Until de Lions: danser sur un volcan ****1/2

La pièce Until the Lions s'inspire du conte d'Amba,... (PHOTO TRISTRAM KENTON, FOURNIE PAR LA AKRAM KHAN COMPANY)

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La pièce Until the Lions s'inspire du conte d'Amba, compris dans le Mahabharata, une épopée-fleuve de l'Asie du Sud.

PHOTO TRISTRAM KENTON, FOURNIE PAR LA AKRAM KHAN COMPANY

La PresseIris Gagnon-Paradis 4/5

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Puissant. Haletant. Prenant. Mystique, voire chamanique. Si vous n'avez qu'un seul spectacle de danse à voir cette saison, jetez sans crainte votre dévolu sur Until the Lions, du génial Akram Khan, présenté sur la scène circulaire de la TOHU.

Akram Khan est sans aucun doute un chouchou du public montréalais, propulsé par Danse Danse, qui l'invite régulièrement à Montréal depuis sa première visite en 2006. Le voici de retour - et en grande forme - avec Until the Lions, qui fut couronné production de l'année en 2016 par le magazine Tanz.

La pièce s'inspire du conte d'Amba, compris dans le Mahabharata, une épopée-fleuve (elle fait trois fois la longueur de la Bible !) de l'Asie du Sud. Akram Khan étant né à Londres de parents bangladais, son parcours y intimement lié, alors qu'à 13 ans, il faisait ses premiers pas sur scène en participant au Mahabharata de l'auteur Peter Brook (qui est d'ailleurs présenté ces jours-ci à la Place des Arts).

Pour sa création, Akram Khan a puisé son inspiration dans Until the Lions - Echoes from the Mahabharata, de la poète Karthika Naïr, qui revisite l'épopée en donnant voix à des personnages secondaires, comme la princesse Amba. D'ailleurs, si Until the Lions peut s'apprécier sans nécessairement connaître le conte, il est préférable de lire un peu sur cette histoire pour mieux comprendre l'action qui se déroule sur scène.

Pour faire court (!), le conte met en scène la princesse Amba. Amoureuse en secret de Shalva, elle est enlevée par le prince Bheesma. Ayant fait voeu de célibat, il veut la donner en épouse à son demi-frère. Découvrant son amour secret, il la libère, mais elle est répudiée par Shalva. Amba veut alors que Bheesma répare ses torts en l'épousant, mais ce dernier reste sourd à ses demandes. Elle fait alors voeu de se venger, un plan qui passera - avec la complicité des dieux - par son immolation et sa réincarnation sous la forme de Shikhandi, une princesse guerrière ayant l'aspect d'un homme, qui tuera Bheesma.

Une histoire quelque peu complexe, mais dont Khan extrait la substance en mettant seulement en scène Bheesma (qu'il incarne sur scène), Amba (Ching-Ying Chien) et Shikhandi (Joy Alpuerto Ritter), dans un récit épique et prenant, tissé de loyauté, de dévotion et de trahison, mais qui a des résonances très contemporaines en évoquant les discriminations reliées au genre et la prise de contrôle d'une femme sur sa destinée.

Kathak contemporain

Si Khan est passé maître dans le métissage des genres - il peut convier dans une seule chorégraphie danse contemporaine, danses traditionnelles, comme le kathak ou le butô, et hip-hop -, il reste ici plus près de ses racines, lui qui a été initié au kathak, cette danse narrative traditionnelle du nord de l'Inde, dès son plus jeune âge.

Son kathak, décidément contemporain, comme il aime lui-même le décrire, est le canal parfait pour toucher, à travers le conte d'Amba, à l'universel. Puissant et très ancré dans le sol, le kathak s'empare du corps des danseurs, qui sont franchement incroyables, habités jusqu'au bout des doigts et totalement abandonnés à la danse.

Chaque personnage possède tout de même son propre langage : Shikhandi, réincarnation guerrière d'Amba, se déplace tout en fluidité, souvent à quatre pattes, comme un insecte ou un animal sauvage, prête à bondir sur sa proie, alors que Bheesma, austère, est chargé d'électricité contenue, parfois torturé dans sa résolution. Quant à Amba, elle passe par toute une gamme d'émotions : d'abord craintive, puis tentant d'amadouer Bheesma dans une scène superbe et éthérée évoquant un amour impossible, elle s'élèvera peu à peu face à l'homme qui lui a tout pris, forte et déterminée, motivée par son désir de vengeance.

Puissante scénographie

Avec l'aide de Tim Yip à la conception visuelle, Khan a habillé Until the Lions de façon à créer un récit puissant et haletant, aux échos mystiques. D'abord, avec la scène circulaire évoquant le tronc d'arbre, une forme scénique qui sert particulièrement bien l'oeuvre et qui est utilisée de belle façon, que ce soit comme caisse de résonance ou arène de combat.

Le tronc d'arbre laisse apparaître des fissures qui permettent à la scène, au fil de la montée dramatique, de se moduler de différentes façons. Avec la fumée qui s'en échappe en fin de parcours, on a l'impression que les interprètes se meuvent sur un volcan près de l'éruption. Magnifique !

Et que dire des quatre musiciens et chanteurs placés aux abords de la scène et qui accompagnent en direct les danseurs avec leurs instruments et chants aux accents chamaniques. Inutile de résister : on est emporté, cloué à son siège.

Until the Lions

D'Akram Khan

À la TOHU jusqu'au 25 mars




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