Affaire Gilbert Sicotte: rien qu'un jeu?

Au cours d'une enquête de Radio-Canada, d'anciens élèves... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE)

Agrandir

Au cours d'une enquête de Radio-Canada, d'anciens élèves de Gilbert Sicotte au Conservatoire ont dénoncé ses méthodes d'enseignement.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Suspendu par le Conservatoire d'art dramatique, Gilbert Sicotte a fait l'objet d'une enquête de Radio-Canada dans laquelle d'ex-élèves dénoncent ses méthodes d'enseignement. Ils affirment avoir été victimes de harcèlement psychologique de la part du comédien et porter encore les blessures de la brutalité de son enseignement. Des allégations qui ont semé l'émoi hier. La Presse s'est penchée sur la réalité de la formation en jeu avec des acteurs du milieu.

Qu'en disent d'anciens élèves de Gilbert Sicotte au Conservatoire?

Marie-Ève Beaulieu, comédienne (diplômée en 2004)

«C'est un sujet qui demande beaucoup de réflexion. Au début du Conservatoire, j'ai vécu des choses difficiles, blessantes, brutales dans le cours de Gilbert Sicotte. Mais ça m'a aidée pour la suite des choses. Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Mais je compatis avec les "victimes". Je suis partisane de méthodes plus douces. Je crois qu'on s'épanouit davantage dans l'amour et le respect. Ce n'est pas vrai que la création doit se faire dans un climat inconfortable, un milieu hostile. Le processus de jeu est complexe. Des interprètes vont se nourrir de la confrontation, comme un moteur pour se dépasser, alors que d'autres se sentiront profondément meurtris.»

Jonathan Michaud, comédien (diplômé en 2004)

«Il faut cesser de véhiculer le cliché de l'acteur qui souffre sans cesse et qui puise dans ses bibittes intérieures. Je n'ai pas vécu la douleur dans mes cours au Conservatoire, même si ça n'a pas toujours été facile. Pendant trois ans, la formation est graduelle et basée sur la personnalité de l'élève. Avant le Conservatoire, j'ai étudié deux ans en théâtre à l'UQAM. C'est très différent. Les enseignants sont des chargés de cours à l'UQAM, ils ne se parlent pas nécessairement du cheminement des élèves, alors qu'au Conservatoire, il y a un suivi et une évaluation avec tout le corps professoral.»

Philippe Thibault-Denis, comédien (diplômé en 2012)

«Je me suis fait dire en première année par plusieurs profs que je faisais fausse route. Je crois que ça a été bénéfique pour moi. Je ne travaillais pas assez fort, j'étais nonchalant et ça m'a servi. Ça fait mal. Tu as l'impression de te présenter, toi, mais ce que tu présentes, c'est un travail, un personnage dont la voix et le corps sont les tiens. Tout part de toi, de ton image et de ta sensibilité. C'est sûr que de te faire dire que ça ne marche pas, tu as l'impression que c'est une attaque personnelle. Mais en trois ans, je n'ai jamais été témoin de harcèlement psychologique de la part des professeurs. Ils vont utiliser des approches différentes selon les élèves qui se trouvent devant eux. Il y a autant de manières d'enseigner qu'il y a de professeurs et autant de manières d'apprendre qu'il y a d'élèves.»

Virginie Ranger-Beauregard, comédienne (diplômée en 2012)

«C'est une formation intensive et difficile. Quand on se fait accepter au Conservatoire, on fait partie des 10 finalistes sur 400. On est très fier de soi, disons! Puis tu as 12 profs qui passent leur temps à taper sur le même clou, à tenter de te faire aller là où tu n'oses pas aller. Il faut s'attendre à être confronté au Conservatoire. On est là pour dépasser nos limites. Bien sûr, personne n'a besoin de se faire insulter pour ça ! Mais ce cursus est un choix qu'on fait en tant qu'adulte. Il y a d'autres chemins pour faire ce métier si cela ne nous convient pas.»

