'écran, toujours teintée d'une belle fragilité, la polyvalence d'Élise Guilbault est indéniable, et réjouissante. Elle peut autant crever l'écran dans les films de Bernard Émond que faire rire dans Le coeur a ses raisons. Brûler les planches au théâtre dans des rôles exigeants que prendre une cuite avec Anne Dorval aux Recettes pompettes.

Cette propension à l'humour lui vient de sa famille, dit-elle. «Nous sommes des moqueurs. Chose certaine, il y a beaucoup de choses qui me font rire. J'ai le bonheur facile. Mais vous pouvez imaginer que le pendant est vrai aussi, j'ai le malheur facile. Ce que je veux dire, c'est que je suis sensible aux intempéries!»

Petit train va loin

D'ailleurs, le passage déluré des deux actrices à l'émission de Salvail a fait beaucoup jaser. Tout le monde adore leur chimie, assez pour espérer les voir jouer plus ensemble, en évoquant des concepts comme Moi et l'autre ou Absolutely Fabulous. «J'ai une grande complicité avec Anne, j'adore son humour et on se fait bien rire toutes les deux», avoue-t-elle, sans trop savoir où cette complicité pourrait un jour les mener. Là-dessus, Élise Guilbault s'en remet au hasard, estimant que la carrière d'actrice est faite surtout de rencontres et de circonstances.

Et ce qu'elle aime par-dessus tout dans son métier, ce sont les surprises. «Tout ce à quoi je ne m'attends pas, ce à quoi je n'ai pas pensé. Ça me réjouit et ça me réconforte, car ça veut dire que les gens ont une autre vision de moi-même et ça fait du bien. Ça veut dire que je suis vraiment un instrument. Plus je m'éloigne de moi-même, plus je suis heureuse. Pas parce que je suis ennuyante pour moi-même, mais pour faire mon travail, qui est d'inventer quelqu'un d'autre», indique l'actrice.

«Ce n'est pas un hasard si je fais ça dans la vie, car j'aime psychologiser le monde, j'aime les travers de l'humanité, du plus noir au plus éclatant. Ça me rassure sur le choix que j'ai fait il y a 30 ans.»

Il y a une grande part de doute chez Élise Guilbault, qui avoue qu'il ne faut pas beaucoup de coups durs pour décourager un interprète, elle qui enseigne aussi à des jeunes de la relève. Qu'il est nécessaire de vivre certaines expériences concluantes pour se convaincre qu'on est fait pour ce métier.

Aujourd'hui, elle savoure plus son travail. «On a tendance à oublier ce qu'on a accompli. Des fois, il faut s'arrêter pour s'assurer que les choses ont été faites avec coeur, qu'on a été dévoué. J'ai travaillé fort, je ne m'en plains pas, je suis ravie. Je ne suis pas repue, j'en veux encore, mais j'ai souvent été rassasiée dans ma vie. J'aime bien une carrière comme celle que j'ai. Ce n'est pas un Concorde qui va en Europe en trois heures, mais plutôt un train qui va d'une ville à l'autre et qui s'arrête dans des villages parce qu'il doit s'arrêter. Pas besoin d'aller en TGV, il roule et avance. Ç'a beaucoup été ça dans ma vie et j'espère que ça va être encore ça longtemps.»

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L'origine des espèces prend l'affiche le 22 avril.

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La femme qui boit

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Nos rôles préférés

La femme qui boit

Paulette: La présentation à Cannes de ce premier long métrage de fiction de Bernard Émond est l'un des plus beaux souvenirs d'Élise Guilbault. Et le début d'une superbe collaboration, puisqu'elle est devenue une actrice fétiche du cinéaste, qui lui a offert certainement ses plus grands rôles au cinéma. Elle est magistrale dans la peau d'une femme alcoolique qui revoit avec lucidité sa vie ratée. Pour cette interprétation, elle recevra le Bayard d'or au festival de Namur, le prix Génie et le prix Jutra.

La neuvaine

Jeanne: Dans le rôle de Jeanne, une femme de carrière ébranlée par un drame qui la mène au bord du suicide, Élise Guilbault réussit le tour de force d'exposer à l'écran une douleur impériale par sa simple présence, presque sans parler, avant de retrouver goût à la vie. Cela lui vaudra un autre prix Jutra. L'actrice reprendra le même personnage pour La donation en 2009.

Le coeur a ses raisons et autres sitcoms

Britany, Élise, Amandine...: Qu'elle soit la soeur lesbienne de Guy dans Un gars, une fille, Britany dans Le coeur a ses raisons ou Amandine, l'amie de Sandrine (tout aussi insupportable qu'elle), dans Les bobos, les participations d'Élise Guilbault dans les sitcoms sont toujours des ajouts extrêmement drôles, parfaitement dans le ton.

Les hauts et les bas de Sophie Paquin et Penthouse 5-0

Estelle Poliquin: Pour Élise Guilbault, la rencontre avec l'auteur Richard Blaimert a été heureuse. Son personnage d'Estelle, une comédienne déchue, drama queen et trop intense, mais immensément touchante, et tyrannisée par Louise (Isabelle Vincent), a suffisamment marqué les esprits pour mener à une sitcom consacrée aux deux amies un peu folles: Penthouse 5-0. Et deux prix Gémeaux dans la catégorie du meilleur rôle de soutien.

Unité 9

Kim Vanier: Elle a de la classe et du contrôle, cette Kim qui vient d'arriver à la prison de Lietteville, ce qui exaspère les gardiennes et impressionne les détenues. On sait que dans la vie civile, elle pratique le sadomasochisme. Et personne ne porte mieux, à 55 ans, la combinaison de cuir qu'Élise Guilbault, dont tout le monde veut connaître le secret de sa forme. «L'équilibre», nous répond-elle. «Une discipline pas étouffante, mais qui récompense, entre une bonne alimentation et du sport, la course à pied. Mais j'ai une bonne génétique aussi...»

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