Cinéma québécois cherche jeune public

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En salle, au club vidéo ou même sur les très branchées plateformes numériques, rares sont les jeunes qui fréquentent le cinéma québécois. À qui la faute? Pas seulement aux superproductions américaines, affirment des acteurs du milieu, qui multiplient néanmoins les initiatives pour séduire les jeunes.

Mission: renouveler le jeune public

Cette année, les Rendez-vous du cinéma québécois (RVCQ) ont choisi un acteur chouchou des jeunes comme porte-parole: Pier-Luc Funk. Et le slogan retenu pour cette 35e édition - «On a du bon stock» - laisse entendre que c'est à eux qu'on s'adresse.

Le comédien du Nouveau show et de MED semble bien conscient que sa mission est de susciter l'intérêt des gens de sa génération.

«J'aime jouer. J'aime écrire. C'est une passion que j'essaie le plus possible de partager, dit Funk, qui n'a que 22 ans. Si je peux amener des gens de ma génération à triper sur la même chose que moi, tant mieux. Notre cinématographie raconte d'aussi bonnes histoires que celle des autres.»

Il y a néanmoins fort à faire pour ramener les jeunes en salle. En 2014, une enquête réalisée par le ministère de la Culture et des Communications révélait que seulement 1,1 % des 15-24 ans disaient écouter surtout des films québécois. Un répondant sur cinq dans la même catégorie d'âge n'en regardait jamais. Chez les 25-34 ans, les résultats n'étaient guère meilleurs.

Autre chiffre éloquent: en 2015-2016, CinÉcole, organisme voué à faire voir du cinéma québécois sur grand écran aux jeunes du secondaire, a demandé à 2131 jeunes quel était le dernier film qu'ils avaient vu en salle. Seuls 4 % d'entre eux ont nommé un film québécois.

Directeur général des RVCQ, Dominique Dugas affirme que le public de son festival est jeune. Mais il est conscient des enjeux plus globaux.

«Si on veut attirer les jeunes, il va falloir investir de plus en plus d'argent dans la promotion des films, dit-il. L'enjeu est là. Il faut faire découvrir les films en salle, mais aussi sur les autres plateformes. [...] Il faut, collectivement, investir davantage dans la mise en marché, quitte peut-être à ce qu'on réduise le nombre de films.»

L'embarras du choix

On peut rejeter la faute sur Hollywood et ses superproductions pétaradantes pour expliquer le faible rapport des jeunes à notre cinématographie. Mais il y a plus.

D'abord, avec la multiplication des sources et des plateformes médiatiques, l'offre des loisirs visuels (cinéma, séries, variétés, jeux vidéo) explose. Le cinéma québécois s'y retrouve à l'étroit.

«Lorsque nous étions jeunes, nous sommes devenus cinéphiles parce que la télévision ne comptait que quelques chaînes, pas des dizaines. Il était plus facile d'être exposé au cinéma et, par conséquent, de développer le goût de voir des films», explique Martin Bilodeau, de CinÉcole.

Autre explication: les carences de la diffusion et de l'exploitation en salle.

Prenons l'exemple de Prank de Vincent Biron. Avant sa sortie en salle, l'automne dernier, cette comédie irrévérencieuse sur l'adolescence a fait l'objet d'une importante campagne sur les réseaux sociaux. «On visait clairement les jeunes», confie le réalisateur.

Un coup fumant à la Mostra de Venise, où l'équipe du film s'est fait confisquer une banderole obscène par les policiers, a aussi attiré l'attention des médias.

Mais au bout de deux semaines et d'un box-office famélique (12 527 $ selon Cinéac), le film a quitté le grand écran.

Ironiquement, Prank n'a pas été vu en région, alors que l'histoire s'y déroule (le film a été en partie tourné à Sorel et à Saint-Jean-sur-Richelieu). 

Pourquoi? Parce qu'en raison des aléas de la distribution et de la diffusion, les films sortant à Montréal peuvent mettre des mois à se retrouver dans les villes excentrées.

Sans vouloir jeter la pierre aux propriétaires de salles, Ségolène Roederer, directrice générale de Québec Cinéma, croit que tout le système de distribution, diffusion et accessibilité est à revoir. 

«Il faudrait un réseau d'État. Il faut trouver une autre solution et donner accès aux films.»

Une diffusion de film en simultané ou quasi simultané (salle/web) serait une bonne façon de remédier à ces lacunes.

Vincent Biron aurait d'ailleurs souhaité un tel scénario pour son film.

«Ma génération et les plus vieux que moi accordent beaucoup d'importance à la salle, mais la nouvelle génération ne voit pas les choses comme ça. On aura beau pleurer, déchirer notre chemise et clamer que c'est une tragédie, ça ne changera probablement pas. [...] Mon film arrive maintenant en VSD [iTunes, illico, Fibe] et j'ai très hâte de voir les chiffres de location», dit le cinéaste.

Président du distributeur eOne pour l'Amérique du Nord et des Films Séville au Québec, Patrick Roy défend la position des distributeurs. «Notre job est de rejoindre le plus possible le public cible auquel un film est destiné, dit-il. Je travaille pour servir mes films, pas pour servir les salles. Alors oui, on essaie de les placer en région.»

Il croit cependant que certains films seraient mieux servis par des sorties en simultané. «On manque des [occasions] avec ça.»

Plus de héros

Patrick Roy estime qu'une des raisons principales expliquant le faible intérêt des jeunes à l'égard de leur cinéma est le contenu proposé. «On ne fait pas de films pour les jeunes. C'est la principale lacune», dit-il.

«Il faut revoir les contenus, les thèmes présentés, dit Mara Gourd-Mercado, directrice générale des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM). Dans nos activités scolaires, nous avons présenté le film Retour aux sources mettant en vedette l'artiste graffiteur FONKi. Les jeunes ont adoré ça!»

«J'ai l'impression qu'on n'a pas beaucoup de héros dans nos films, souligne pour sa part Stéphane Tremblay, étudiant de l'INIS en série télé. On a eu un film sur le commandant Piché, par exemple. Et c'est tant mieux!»

Son collègue Francis Lacelle, diplômé de l'INIS en réalisation, opine. «Ça ferait du bien, dans le cinéma québécois, de voir des gens qui agissent plutôt que des gens qui subissent.»

Des signes encourageants

Tout n'est pas noir.

Directeur général de la Cinémathèque québécoise, Marcel Jean souligne, statistiques à l'appui (grâce aux tarifs selon l'âge), que les jeunes de moins de 25 ans sont nombreux à fréquenter son institution.

«Dans la programmation régulière, si on projette un Kubrick, on arrive très vite à des salles pleines, dont 30 % sont des 25 ans et moins, dit-il. Et dans notre section Art et essai, il y a un nombre impressionnant de documentaires, tel Gulîstan, terre de roses, qui attirent un public de jeunes. C'est faux d'affirmer qu'il n'y a que des têtes blanches dans les salles.»

Vincent Biron se range lui aussi du côté des optimistes.

«Avec Prank, on n'a pas réussi à les amener en salle, mais ce que j'ai beaucoup appris, c'est qu'il faut être résolu et pragmatique face au changement de consommation des films.»

Récemment, lorsque le ministère de la Culture et des Communications a tenu des consultations afin de revoir sa politique culturelle, plusieurs individus et organismes ont demandé que le cinéma québécois et son histoire soient enseignés dans les écoles.

«Enseigner le cinéma au secondaire, pas juste québécois, mais international, servirait autant en français et en histoire qu'en littérature et en anglais, dit le distributeur Louis Dussault (K-Films Amérique). Ça stimulerait la curiosité.»

Patrick Roy abonde. «Depuis des années, dans mon rôle de président du conseil d'administration de Québec Cinéma, je plaide pour qu'on montre les films québécois dans les écoles québécoises. Je ne comprends pas que ce ne soit pas systématique. Ça devrait être une loi! Pas juste des films québécois, mais de tout le patrimoine. Tant que je serai là, je travaillerai à cet objectif.»

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Les Rendez-vous du cinéma québécois auront lieu du 22 février au 4 mars.




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