Yves Desgagnés... (Photo André Pichette, Archives La Presse) - image 2.0

Agrandir

Yves Desgagnés

Photo André Pichette, Archives La Presse

Le point de vue des vétérans du métier

Linda Sorgini, comédienne

«Ce n'est pas parce que tu es un bon acteur avec une carrière exceptionnelle que tu es automatiquement un bon pédagogue. Le rôle d'un professeur, c'est de former l'élève dans l'écoute, la patience, le respect, l'amour... Si un élève a de la difficulté, s'il est moins bon, je ne pense pas que tu dois le "casser". Le rôle de l'enseignant, c'est de l'aider et de l'accompagner dans son apprentissage. Et ça passe par l'ouverture vers la personne, le jeune que tu as dans ta classe. Ta job, c'est d'essayer de l'amener le plus loin possible dans sa formation. Après ça, le métier va s'occuper de lui montrer s'il fait l'affaire ou non; la compétition est assez féroce!»

Yves Desgagnés, metteur en scène et acteur (a enseigné à l'École nationale de théâtre du Canada et au Conservatoire d'art dramatique de Montréal)

«C'est vrai que comme professeur, tu dois y aller avec énormément de délicatesse et de pédagogie. Il faut que tu prennes l'acteur pratiquement par la main. Et l'objectif d'un enseignement en art est que la personne devienne autonome, qu'elle soit capable d'aller dans ses couloirs émotifs pour offrir le personnage qui est requis. Tu vas chercher dans ta mémoire l'émotion qui correspond au personnage. Évidemment, tu vas toucher, chez les élèves, des zones parfois bien obscures. Des scènes de larmes dans les salles de cours, c'est monnaie courante, parce que tu vas explorer des territoires sensibles. Alors, c'est difficile comme métier, être professeur de théâtre. Ça demande beaucoup de doigté, parce que ce sont des jeunes sans expérience que nous formons.»

Bruno Marcil... (Photo Ivanoh Demers, archives La Presse) - image 3.0

Agrandir

Bruno Marcil

Photo Ivanoh Demers, archives La Presse

Les interprètes doivent-ils souffrir pour bien jouer?

Réactions recueillies sur Facebook

Bruno Marcil, comédien

«Dire que c'est nécessaire d'être rude dans ce métier, c'est complètement bidon. René Richard Cyr n'a jamais levé le ton avec dédain ou utilisé une technique qui pourrait se rapprocher de ce genre d'attitude. Fait-il de moins bons spectacles? Ses acteurs sont-ils moins investis? Tout ça est désolant pour l'ensemble du milieu théâtral.»

Julie Gagné, agente d'artistes et comédienne

«Depuis le succès du film Whiplash, je me questionne beaucoup sur la valorisation de la souffrance dans le processus créatif et pédagogique des artistes. C'est une croyance répandue et socialement acceptée. La notion que ces méthodes forgent, préparent, que ça fait jaillir l'unique... Je n'endosse pas, mais constate. [...] Beaucoup de réactions et peu de réflexions en ce moment. Je trouve cela pernicieux.»

Sylvain Scott, acteur et metteur en scène

«Je ne crois tellement pas à ce genre de méthode. Moi, j'aime mettre en confiance ceux et celles avec qui je travaille en tant que metteur en scène. C'est comme ça qu'on obtient les meilleurs résultats.»

Marie-Daniel Lussier, comédienne (finissante de l'UQAM en 2006)

«Chaque professeur a sa méthode. Par contre, je peux dire que pour moi, pour évoluer et avancer, j'ai besoin que ça se fasse dans le respect. Moi, ça ne passerait pas de me faire crier après pour me dépasser. Mais pour d'autres, ça peut être motivant. Je crois que c'est propre à chaque personne. À l'UQAM, je n'ai jamais vécu ça et je n'ai jamais été témoin d'un professeur qui utilise ce genre d'enseignement. Je me sens choyée d'avoir eu les professeurs qui m'ont accompagnée dans mon parcours. Dans le respect pour le métier de l'acteur et c'est dans ce climat que j'ai été formée.»

Michel Poirier, metteur en scène

«Dire à quelqu'un "J'vais t'casser, mon ostie" en prétendant que c'est pour son bien, c'est de la grosse bullshit




publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer