Saltimbanco à la retraite

Spectacle phare du Cirque du Soleil qui a fait le tour du monde et rejoint 14... (Photo: AFP)

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Josée Lapointe

Spectacle phare du Cirque du Soleil qui a fait le tour du monde et rejoint 14 millions de spectateurs, Saltimbanco vient terminer sa course au Centre Bell. Le cofondateur du Cirque, Gilles Ste-Croix, revient sur ces années bouillonnantes pendant lesquelles tout était à faire.

Q : Comment Saltimbanco a-t-il influencé l'histoire du Cirque du Soleil?

R : C'était un spectacle de premières. On y a développé notre façon de faire et notre style théâtral: c'était le deuxième qu'on créait avec cette équipe, autour de Franco Dragone, et on en a fait sept ensemble. Comme on n'avait pas de local, on répétait aux usines Angus... Ce n'était pas très salubre, il a fallu faire un gros ménage!

Q : Cette effervescence, est- ce que vous la retrouvez 20 ans plus tard?

R : C'est moins renversant aujourd'hui de créer un spectacle. À cette époque, tout le monde vivait au rythme de la nouvelle création. Aujourd'hui, on peut créer deux ou trois spectacles en même temps, c'est étourdissant. En 1998, je travaillais sur O à Las Vegas avec Franco Dragone. Le Cirque venait de déménager ici, dans le quartier Saint-Michel. Un jour, on est revenus et tout le monde était occupé à travailler sur La Nouba, Dralion... On regardait ça en se disant: «Le monde ne se rend pas compte qu'on est en train de faire un spectacle à Vegas qui pourrait couler l'entreprise!» C'est une autre échelle.

Q : Pour plusieurs, cette période pendant les années 90 est l'âge d'or du Cirque du Soleil. Êtes-vous d'accord?

R : Non. C'est sûr que c'était un gros bloc dans ma vie et que je ne pourrais jamais revivre un moment comme ça. Mais il y a eu des périodes effervescentes sur différents plans, comme Love qui a demandé quatre ans de conception, ou le travail avec Robert Lepage. Je me rappelle comment c'était simple de faire Saltimbanco! Nos réunions de conception, on les faisait autour de la table en buvant un verre de vin.

Q : Est-ce un spectacle qui a bien vieilli?

R : Il n'est pas vieux du tout! Il est encore très lumineux et très à propos. Est-ce que Mick Jagger est vieux? C'est un spectacle très rock aussi, qui donne le sentiment qu'on ose et qu'on vient déranger.

Q : Auriez-vous pu prédire qu'il durerait 20 ans?

R : Non! On l'a arrêté deux fois... mais on ne l'a pas fait mourir, on l'a mis à la retraite. Là, c'est la troisième fois et je ne sais pas s'il reviendra ou non. C'est tellement un beau spectacle. On l'appelle notre bulldozer, il est presque devenu notre carte de visite lorsqu'on veut se présenter dans un nouveau marché. Quand les gens le voient, ils font wow, il se passe quelque chose. Je pense qu'il est éternel et il vit dans les souvenirs des 14 millions de personnes qui l'ont vu et des 600 personnes qui y ont travaillé.

Q : Il y a 20 productions en circulation en ce moment. Est-ce qu'il est encore envisageable qu'un spectacle du Cirque créé maintenant dure 20 ans?

R : Ils ont été mis à la retraite... Par exemple, Wintook a joué quatre hivers au Madison Square Garden. Depuis, on cherche à l'envoyer ailleurs, mais il n'est pas mort, les accessoires sont ici dans l'entrepôt. Tous ces spectacles pourraient revivre. Le Cirque est une société structurée et ouverte pour le marché international et il y a toujours des solutions. Par exemple, quand on a vu qu'il n'y avait plus de marché à percer pour les spectacles sous chapiteau, on a essayé de les mettre en aréna. Le premier a d'ailleurs été Saltimbanco, et c'est un volet qu'on peut développer pour tous les spectacles sous chapiteau.

Q : La semaine dernière, il y a eu une trentaine de suppressions de postes et la direction du Cirque a admis que la situation était préoccupante. Ne serait-ce pas plus logique de faire revivre des spectacles déjà créés plutôt que de faire de nouvelles productions?

R : Il y avait une demande. À un moment, tout le monde voulait un cirque dans sa cour. Mais ça nécessite de grandes équipes et on a grossi la machine pour y arriver. Maintenant, il n'y a plus cette demande et ça n'a pas de sens de garder tout ce monde, c'est pour ça qu'on a réduit les équipes. Quand on a fini de créer Saltimbanco, on a dû mettre 25 personnes à pied! La différence, au cours des dernières années, c'était qu'il y avait toujours une nouvelle production, alors ça donnait une stabilité.

Q : Quel est votre rôle au Cirque?

R : Regardez sur cette affiche [il est écrit «guide créatif» sous son nom]... Mais c'est de la frime, ce poste, je conseille les gens et ils ne sont pas obligés de m'écouter... Je suis le seul avec Guy Laliberté à être là depuis le début et mon rôle est de dire avec doigté de ne pas refaire ce qui a déjà été fait.

Q : Vous êtes un peu le gardien de la mémoire?

R : Oui! C'est pour ça que je prends des oméga-3.

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Saltimbanco, du 19 au 30 décembre au Centre Bell.

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