Vol au-dessus d'un nid de coucou: éloge de la différence ***1/2

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Mathieu Quesnel parvient à faire oublier Jack Nicholson dans l'adaptation théâtrale de Vol au-dessus d'un nid de coucou.

PHOTO FRANÇOIS LAPLANTE DELAGRAVE, FOURNIE PAR LE RIDEAU VERT

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Mario Cloutier

Michel Monty et sa troupe font rire le public et l'émeuvent avec ce Vol au-dessus d'un nid de coucou où les interprètes portent le message de la différence avec ferveur.

On connaît le film de Milos Forman et le récit de Randle McMurphy qui réussit à se faire passer pour psychopathe et interner dans un asile psychiatrique afin d'éviter la prison. Petit malfrat rusé, il entraînera dans sa folie, de contester l'ordre établi, un groupe d'exclus qui souffrent moins de maladies mentales que d'un manque d'estime de soi.

McMurphy affronte le cerbère des lieux, garde Ratched, mais c'est lui qui en paiera le prix, comme chacun sait. En tant que joker, cependant, il aura tout de même permis de sortir de leur torpeur des êtres dont la différence n'est toujours pas acceptée en société, quelque part dans les années 60. Toute la pièce se déroule dans la salle commune de l'asile, qui n'est pas sans rappeler celui qu'on nommait Saint-Jean-de-Dieu jusqu'en 1976 (devenu aujourd'hui Louis-Hippolyte-Lafontaine).

La mise en scène de Michel Monty est bien rythmée, parsemée de moments bien drôles et respecte la ligne dramatique forte et touchante qui permet aux acteurs de donner la pleine mesure des différences somme toute mineures, comme l'homosexualité et le bégaiement, qui les ont poussés à vivre à l'écart du monde.

La distribution, dans l'ensemble excellente, met en valeur l'énergie de Mathieu Quesnel (McMurphy). Avec sa tête à la Michael Keaton, il nous fait complètement oublier le Jack Nicholson marquant du film. Dans les rôles secondaires, Stéphane Demers (Harding) et Renaud Lacelle-Bourdon (Billy) s'imposent et on découvre avec plaisir les talents de Jacques Newashish, Benoit Mauffette et Jean-François Hupé.

Dans le rôle principal féminin, Julie Le Breton incarne une garde Ratched assez convaincante, mais la direction semble hésiter entre lui demander d'être une « vraie méchante » et une mère convaincue que la loi et l'ordre assureront le bonheur à ses petits oisillons. 

Ainsi, le « duel épique » entre Ratched et McMurphy n'a pas vraiment lieu.

Il faut dire que la scène exiguë du Rideau Vert reste un obstacle majeur à l'émergence d'un tel affrontement, malgré un décor et des costumes réussis et l'idée originale d'une scène d'ombres chinoises.

Le mot du metteur en scène compare ce drame d'une autre époque, car il faut bien avouer que les temps ont beaucoup changé dans les services sociaux, à celui d'Antigone. C'est un peu tirer par les cheveux de la fille d'OEdipe, même si on se rapproche ici de la version « révoltée » d'Anouilh plutôt que de celle purement tragique de Sophocle, alors que le plus beau de ce drame et du spectacle est d'installer un coryphée autochtone et de promouvoir dignement la diversité. C'est déjà beaucoup dans ce monde où l'uniformisation de la pensée se nourrit des homélies simplistes des dieux de l'opinion tout en dénigrant la réflexion et l'analyse de faits vérifiables.

****

Vol au-dessus d'un nid de coucou

De Dale Wasserman, d'après le roman de Ken Kesey

Traduction et mise en scène de Michel Monty

Au Rideau Vert jusqu'au 23 avril

3 étoiles et demie




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