L'empreinte: l'Indien dans l'identité québécoise

«Si les Français sont nos cousins, les Amérindiens... (PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE)

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«Si les Français sont nos cousins, les Amérindiens sont nos frères», estime Roy Dupuis qui, dans L'empreinte, mène les entrevues auprès de nombreux intervenants.

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La proposition est aussi séduisante qu'audacieuse: et si notre métissage originel avec les peuples autochtones était aussi important que la langue française dans la différence de la société québécoise? Le documentaire L'empreinte de Carole Poliquin et Yvan Dubuc, porté par le comédien Roy Dupuis, nous invite à redécouvrir une part refoulée de notre histoire, et appelle à une redéfinition de notre identité.

Pourquoi dit-on, plutôt négativement, que le Québec est une société de consensus? Pourquoi sommes-nous progressistes en ce qui concerne les relations hommes-femmes ou les droits des homosexuels? Pourquoi sommes-nous si enclins à l'union libre plutôt qu'au mariage?

Pourquoi notre système judiciaire privilégie-t-il la réhabilitation ou la médiation plutôt que la punition? Selon la ligne directrice du documentaire L'empreinte, il se pourrait bien que toutes ces particularités aient beaucoup à voir avec notre alliance première avec les peuples autochtones.

Pour Roy Dupuis, que ces questions intéressent beaucoup, et qui a accepté de mener les entrevues du film auprès de nombreux intervenants - l'historien Denys Delâge, l'anthropologue Serge Bouchard, la poétesse innue Joséphine Bacon, la juge Louise Otis, entre autres -, cela ne fait aucun doute: il y a beaucoup d'Indien dans le Québécois. «Ce qui m'a frappé, c'est quand je suis allé travailler en France, explique-t-il. Je ne suis pas Français, mais vraiment pas. Je le suis de culture, de littérature, de musique, mais je suis Américain aussi à ce niveau-là. Dans mes valeurs fondamentales, dans la façon dont je négocie avec les autres, je ne suis pas Français du tout. Si c'est supposé être la «mère patrie», et que je ne pense pas comme eux, pourquoi? Je suis pas mal plus proche de la «pensée du cercle» des Amérindiens que du système hiérarchique pyramidal...»

Par exemple, dit-il, on se plaît à dire que les Québécois n'aiment pas la richesse ou les gens qui se démarquent trop, et que cela nous viendrait de notre fond catholique. Mais si ça venait d'ailleurs? «Je peux en parler, j'ai déjà été «en haut», et j'ai tout le temps voulu rester sur terre, note le comédien. Je ne me suis jamais battu pour être vu, être au-dessus, je n'ai pas besoin de ça. Ce n'est pas qu'on n'aime pas ça, c'est juste que ça n'existe pas, pour nous, je pense.»

Au Québec, le sujet autochtone est quelque chose qui reçoit indifférence ou mépris, bien souvent. Pour les auteurs du documentaire, comme pour Roy Dupuis, il s'agit là d'un tabou, d'un secret de famille. Après la Conquête, être considéré comme «sauvage» était un danger, les Acadiens étaient déportés, et les Canadiens ont trahi leurs frères indiens avec qui ils avaient créé une nouvelle société en Amérique.

«Si les Français sont nos cousins, les Amérindiens sont nos frères, insiste Roy Dupuis. Mais on a été beaucoup plus influencés que ce qu'on s'est raconté, que ce qu'on a écrit. Pour différentes raisons. De nouveaux maîtres arrivent avec de nouvelles façons de faire. L'alliance de départ, elle prend fin avec la Conquête. C'est un nouveau contrat et on se retrouve chacun de notre bord, séparés. Et nos élites ensuite nous ont trahis, elles ont réécrit l'histoire en fonction du pouvoir établi. On a trahi une partie de nous-mêmes. J'ai fait une dizaine d'années de psychanalyse et c'est clair qu'à partir du moment où tu trahis quelque chose qui est proche de toi, la blessure est beaucoup plus grande que si tu trahis un inconnu. C'est clair que tu essaies de t'éloigner de cette douleur.»

Le Québec a-t-il 12 000 ans?

Carole Poliquin et Yvan Dubuc ont choisi Roy Dupuis parce qu'au fil de sa carrière, il a fini par incarner l'archétype de l'homme québécois, selon eux. Et Ovila dans Les filles de Caleb ou Alexis dans Séraphin étaient beaucoup plus nomades que sédentaires, donc pas mal Indiens. «Au-delà des idées, nous voulions que le film soit dans une intelligence émotionnelle, note Poliquin. Nous voulions quelqu'un qui pouvait porter cette parole. Les réactions que nous avons dans les projections sont fortes. On se rend compte qu'on ne nous a pas enseigné la vraie histoire. On nous a appris que l'Indien, c'est «l'autre». Mais qu'est-ce que nous avons gardé de cette rencontre-là? Deux peuples qui se métissent à travers des alliances, des adoptions, des formes de proximité, c'est quelque chose d'unique dans notre histoire dont on devrait être fiers plutôt que de l'occulter. Pourquoi dit-on que nos différences viennent de la langue, de l'hiver, de l'Église, mais jamais des Indiens? Notre histoire avec eux est complètement différente de celle des Anglais ou des Espagnols en Amérique du Sud.

«On a séparé les deux communautés, alors qu'ensemble, elles contrôlaient l'Amérique, poursuit Dubuc. Ce film veut amener une redéfinition de notre identité. Est-ce que les Québécois sont autre chose que des consommateurs nord-américains parlant français? Je crois qu'on est fondamentalement orphelins d'une part de nous-mêmes et d'une fraternité aussi. Je pense que les Autochtones aussi sont orphelins.»

Quels seraient les avantages de cette redéfinition? Énormes, croient-ils. «Comme le dit Denys Delâge dans le film, reconnaître cet héritage voudrait dire que notre histoire n'a pas commencé avec l'arrivée de Champlain, mais il y a 12 000 ans, dit Roy Dupuis. Pour moi, c'est un héritage important, c'est une façon de vivre et de comprendre la société qui est plus proche de la réalité, en tout cas, qui me sied le plus. C'est précieux. Ce n'est pas du folklore, c'est une façon de vivre moderne, qui a de l'avenir, qui devrait être partagée.»

«De se définir au-delà de la langue, note Poliquin, ça permet d'avoir un projet de société auquel plein de néo-Québécois peuvent adhérer, parce que c'est déjà pour ces raisons-là qu'ils ont choisi le Québec.»

Yvan Dubuc espère après ce documentaire des tonnes de films et de livres qui poursuivront la réflexion. «Je suis persuadé que c'est ce qui pourrait aussi ouvrir une porte aux Autochtones, qu'ils puissent reconnaître qu'ils n'ont pas hérité que de problèmes sociaux, mais qu'ils ont aussi donné naissance à une société moderne qui est une part d'eux-mêmes.»

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Le documentaire L'empreinte prend l'affiche le 13 mars.

L' Empreinte

Cote La Presse

L'identité québécoise serait le fruit d'un métissage entre la culture des colons français et celle des peuples amérindiens. Bien que longtemps...
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